Une messe de minuit, 1888
II. « Le bois autour de moi s’étendait morne et sombre »
Le bois autour de moi s’étendait morne et sombreMe faisant de ses bras une ceinture d’ombreEt d’épouvantements !Les ormes convulsés hochaient leur tête grise,Au grand chêne voisin oscillaient dans la briseDe blafards ossements.
Les hêtres en courroux s’agitaient dans l’espace,Le peuplier semblait gronder une menaceMontrant le ciel du poing !Les pins se hérissaient et le cyprès lui-même,Ce vieux gardien des morts, murmurait un blasphèmeQui s’éteignait au loin…
Les hiboux lourdement fouettaient l’air de leur aile,L’âpre chauve- souris mêlait sa note grêleAux cris des noirs corbeauxEt trouvait un écho dans mon cour qui s’effraie.Sur ma tête grinçaient la chouette et l’orfraie,Ces hôtes des tombeaux.
Je voulus fuir : — la peur me rivait à ma place.Soudain l’ombre s’ouvrit : Phæbé montra sa faceRouge comme du sang.Et des reflets pourprés, en tremblotant, valsèrentSur ces troncs maudits — puis dans l’herbe se glissèrentA l’elfe malfaisant.
Je détournai les yeux. Et tout — à — coup la lune,Comme si les démons qui hantaient la nuit bruneNe lui causaient qu’horreur,Voilà son front sanglant d’un nuage d’ébène.Aux cieux l’obscurité demeura seule reine,Tout redevint terreur !
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Une messe de minuit, Bruxelles, CHARLES VOS ÉDITEUR, 1888· numérisation books.google.com· Sources