Châtiments, 1853· Livre Ii L’ordre est rétabli
VI. L’autre président
I
Donc, vieux partis, voilà‖ notre homme consulaire !Aux jours sereins, quand rien‖ ne nous vient assiéger,Dogue aboyant, dragon‖ farouche, hydre en colère ;Taupe aux jours du danger !
Pour le mettre à leur tête,‖ en nos temps que visiteLa tempête, brisant‖ le cèdre et le sapin,Ils prirent le plus lâche,‖ et n'ayant pas Thersite,Ils choisirent Dupin.
Tandis que ton bras fort‖ pioche, laboure et bêche,Ils te trahissaient, peuple,‖ ouvrier souverain ;Ces hommes opposaient‖ le président BobècheAu président Mandrin.
II
Sa voix aigre sonnait‖ comme une calebasse ;Ses quolibets mordaient‖ l'orateur au cœur chaud ;Ils avaient, insensés,‖ mis l'âme la plus basseAu faîte le plus haut ;
Si bien qu'un jour, ce fut‖ un dénouement immonde,Des soldats, sabre au poing,‖ quittant leur noir chevet,Entrèrent dans ce temple‖ auguste où, pour le monde,L'aurore se levait !
Devant l'autel des lois‖ qu'on renverse et qu'on brûle,Honneur, devoir, criaient‖ à cet homme : « Debout !Dresse-toi, foudre en main,‖ sur ta chaise curule ! »Il plongea dans l'égout.
III
Qu'il y reste à jamais !‖ qu'à jamais il y dorme !Que ce vil souvenir‖ soit à jamais détruit !Qu'il se dissolve là !‖ qu'il y devienne informe,Et pareil à la nuit !
Que, même en l'y cherchant,‖ on le distingue à peineDans ce profond cloaque,‖ affreux, morne, béant !Et que tout ce qui rampe‖ et tout ce qui se traîneSe mêle à son néant !
Et que l'histoire un jour‖ ne s'en rende plus compte,Et dise en le voyant‖ dans la fange étendu :« On ne sait ce que c'est.‖ C'est quelque vieille honteDont le nom s'est perdu ! »
IV
Oh ! si ces âmes-là‖ par l'enfer sont reçues,S'il ne les chasse pas‖ dans son amer orgueil,Poètes qui, portant‖ dans vos mains des massues,Gardez ce sombre seuil,
N'est-ce pas ? dans ce gouffre‖ où la justice habite.Dont l'espérance fuit‖ le flamboyant fronton,Dites, toi de Patmos‖ lugubre cénobite,Toi Dante, toi Milton,
Toi, vieil Eschyle ami‖ des plaintives Électres,Ce doit être une joie,‖ ô vengeurs des vertus,De faire souffleter‖ les masques par les spectres,Et Dupin par Brutus !
Bruxelles, Décembre 1851.
Versification
- Forme
- 12 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 12(abab)
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (36 de 12, 12 de 6)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 12 quatrains
- Mots à la rime
- a consulaire / colère féminine, classiqueb assiéger / danger masculine, classiquea visite / Thersite féminine, classiqueb sapin / Dupin masculine, classiquea bêche / Bobèche féminine, classiqueb souverain / Mandrin masculine, classiquea calebasse / basse féminine, classiqueb chaud / haut masculine, classiquea immonde / monde féminine, classiqueb chevet / levait masculine, classiquea brûle / curule féminine, classiqueb Debout / l'égout masculine, classiquea dorme / informe féminine, classiqueb détruit / nuit masculine, classiquea peine / traîne féminine, classiqueb béant / néant masculine, classiquea compte / honte féminine, classiqueb étendu / perdu masculine, classiquea reçues / massues féminine, classiqueb orgueil / seuil masculine, classiquea habite / cénobite féminine, classiqueb fronton / Milton masculine, classiquea Électres / spectres féminine, classiqueb vertus / Brutus masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, La Pléiade — Éditions Gallimard, 1967· numérisation poesies.net· Sources