Rimes de joie, 1881
Le Bon Coin
LA cave s’entrouvre noire.L’araignée y va tissantOu bien fait la balançoireAu bout d’un fil qui descend.
L’antique platras s’éraille ;La limace voyageantDessine sur la murailleSes arabesques d’argent.
Très-vérouillée est la porteQui protége ce réduit ;Un couloir cher au cloporteEn zigzagant y conduit.
Vêtu d’un foin vénérableLà le vin des bons aïeuxDort d’un sommeil admirableQui date d’un siècle — ou deux !
C’est la santé, c’est la joieQue recèlent ces flaconsDont le flanc glauque chatoieSous de poussièreux flocons.
On garde pour maint soir sombreCes grands vins coulant d’aplomb,Car au fond des verres sombreLe spleen au masque de plomb.
Lors dans la chambre qu’enchanteL’âme folle des cruchons,Quelle bataille alléchante !Se bombarder de bouchons
Et se verser des rasadesAmples à remplir un puits,Voir tous les soucis maussadesFuir à tire d’aîles, puis
Goûter, — le front sur la tableEt dans l’ombre ensÈveli, —La victoire délectable,La victoire de l’oubli !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources