L’Âme nue, 1885· I La vie extérieure Les lois — les cultes — les formes· Les formes
L’orage
À GEORGES D’ESPARBÈS
Oh ! regarde donc‖ les arbres affolés !On dirait‖ qu’ils sont pris de vertiges :Les voilà‖ plus souples que des blésDont la grêle d’août‖ vient flageller les tiges.
Le soleil, mourant‖ au bord des cieux couverts,Crache encore‖ un flot de lueur rousseDont il baigne‖ et teinte le reversDes feuilles d’or vert‖ que l’orage retrousse.
Les hauts peupliers,‖ fourbus, ployés en deux,Balayant‖ la terre avec leur crête,Vont tracer‖ des cercles autour d’euxComme des sorciers‖ par un soir de tempête.
Le lierre, arraché‖ des murs, fouette l’air lourdQu’il emplit‖ d’un sifflement sinistre,Tourne, monte,‖ ondule, va, vient, court,Comme un serpent fou‖ qui danse au son du sistre.
Les chênes trapus‖ assomment les lilas ;Le rosier‖ qui saigne ses pétalesS’abandonne,‖ indiciblement las,Sous le choc hurlant‖ des rafales brutales.
Pendant quatre nuits‖ et quatre jours entiers,Secoués‖ dans un fougueux désordre,Bataillant‖ au-dessus des sentiers,Ils n’ont pas cessé‖ de geindre et de se tordre.
Ils tendent leurs bras‖ pour supplier les vents,Leur bras gourds‖ rompus dans la torture…— Est-il vrai‖ qu’ils ne soient pas vivants ?Est-ce que tout souffre,‖ ô ma mère, ô Nature ?
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(abab)
- Mètre
- Ennéasyllabes et hendécasyllabes (14 de 9, 14 de 11)· profil 5+6, 3+6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a affolés / blés masculine, classiqueb vertiges / tiges féminine, classiquea couverts / revers masculine, classiqueb rousse / retrousse féminine, classiquea deux / d’eux masculine, classiqueb crête / tempête féminine, classiquea lourd / court masculine, classiqueb sinistre / sistre féminine, classiquea lilas / las masculine, classiqueb pétales / brutales féminine, classiquea entiers / sentiers masculine, classiqueb désordre / tordre féminine, classiquea vents / vivants masculine, classiqueb torture / Nature féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Âme nue, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1885· numérisation wikisource.org· Sources