Rimes de joie, 1881
Feuilles Vertes
COMME en mon cœur qui va chantant,Comme en ma chair émerveillée,Aux prés Mai sourit, éclatant,Et la forêt s’est réveillée.
Que j’aime la senteur des bois,Cette parfumeuse de brise !Par tous les pores je la bois,Mon rêve s’y plait et s’y grise.
Aux pointes des gramens le pleurDe l’aube irise son globule ;Dans la mousse, velours en fleur,Le clair muguet tintinnabule.
Par les méandres enfiévrésDe la forêt et de la plaineSe lutinent, énamourés,La libellule et le phalène.
Au sein des vertes frondaisonsL’oiseau chauffe à blanc son oiselleQui se sert, à ses pâmoisons,Comme un éventail, de son aîle.
Ému je fuis sous les arceauxOmbreux d’où me siffle le merle,Ce maître Scapin des oiseaux !Dans l’herbe en pleurs mon pied s’emperle.
J’ai des éblouissements verts.La feuille implacablement brille.Et, railleur, le merle me trille :« Viens-t-en donc la voir à l’envers ! »
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources