Châtiments, 1853· Livre IV La religion est glorifiée
X. Aube
Un immense frisson‖ émeut la plaine obscure.C'est l'heure où Pythagore,‖ Hésiode, Épicure,Songeaient ; c'est l'heure où, las‖ d'avoir, toute la nuit,Contemplé l'azur sombre‖ et l'étoile qui luit,Pleins d'horreur, s'endormaient‖ les pâtres de Chaldée.Là-bas, la chute d'eau,‖ de mille plis ridée,Brille, comme dans l'ombre‖ un manteau de satin ;Sur l'horizon lugubre‖ apparaît le matin,Face rose qui rit‖ avec des dents de perles ;Le bœuf rêve et mugit,‖ les bouvreuils et les merlesEt les geais querelleurs‖ sifflent, et dans les boisOn entend s'éveiller‖ confusément les voix ;Les moutons hors de l'ombre,‖ à travers les bourrées,Font bondir au soleil‖ leurs toisons éclairées ;Et la jeune dormeuse,‖ entr'ouvrant son œil noir,Fraîche, et ses coudes blancs‖ sortis hors du peignoir,Cherche de son pied nu‖ sa pantoufle chinoise.
Louange à Dieu ! toujours,‖ après la nuit sournoise,Agitant sur les monts‖ la ronce et le genêt,La nature superbe‖ et tranquille renaît ;L'aube éveille le nid‖ à l'heure accoutumée,Le chaume dresse au vent‖ sa plume de fumée,Le rayon, flèche d'or,‖ perce l'âpre forêt ;Et plutôt qu'arrêter‖ le soleil, on feraitSensibles à l'honneur‖ et pour le bien fougueusesLes âmes de Baroche‖ et de Troplong, ces gueuses !
Jersey. Avril 1853.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 13((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a obscure / Épicure féminine, classiqueb nuit / luit masculine, classiquec Chaldée / ridée féminine, classiqued satin / matin masculine, classiquee perles / merles féminine, classiquef bois / voix masculine, classiqueg bourrées / éclairées féminine, classiqueh noir / peignoir masculine, classiquei chinoise / sournoise féminine, classiqueb genêt / renaît masculine, classiquec accoutumée / fumée féminine, classiqued forêt / ferait masculine, classiquee fougueuses / gueuses féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
26 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, La Pléiade — Éditions Gallimard, 1967· numérisation poesies.net· Sources