Rimes de joie, 1881
En Vendanges
VERS le ciel qui brasille aux fards du soir, bien hautMonte, monte un coteau vermillonné de vigne :L’incarnat du raisin allume d’un rehautLa sanguine qu’Octobre aux mains rougeaudes signe.
Les vendangeuses vont, roses par ces rousseurs,En court jupon sonnant une pourpre fanfare.Les bouches, fleur de sang, ont d’alertes douceursTandis qu’aux doigts le cep purpuracé s’effare.
L’altier coquelicot que les nuits faneront,Par l’automne oublié dans ces ardentes nappes,Semble un grenat qui flambe aux chauds rubis des grappes.
Le vin rougit les bras, mais plus rouge est le frontQuand aux pampres tu viens conter, ô fils de France,Tes feux qui font pâlir ton pantalon garance !
Nancy.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources