Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’Âme nue, 1885· II La vie intérieure L’aube — midi — le soir· Le soir

La cité morte

Edmond Haraucourt· 9 quatrains, alexandrins, 36 vers

À GEORGES LORIN

Sous la tranquillité‖ d’un ciel platement bleuOù l’air dort, sans chaleur‖ et sans force vitale,Une ville déserte,‖ aux murs pâlis, s’étale,Triste comme la Mort‖ et grande comme Dieu.

Sans ruines, debout‖ sur la terre très plane,Elle dresse les blocs‖ carrés de ses maisons,Et, sinistre, envahit‖ au loin les horizonsSur qui la froide horreur‖ des solitudes plane.

Ses boulevards sans fin‖ fendent l’immensitéOù nul frisson vivant‖ ne vibre et se balance,Et tous pareils, tous droits,‖ courent dans le silence,Coupant à coins égaux‖ l’uniforme cité.

Tout se ressemble : un art‖ rigide et monotone,Reniant les palais‖ et les temples bénits,Sur un dessin unique‖ a taillé les granitsDont la façade lisse‖ a des teintes d’automne.

Les maisons, mornes sœurs,‖ par groupes familiers,Massent leurs angles durs‖ et leurs toits en terrasses,Catafalques de pierre‖ où moisirent des races,Et qu’un ennui pesant‖ aligne par milliers.

Point d’herbes ; point de fleurs ;‖ point d’arbre aux feuilles vertesTout s’est pétrifié‖ dans un sommeil géant,Et l’on croit voir bâiller‖ les noirceurs du néantDans le cadre profond‖ des fenêtres ouvertes.

Rien n’est clos : c’est d’un coup‖ que la vie a quittéCe monde fantastique‖ où bruissait la foule ;Les grands seuils inusés‖ attendent qu’on les foule :Mais ceux qui passaient là‖ sont dans l’éternité.

— Ô mon cœur ! Cité vide,‖ inerte et désolée,Tu vas dormir sans trêve‖ et tant que je vivrai ;Mon ennui veillera‖ sur ton sommeil navré,Comme un marbre plaintif‖ au bord d’un mausolée.

Dors dans l’oubli calmant‖ des rêves que j’aimais :Nous attendrons la mort‖ qui rajeunit les choses,Puisque tous nos espoirs,‖ ouvrant leurs ailes roses,Dans leur vol effrayé‖ sont partis pour jamais !

Versification

Forme
9 quatrains (quatrains)
Rimes
9(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
9 quatrains
Mots à la rime
a bleu / Dieu masculine, classiqueb vitale / s’étale féminine, classiquea plane féminine, classiqueb maisons / horizons masculine, classiquea l’immensité / cité masculine, classiqueb balance / silence féminine, classiquea monotone / d’automne féminine, classiqueb bénits / granits masculine, classiquea familiers / milliers masculine, classiqueb terrasses / races féminine, classiquea vertes / ouvertes féminine, classiqueb géant / néant masculine, classiquea quitté / l’éternité masculine, classiqueb foule féminine, classiquea désolée / mausolée féminine, classiqueb vivrai / navré masculine, classiquea j’aimais / jamais masculine, classiqueb choses / roses féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 3.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Âme nue, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1885· numérisation wikisource.org· Sources