La Légende des Sexes, 1882· La légende des sexes
La flûte
À Léopold Allard.
Quand les vers m’auront désossé,Tout nu, tout sec, dans mes six planches ;Fait de trous comme un bas percé.Quand les vers m’auront désossé ;Quand le Temps grave aura lisséMon vieux squelette aux maigreurs blanches ;Quand les vers m’auront désossé,Tout nu, tout sec, dans mes six planches :
Alors, gaiement, venez me voir,Chœur lascif des vierges à naîtreQui vivez trop tard pour m’avoir…Alors, gaiement, venez me voir !Vous lèverez le marbre noir,Et me creusant une fenêtre,Alors, gaiement, venez me voir,Chœur lascif des vierges à naître.
Vous chercherez parmi mes osCet os viril qui fut mon membre ;Près des fémurs, au bas du dos,Vous chercherez parmi mes os.Roide encore dans son reposComme un athlète qui se cambre,Vous chercherez parmi mes osCet os viril qui fut mon membre.
Vous le verrez très long, très fort,Dur aux contours, et creux au centre ;Veuf de son double contrefort,Vous le verrez très long, très fort,L’os vaillant qui sous son effortFora tant d’isthmes au bas ventre :Vous le verrez très long, très fort,Dur aux contours, et creux au centre.
Hélas, j’en aurai fait mon deuil :Emportez-le, je vous le donne.Il fut ma force et mon orgueil,Hélas, j’en aurai fait mon deuil !Dans le célibat du cercueil,On dort seul, et la mort chaponne…Hélas, j’en aurai fait mon deuil :Emportez-le, je vous le donne.
Vous percerez sept trous, sept trous,Et le canal deviendra flûte :Dans l’os sonore aux reflets roux,Vous percerez sept trous, sept trous,Pour accompagner les froufrousDes jupons que froisse la lutte :Vous percerez sept trous, sept trous,Et le canal deviendra flûte.
Sur la gamme des baisers nusL’Amour va chanter sa romance :Souffle dans ma flûte, ô Vénus !Sur la gamme des baisers nusSouffle tes airs les plus connus :Voici le bal qui recommence :Sur la gamme des baisers nusL’Amour va chanter sa romance.
Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do :La valse horizontale danse,Tourne, ondule sous le rideau ;Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do…La flûte suit le crescendoEt rythme l’amour en cadence.Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do :La valse horizontale danse !
Et l’os vibre sous le baiser,Au souffle de la lèvre rose ;L’air chaud le gonfle à le briser !Et l’os vibre sous le baiserDu doigt blanc qui court se poser,Va, revient, remonte, et se pose…Et l’os vibre sous le baiserAu souffle de la lèvre rose !
Ainsi j’attendrai doucementSur la bouche des belles filles,L’heure auguste du Jugement.Ainsi j’attendrais doucement,Joyeux de pouvoir en dormantConduire encor les chauds quadrilles :Ainsi j’attendrai doucement,Sur la bouche des belles filles.
Versification
- Rimes
- 10(ABaAabAB)
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- A désossé / percé masculine, classiqueB planches / blanches féminine, classiqueA désossé / lissé masculine, classiqueA voir / m’avoir masculine, classiqueB naître / fenêtre féminine, classiqueA voir / noir masculine, classiqueA os / dos masculine, classiqueB membre / cambre féminine, classiqueA os / repos masculine, classiqueA fort / contrefort masculine, classiqueB centre / ventre féminine, classiqueA fort / effort masculine, classiqueA deuil / orgueil masculine, classiqueB donne / chaponne féminine, classiqueA deuil / cercueil masculine, classiqueA trous / roux masculine, classiqueB flûte / lutte féminine, classiqueA trous / froufrous masculine, classiqueA nus / Vénus masculine, classiqueB romance / recommence féminine, classiqueA nus / connus masculine, classiqueB romance / danse féminine, classiqueA do / rideau masculine, classiqueA do / crescendo masculine, classiqueb cadence / danse féminine, classiqueA baiser / briser masculine, classiqueB rose / pose féminine, classiqueA baiser / poser masculine, classiqueA doucement / Jugement masculine, classiqueB filles / quadrilles féminine, classiqueA doucement / dormant masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Légende des sexes, poëmes hystériques, Bruxelles, Imprimé à Bruxelles pour l’auteur, 1882· numérisation wikisource.org· Sources