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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dilection, 1925· Suivant l’humeur des jours

Printemps

Henriette Hervé· strophe unique, alexandrins, 46 vers

Une vaste rumeur‖ d’attente et de désirÉmeut les bois, crispés‖ sous la caresse acideD’un vent trop frais, d’un vent‖ aigu qui fait frémir,Dans les vergers,‖ les frissonnantes‖ fleurs candides ;Et je vais en tenant‖ mes rêves par la main.Le ciel est agrandi‖ de leur aile éployée .Qui jette par instants‖ de l’ombre en mon chemin.…Oui, je vais au hasard‖ sur ta trace mouillée,Printemps au visage incertain,‖ aux jeunes yeuxTournés vers l’inconnu‖ d’une saison nouvelle,Car je veux lire encor‖ dans tes vertes prunellesTon mensonge périssable mais radieux !Je t’aperçois… je te‖ poursuis… mais tu t’élances,Et tourbillonnant, fou,‖ jeune et divin, tu danses !Sous le grand soleil blond‖ comme un rayon de miel,Tu danses ! Sous la soie‖ opaline du ciel,Dans le ruissellement‖ aérien des écharpes,Je vois jouer sur toi‖ le prisme aux sept couleurs…… Et je songe à l’amour‖ dont toute la douceurN’est peut-être qu’un chant‖ merveilleux de ta harpe,O Printemps !… Toi, tu ris‖ en dansant, les yeux clos…Tu foules de tes pas‖ l’herbe odorante et molle,Sous les branches retombantes des grands bouleaux ;Tu fais naître en dansant‖ ce chant qui nous affole,Tu l’inscris sur la terre‖ en bouquets dénoués,.Et, par tes traits‖ d’anémone et‖ de violette,La forme et le parfum‖ d’une fugue muetteSuit ta danse éperdue,‖ en motifs alternés !Tout autour de ta grâce‖ ondoient les frais pétales !Tu leur dictes la joie‖ et la vie, et l’instinct,La danse aveugle du‖ désir et du destin…La forêt tout entière‖ en un soupir exhaleLa réponse à ton chant,‖ et semble s’abreuverAu geste fécondant‖ de tes deux bras levésSon ciel a reflété‖ ta clarté juvénile,Ses arbres garderont‖ la tendre flexionEt le rythme émouvant‖ de ton beau corps gracileTu la feras renaître‖ après chaque abandonPlus docile à ta voix‖ sous le joug des annéesMais un joug bien plus lourd‖ vient entraver l’élanDont j’accueillais‖ ton premier souffle‖ étincelantTu ne peux refleurir‖ toutes les destinées…Toi que j’ai tant aimé,‖ toi qui me répondais,Tu ne m’apparais plus,‖ Printemps, quand je t’imploreEt le ramier‖ donne une voix‖ à mes regretsEn roucoulant : « Erôs,‖ Erôs »… il pleure encore…

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
5[abab] 5[abba] 3[aa]
Mètre
Alexandrins· profil 6÷6
Mots à la rime
a désir / frémir masculine, classiqueb acide / candides féminine, non classiquea main / chemin masculine, classiqueb éployée / mouillée féminine, classiquea yeux / radieux masculine, classiqueb nouvelle / prunelles féminine, non classiquea t’élances / danses féminine, classiquea miel / ciel masculine, classiquea écharpes / harpe féminine, non classiqueb couleurs / douceur masculine, non classiquea clos / bouleaux masculine, classiqueb molle / affole féminine, classiquea dénoués / alternés masculine, classiqueb violette / muette féminine, classiquea pétales / exhale féminine, non classiqueb l’instinct / destin masculine, non classiquea s’abreuver / levés masculine, non classiquea juvénile / gracile féminine, classiqueb flexion / abandon masculine, classiquea années / destinées féminine, classiqueb l’élan / étincelant masculine, non classiquea répondais / regrets masculine, classiqueb t’implore / encore féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 1.7

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dilection, Paris, ÉDITIONS MONTAIGNE, 1925· Sources