Dilection, 1925· Chants de Palestine
« Je l’ai cherché… »
Je l’ai cherché toute la nuitSans le trouver… Il s’est enfui,Bondissant sur les monts,‖ celui qu’aime mon âme…Et je suis pareille au‖ cerf altéré qui brame,Dans un désert aride,‖ après l’eau du torrent…Mon bien-aimé ! dis-moi par grâce,Où dois-je aller… Je suis si lasse !Vais-je enfin te trouver‖ sur le bord de l’étang,Quand le vent du jour souffle‖ et que l’ombre est étroite ?Où fais-tu reposer‖ ta monture qui boîteEt ton troupeau, sur le midi ?
Dans les vignes de Hen GuédiJ’ai cherché ta blancheur‖ aux grappes du troène,Et j’ai cherché ta voix‖ dans le chant des fontaines,Dans les sources d’eau vive‖ et dans les ruisseaux froids !Mon bien-aimé ! dis-moi par grâceOù te trouver !… Je suis si lasse…Et j’ai déjà trompé‖ le désir que mes doigtsAvaient de tes cheveux,‖ en caressant la soieDe l’orge blonde, ou le‖ fin duvet qui chatoieDans la houppe des chardons mûrs…
Et j’ai cherché dans l’éclat purDes yeux de ma chevrette,‖ un regard presque tendre,Trop transparent,‖ qu’on traverse sans le comprendre…Ton cher regard !‖… Et l’odeur de ton vêtementEst venue, ainsi qu’une grâce,Ranimer mon âme trop lasse,Quand j’ai touché du front‖ un cèdre du Liban…Ah ! viens, vent du Midi !‖ Lève-toi, bise ardenteAugmentez le parfum‖ des myrtes et des menthesCar c’est l’arôme de sa chair !
J’ai trouvé sur les fruits d’or clairDu cédrat, qui distille‖ au soleil tous ses baumes,La pulpe ferme et tiède‖ et douce de ses paumes… Et cette obscure voix‖ à l’ombre des figuiers…Mon bien-aimé ! dis-moi par grâce,Qu’à ma tendresse jamais lasseC’est ton râle d’amour‖ que redit le ramier !Et son roucoulement‖ rauque et rythmé m’enchante !De mes flancs à ma gorge,‖ entends la plainte lenteQui reprend et répond sans fin…
Voici que l’automne s’en vientLe colchique a fleuri,‖ les vignes ont leurs grappes,Et l’huile, du pressoir,‖ par flots d’ambre s’échappe,Les fruits de la vallée‖ ont rendu leur odeur…Mon bien-aimé ! dis-moi par grâceQue tu reviens… je suis très lasse…Tu m’as, sur la montage,‖ emporté mon bonheur,Tu le portes au cou‖ comme un fil d’écarlate ;Et sur ton cœur, ainsi‖ qu’un sachet d’aromates,Il a passé toute la nuit…
Alors, sous la lune qui luit,Sa douce ombre est venue‖ émouvoir mes entrailles…Le voilà qui se tient‖ derrière la muraille,Et qui se penche et se‖ fait voir à mon treillis« Ma bien-aimée ! ouvre par grâce,Et vois, sur mes épaules lassesRuisseler la rosée…‖ Ouvre !… je t’ai cueilliDe l’aspic, de la mandragore,‖ au clair de lune »……J’ai pris sa tête‖ entre mes bras‖ dans la nuit brune,Je l’ai bercée entre mes seins,Et mes sanglots se sont éteints…
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 19[aa] 6[abba]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (36 de 12, 26 de 8)· profil 8, 6=6
- Mots à la rime
- a nuit / enfui masculine, non classiquea âme / brame féminine, classiquea torrent / l’étang masculine, non classiqueb grâce / lasse féminine, classiquea étroite / boîte féminine, classiquea midi / Guédi masculine, classiquea troène / fontaines féminine, non classiquea froids / doigts masculine, classiquea soie / chatoie féminine, classiquea mûrs / pur masculine, non classiquea tendre / comprendre féminine, classiquea vêtement / Liban masculine, non classiquea ardente / menthes féminine, non classiquea chair / clair masculine, classiquea baumes / paumes féminine, classiquea figuiers / ramier masculine, non classiquea m’enchante / lente féminine, classiquea fin / vient masculine, non classiquea grappes / s’échappe féminine, non classiquea odeur / bonheur masculine, classiquea d’écarlate / d’aromates féminine, non classiquea nuit / luit masculine, classiquea entrailles / muraille féminine, non classiquea treillis / cueilli masculine, non classiqueb grâce / lasses féminine, non classiquea lune / brune féminine, classiquea seins / éteints masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 2.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
62 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dilection, Paris, ÉDITIONS MONTAIGNE, 1925· Sources