Une messe de minuit, 1888
I. « Au fond du bois, tout éperdu »
Au fond du bois, tout éperdu,Par les routes entrecroisées,En proie aux plus sombres pensées,J’errais, j’errais tout seul, — perdu !
Le soleil couchant semblait rireDe mes vagues effarements ;Dans le plus noir des firmamentsSes traits s’émoussaient en délire.
Les arbres faisaient des pirouettesComme les grands bras des moulins,Et, dans de rougeâtres lointains,Passaient d’étranges silhouettes.
La feuille sèche sous mes piedsSe crispait, — et de leurs repairesS’enfuyaient des nœuds de vipèresEt des crapauds estropiés…
Du ciel où s’éteint toute flammeLa nuit, descendant à pas sourds,Étend ses voiles froids et lourdsSur la forêt et sur mon âme.
Dans d’inextricables fourrésFaisant marches et contre -marches,Sous ses mystérieuses arches,De plus en plus je m’égarais !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Une messe de minuit, Bruxelles, CHARLES VOS ÉDITEUR, 1888· numérisation books.google.com· Sources