Dilection, 1925· Suivant l’humeur des jours
Clamavi ad te
J’approche et tu fermes tes bras,Je te regarde et tu‖ détournes ton visage,J’implore et tu n’écoutes pas !Sais-tu ce qu’il faut de couragePour supporter,‖ sans défaillance,‖ un tel conflit ?Tu ne me tuerais pas,‖ mais tu m’ensevelisVivante encor dans une tombeD’où, chaque jour, j’essaie‖ en vain de m’évaderOù chaque soir, il faut‖ pourtant que je retombePuisque tu n’as rien accordé !
J’use ma force dans le videSur un but fugitif‖ que je n’atteins jamais !Je dispute un rêve splendideAu silence qui ne permetNi son éclosion,‖ ni sa fin, ni sa suite !Mais que te font à toi,‖ tous mes vœux mis en fuiteEt tous mes élans réfrénés,Puisque tes yeux sont secs‖ et ton cœur n’est pas ivre ?Tu le sauras portant,‖ que d’être abandonnéC’est mourir sans cesser de vivre !
Ah ! depuis déjà tant de moisQue je porte l’amour‖ dans le fond de mes moëllesComme un mal pesant, il s’accroîtSans que rien ne le renouvelle !Il est moi-même enfin,‖ bien plus qu’un sentiment !Sache que tu m’es cher,‖ intolérablement,Que j’attends ta miséricorde ;Je le dirai, jusqu’au‖ dernier souffle, sans fin,Car mon cœur trop frappé,‖ vibrant à pleines cordes,Ne connaît plus d’autre refrain !
Écoute-moi ! l’amour m’écrase !Aucun enfer, jamais,‖ ne fut sans paradisAucun martyre sans extase,Aucune fièvre sans répit !Écoute-moi ! L’amour‖ prend ma vie et la sape !La route la plus longue‖ est-elle sans étape,Le calvaire sans stations ?Écoute-moi ! L’amour‖ de sa soif me dessèche !Faudra-t-il traverser,‖ sous le soleil de plombTout le désert sans puits d’eau fraîche ?
N’auras-tu jamais de pitié,Et sur cette agonie,‖ impossible à décrire,Ne voudras-tu pas effeuillerLa claire douceur d’un sourire ?Tu ne me vois donc pas,‖ prostrée à deux genoux,Et t’implorant toujours !‖ Mes balbutiements fousN’exhalent plus des mots de blâme,Ni des appels venus‖ de mon cœur en lambeaux,Ce ne sont ni soupirs,‖ ni larmes, ni sanglots,Mais c’est comme des sueurs d’âme !
Versification
- Forme
- 5 dizains (dizains)
- Rimes
- 4(ababccdede) 1(ababccdeed)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (25 de 8, 25 de 12)· profil 8, 6=6
- Strophes
- 5 dizains
- Mots à la rime
- a bras / pas masculine, classiqueb visage / courage féminine, classiquec conflit / m’ensevelis masculine, non classiqued tombe / retombe féminine, classiquee m’évader / accordé masculine, non classiquea vide / splendide féminine, classiqueb jamais / permet masculine, non classiquec suite / fuite féminine, classiqued réfrénés / abandonné masculine, non classiquee ivre / vivre féminine, classiquea mois / s’accroît masculine, non classiqueb moëlles / renouvelle féminine, non classiquec sentiment / intolérablement masculine, classiqued miséricorde / cordes féminine, non classiquee fin / refrain masculine, classiquea m’écrase / extase féminine, classiqueb paradis / répit masculine, non classiquec sape / étape féminine, classiqued stations / plomb masculine, non classiquee dessèche / fraîche féminine, classiquea pitié / effeuiller masculine, non classiqueb décrire / sourire féminine, classiquec genoux / fous masculine, classiqued blâme / d’âme féminine, classiquee lambeaux / sanglots masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 2.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dilection, Paris, ÉDITIONS MONTAIGNE, 1925· Sources