Rimes de joie, 1881
La Fourrure
O soirs intimes de Décembre !L’un de ces soirs, soir rouge et noir,Sur ton beau corps aux pâleurs d’ambreTu mis ta fourrure, — en peignoir.
La fourrure massive et lourde,La fourrure aux subtils relents,Estompa de sa ligne sourdeTa ligne aux accents turbulents.
Pour ta chair blanche et délicateLa sauvage pelisse avaitDes étreintes douces de chatteEt des caresses de duvet.
Marbre, bronze, nacre, or de buireEn conquête sous la toison,Que de trésors je voyais luireDans l’ombre chaude, ardent Jason !…
Lasse enfin de cette parure,À tes pieds, en monstre dompté,Tu fis se coucher la fourrure,Invincible en ta nudité !
Comme un chant guerrier l’odeur fauveJeta son cliquetis dans l’air,Mêlant ses clameurs, en l’alcôve,Au fier hosannah de ta chair.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources