Châtiments, 1853· Livre premier La société est sauvée
III. « Approchez-vous ; ceci, c'est le tas des dévots »
Approchez-vous ; ceci,‖ c'est le tas des dévots.Cela hurle en grinçant‖ un benedicat vos ;C'est laid, c'est vieux, c'est noir.‖ Cela fait des gazettes.Pères fouetteurs du siècle,‖ à grands coups de garcettesIls nous mènent au ciel.‖ Ils font, blêmes grimauds,De l'âme et de Jésus‖ des querelles de motsComme à Byzance au temps‖ des Jeans et des Eudoxes.Méfions-nous ; ce sont‖ des gredins orthodoxes.Ils auraient fait pousser‖ des cris à Juvénal.La douairière aux yeux gris‖ s'ébat sur leur journalComme sur les marais‖ la grue et la bécasse.Ils citent Poquelin,‖ Pascal, Rousseau, Boccace,Voltaire, Diderot,‖ l'aigle au vol inégal,Devant l'official‖ et le théologal.L'esprit étant gênant,‖ ces saints le congédient.Ils mettent Escobar sous bande et l'expédientAux bedeaux rayonnants‖ pour quatre francs par mois.Avec le vieux savon‖ des jésuites sournoisIls lavent notre époque‖ incrédule et pensive,Et le bûcher fournit‖ sa cendre à leur lessive.Leur gazette, où les mots‖ de venin sont verdis,Est la seule qui soit‖ reçue au paradis.Ils sont, là, tout-puissants ;‖ et tandis que leur bandePrêche ici-bas la dîme‖ et défend la prébende,Ils font chez Jéhovah‖ la pluie et le beau temps.L'ange au glaive de feu‖ leur ouvre à deux battantsLa porte bienheureuse,‖ effrayante et vermeille ;Tous les matins, à l'heure‖ où l'oiseau se réveille,Quand l'aube, se dressant‖ au bord du ciel profond,Rougit en regardant‖ ce que les hommes font,Et que des pleurs de honte‖ emplissent sa paupière,Gais, ils grimpent là-haut,‖ et, cognant chez Saint-Pierre,Jettent à ce portier‖ leur journal impudent.Ils écrivent à Dieu‖ comme à leur intendantCritiquant, gourmandant,‖ et lui demandant compteDes révolutions,‖ des vents, du flot qui monte,De l'astre au pur regard‖ qu'ils voudraient voir loucher,De ce qu'il fait tourner‖ notre terre et marcherNotre esprit, et, d'un timbre‖ ornant l'Eucharistie,Ils cachettent leur lettre‖ immonde avec l'hostie.Jamais marquis, voyant‖ son carrosse broncher,N'a plus superbement‖ tutoyé son cocher,Si bien, que ne sachant‖ comment mener le monde,Ce pauvre vieux bon Dieu,‖ sur qui leur foudre gronde,Tremblant, cherchant un trou‖ dans ses cieux éclatants,Ne sait où se fourrer‖ quand ils sont mécontents.Ils ont supprimé Rome ;‖ ils auraient détruit Sparte.Ces drôles sont charmés‖ de monsieur Bonaparte.
Bruxelles. Janvier 1852.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Mètre
- Alexandrins surtout (47 de 12, 1 de 13)· profil 6+6, 13i
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, La Pléiade — Éditions Gallimard, 1967· numérisation poesies.net· Sources