Dilection, 1925
Envoi
Ces vers tout pleins de vous,‖ vous ne les lirez pas…Vous n’avez pas le temps d’apprendre,Combien, et comment un cœur bat,Quand vous l’avez troublé‖ par votre voix trop tendre…J’aurais tant voulu cependantAller vers vous et puis‖ vous dire simplement« Voici mon premier livre…‖ Il n’est fait que pour vous…Il n’est fait que de rêves fousMais ineffables,Et j’ai tant poursuivi‖ leur ombre sur le sableQu’elle estompe pour moi‖ jusqu’au dernier détourLa longue route sans retour…Vous verriez que ce livreVous étiez seul au monde‖ à pouvoir l’inspirer,Vous verriez qu’il n’est beau,‖ vous verriez qu’il n’enivreQue pour avoir parlé‖ d’amour désespéré !Goutte à goutte amassée,‖ une immense tristesseBaigne ses accents éperdus,Son verbe frémissant‖ de profonde tendresseNe dit que le bonheur perdu !Si j’ai chanté‖ la nature et‖ la solitude,C’est dans le seul espoir‖ de vous posséder mieux !Car celui qui cherche son dieuEt voudrait s’abîmer‖ dans la béatitude,Éprouve le besoin‖ de vivre loin de tous,Fuit le monde,Puis à genouxDans l’inactivité‖ contemplative où l’ondeAttend la brise tiède‖ et le retour du flotIl prie… il espère‖ un souffle d’en haut…Si vous lisiez,‖ vous pourriez craindre‖ ce miracle !Car le divin spectacleD’un amour simple et vrai,Ne laisserait pas vos‖ sens conserver leur paix !Si vous lisiez, le feu‖ qui consume mes veinesRallumerait enfin‖ le feu qui vous brûlait,Si vous lisiez,‖ en entendant‖ crier ma peineVous m’aideriez sans doute,‖ à supporter son faix,Vous voudriez panser ma plaieEt me détacher de la claieDont vos mains autrefois‖ ont serré les liensD’innombrables nœuds gordiens !Si vous lisiez,‖ vous voudriez‖ toujours entendreRésonner près de vous‖ cette lyre si tendre,Dans le chant dont je meurs !Vous ne pourriez rester‖ plus longtemps insensible,Car les coups profonds de mon cœurDe leur élan incoercibleOn toujours précédé mes mots !Mais vous ne lirez rien ! PlutôtQue de subir le‖ déchirant outrageDe voir. mon livre ainsi‖ qu’une tombe bien closeEt que vus mains trop sagesN’ont pas voulu fleurir de roses,J’abandonne en pleurant‖ le geste commencé !Je n’irai pas, portant‖ mon âme dénudée,Pour tenter de franchir‖ malgré vous le fossé…J’attendrai que la grâce‖ enfin soit accordée…Je ne veux rien troubler‖ par le bruit de mes pas,Et ces vers, pleins de vous,‖ vous ne les lirez pas
Paris ‒ Le Hohwald, 1921-1924
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 8[abab] 12[aa] 1[abba]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (34 de 12, 16 de 8, 5 de 6, 2 de 4, 2 de 10, 1 de 3)· profil 8, 4, 6, 6=6, 5−5, (3)
- Mots à la rime
- a pas / bat masculine, non classiqueb d’apprendre / tendre féminine, classiquea cependant / simplement masculine, classiquea vous / fous masculine, classiquea ineffables / sable féminine, non classiquea détour / retour masculine, classiquea livre / n’enivre féminine, classiqueb l’inspirer / désespéré masculine, non classiquea tristesse / tendresse féminine, classiqueb éperdus / perdu masculine, non classiquea solitude / béatitude féminine, classiqueb mieux / dieu masculine, non classiquea tous / genoux masculine, classiqueb monde / l’onde féminine, classiquea flot / haut masculine, classiquea miracle / spectacle féminine, classiquea vrai / paix masculine, non classiquea veines / peine féminine, non classiqueb brûlait / faix masculine, non classiquea plaie / claie féminine, classiquea liens / gordiens masculine, classiquea entendre / tendre féminine, classiquea meurs / cœur masculine, non classiqueb insensible / incoercible féminine, classiquea mots / Plutôt masculine, non classiquea outrage / sages féminine, non classiqueb close / roses féminine, non classiquea commencé / fossé masculine, classiqueb dénudée / accordée féminine, classiquea pas masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 2.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dilection, Paris, ÉDITIONS MONTAIGNE, 1925· Sources