Rimes de joie, 1881
Vœu
A ta coupe j’ai bu, m’amour,Le vin des voluptés immenses.
Sur ton corps plus blanc que le jourJe cueillis la fleur des démences.
Sur ta bouche aux pourpres désirsJ’ai butiné les sucs étranges
De tourments doux et de plaisirsQui furent mes folles vendanges.
Ma lèvre, de tes pâmoisonsGoûta les larmes charmeresses ;
Ton cœur riche en subtils poisonsMe versa de neuves ivresses.
De tes yeux pleins de lourds sommeilsDescendent mes gaîtés malades :
Demain mon cœur, sous les œillades,Peut pendre à tes ongles vermeils…
Mais pour ne point mourir en lâcheJe veux, avant d’être écorché,
Mordre à ton espalier sans tacheLes pêches de chair du péché !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources