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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Châtiments, 1853

Les trois chevaux

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 51 vers

Trois chevaux, qu'on avait‖ attachés au même arbre,Causaient.L’un, coureur leste à la croupe de marbre,Valait cent mille francs,‖ était vainqueur d'Epsom,Et, tout harnaché d'or,‖ s'écriait : sum qui sum !Cela parle latin,‖ les bêtes. Des mains blanchesCent fois de ce pur-sang‖ avaient flatté les hanches,Et souvent il avait,‖ dans le turf ébloui,Senti courir les cœurs‖ des femmes après lui.De là bien des succès‖ à son propriétaire.Le second quadrupède‖ était un militaire,Un dada formidable,‖ une brute d'acier,Un cheval que Racine‖ eût appelé coursier.Il se dressait, bridé,‖ superbe, ivre de joie,D'autant plus triomphant‖ qu'il avait l'œil d'une oie.Sur sa housse on lisait :‖ Essling, Ulm, Iéna.Il avait la fierté‖ massive que l'on aLorsqu'on est orgueilleux‖ de tout ce qu'on ignore ;Son caparaçon fauve‖ était riche et sonoreIl piaffait, il semblait‖ écouter le tambour.

Et le troisième était‖ un cheval de labour.Un bât de corde au cou,‖ c'était là sa toilette.Triste bête ! on croyait‖ voir marcher un squelette,Ayant assez de peau‖ sous la bise et le ventPour faire un peu l'effet‖ d'un être encor vivant.

Le beau cheval de luxe,‖ espèce de jocrisse,Disait :— Ici le pape, et là le baron Brisse ;Pour l'estomac Brébant,‖ pour l'âme Loyola ;Être béni, bien boire‖ et bien manger, voilàCe que prêche mon maître ;‖ et moi, roi de la joute,J'estime que mon maître‖ a raison, et j'ajouteQue les cocottes font‖ l'ornement du derby.Il faut au peuple un dieu‖ par les prêtres fourbi,À nous une écurie‖ en acajou, la biblePour l'homme, et des journaux,‖ morbleu, le moins possible.

Le Jockey-Club vaut mieux‖ que l'esprit Légion.Pas de société‖ sans la religion.Si je n'étais cheval,‖ je voudrais être moine.— Moi, je voudrais manger‖ parfois un peu d'avoineEt de foin, soupira‖ le cheval paysan.Je travaille beaucoup,‖ et je suis, jugez-enPar ma côte saignante‖ et mon échine maigre,Presque aussi mal traité‖ que l'homme appelé nègre.Compter les coups de fouet‖ que je reçois seraitCompter combien d'oiseaux‖ chantent dans la forêt ;J'ai faim, j'ai soif, j'ai froid ;‖ je ne suis pas féroce,Mais je suis malheureux. »

Ainsi parla la rosse.

Le cheval de bataille‖ alors, plein de fureur,Indigné, bien pensant,‖ dit : — Vive l'empereur !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a arbre / Causaient / marbre féminine, classiqueb d'Epsom / sum masculine, classiquec blanches / hanches féminine, classiqued ébloui / lui masculine, classiquee propriétaire / militaire féminine, classiquef d'acier / coursier masculine, classiqueg joie / oie féminine, classiqueh Iéna / a masculine, classiquei ignore / sonore féminine, classiquej tambour / labour masculine, classiqueb toilette / squelette féminine, classiquec vent / vivant masculine, classiquea jocrisse / Disait / Brisse féminine, classiqueb Loyola / voilà masculine, classiquec joute / j'ajoute féminine, classiqued derby / fourbi masculine, classiquee bible / possible féminine, classiquea Légion / religion masculine, classiqueb moine / d'avoine féminine, classiquec paysan / jugez-en masculine, classiqued maigre / nègre féminine, classiquee serait / forêt masculine, classiquef féroce / malheureux / rosse féminine, classiquea fureur / l'empereur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

51 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, La Pléiade — Éditions Gallimard, 1967· numérisation poesies.net· Sources