Châtiments, 1853· Livre Vi La stabilité est assurée
I. Napoléon Iii
Donc c'est fait. Dût rugir‖ de honte le canon,Te voilà, nain immonde,‖ accroupi sur ce nom !Cette gloire est ton trou,‖ ta bauge, ta demeure !Toi qui n'as jamais pris‖ la fortune qu'à l'heure,Te voilà presque assis‖ sur ce hautain sommet !Sur le chapeau d'Essling‖ tu plantes ton plumet ;Tu mets, petit Poucet,‖ ces bottes de sept lieues ;Tu prends Napoléon‖ dans les régions bleues ;Tu fais travailler l'oncle,‖ et, perroquet ravi,Grimper à ton perchoir‖ l'aigle de Mondovi !Thersite est le neveu‖ d'Achille Péliade !C'est pour toi qu'on a fait‖ toute cette Iliade !C'est pour toi qu'on livra‖ ces combats inouïs !C'est pour toi que Murat,‖ aux Russes éblouis,Terrible, apparaissait,‖ cravachant leur année !C'est pour toi qu'à travers‖ la flamme et la fuméeLes grenadiers pensifs‖ s'avançaient à pas lents !C'est pour toi que mon père‖ et mes oncles vaillantsOnt répandu leur sang‖ dans ces guerres épiques !Pour toi qu'ont fourmillé‖ les sabres et les piques,Que tout le continent‖ trembla sous Attila,Et que Londres frémit,‖ et que Moscou brûla !C'est pour toi, pour tes Deutz‖ et pour tes Mascarilles,Pour que tu puisses boire‖ avec de belles filles,Et la nuit, t'attabler‖ dans le Louvre à l'écart,C'est pour monsieur Fialin‖ et pour monsieur Mocquart,Que Lannes d'un boulet‖ eut la cuisse coupée,Que le front des soldats‖ entr'ouvert par l'épée,Saigna sous le schako,‖ le casque et le colback,Que Lasalle à Wagram,‖ Duroc à Reichenbach,Expirèrent frappés‖ au milieu de leur route,Que Caulaincourt tomba‖ dans la grande redoute.Et que la vieille garde‖ est morte à Waterloo !C'est pour toi qu'agitant‖ le pin et le bouleau,Le vent fait aujourd'hui,‖ sous ses âpres haleines,Blanchir tant d'ossements,‖ hélas ! dans tant de plaines !Faquin ! — Tu t'es soudé,‖ chargé d'un vil butin,Toi, l'homme du hasard,‖ à l'homme du destin !Tu fourres, impudent,‖ ton front dans ses couronnes !Nous entendons claquer‖ dans tes mains fanfaronnesCe fouet prodigieux‖ qui conduisit les rois ;Et tranquille, attelant‖ à ton numéro troisAusterlitz, Marengo,‖ Rivoli, Saint-Jean-d'Acre,Aux chevaux du soleil‖ tu fais traîner ton fiacre !
Jersey. Décembre 1852.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 22((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a canon / nom masculine, classiqueb demeure / l'heure féminine, classiquec sommet / plumet masculine, classiqued lieues / bleues féminine, classiquee ravi / Mondovi masculine, classiquef Péliade / Iliade féminine, classiqueg inouïs / éblouis masculine, classiqueh année / fumée féminine, classiquei lents / vaillants masculine, classiquej épiques / piques féminine, classiquek Attila / brûla masculine, classiquel Mascarilles / filles féminine, classiquem l'écart / Mocquart masculine, classiquen coupée / l'épée féminine, classiqueo colback / Reichenbach masculine, classiquep route / redoute féminine, classiqueq Waterloo / bouleau masculine, classiquer haleines / plaines féminine, classiques butin / destin masculine, classiquet couronnes / fanfaronnes féminine, classiqueu rois / trois masculine, classiquev Saint-Jean-d'Acre / fiacre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, La Pléiade — Éditions Gallimard, 1967· numérisation poesies.net· Sources