Châtiments, 1853· Livre IV La religion est glorifiée
VII. Un autre
Ce Zoïle cagot‖ naquit d'une Javotte.Le diable, — ce jour-là‖ Dieu permit qu'il créât, —D'un peu de Ravaillac‖ et d'un peu de NonotteComposa ce gredin béat.
Tout jeune, il contemplait,‖ sans gîte et sans valise,Les sous-diacres coiffés‖ d'un feutre en lampion ;Vidocq le rencontra‖ priant dans une église,Et l'ayant vu loucher,‖ en fit un espion.
Alors ce va-nu-pieds‖ songea dans sa mansarde ;Et, se voyant sans cœur,‖ sans style, sans esprit,Imagina de mettre‖ une feuille poissardeAu service de Jésus-Christ.
Armé d'un goupillon,‖ il entra dans la liceContre les jacobins,‖ le siècle et le péché.Il se donna le luxe,‖ étant de la police,D'être jésuite et saint‖ par-dessus le marché.
Pour mille francs par mois‖ livrant l'Eucharistie,Plus vif que les voleurs‖ et que les assassins,Il fut riche. Il portait‖ un flair de sacristieDans le bouge des argousins.
Il prospère ! — Il insulte,‖ il prêche, il fait la roue ;S'il n'était pas saint homme,‖ il eût été sapeur ;Comme s'il s'y lavait,‖ il piaffe en pleine boue,Et, voyant qu'on se sauve,‖ il dit : comme ils ont peur !
Regardez : le voilà !‖ — Son journal frénétiquePlaît aux dévots et semble‖ écrit par des bandits.Il fait des fausses clefs‖ dans l'arrière-boutiquePour la porte du paradis.
Des miracles du jour‖ il colle les affiches ;Il rédige l'absurde‖ en articles de foi ;Pharisien hideux,‖ il trinque avec les riches,Et dit au pauvre : ami,‖ viens jeûner avec moi.
Il ripaille à huis clos,‖ en public il sermonne,Chante landerirette‖ après alleluia.Dit un pater, et prend‖ le menton de Simone…Que j'en ai vu, de ces saints-là !
Qui vous expectoraient‖ des psaumes après boire,Vendaient d'un air contrit‖ leur pieux bric-à-brac,Et qui passaient, selon‖ qu'ils changeaient d'auditoire,Des strophes de Piron‖ aux quatrains de Pibrac !
C'est ainsi qu'outrageant‖ gloires, vertus, génies,Charmant par tant d'horreurs‖ quelques niais fougueux,Il vit tranquillement‖ dans les ignominies,Simple jésuite et triple gueux.
Paris. Septembre 1850.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abab)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (38 de 12, 6 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a Javotte / Nonotte féminine, classiqueb créât / béat masculine, classiquea valise / église féminine, classiqueb lampion / espion masculine, classiquea mansarde / poissarde féminine, classiqueb esprit / Jésus-Christ masculine, classiquea lice / police féminine, classiqueb péché / marché masculine, classiquea l'Eucharistie / sacristie féminine, classiqueb assassins / argousins masculine, classiquea roue / boue féminine, classiqueb sapeur / peur masculine, classiquea frénétique / l'arrière-boutique féminine, classiqueb bandits / paradis masculine, classiquea affiches / riches féminine, classiqueb foi / moi masculine, classiquea sermonne / Simone féminine, classiqueb alleluia / saints-là masculine, classiquea boire / d'auditoire féminine, classiqueb bric-à-brac / Pibrac masculine, classiquea génies / ignominies féminine, classiqueb fougueux / gueux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, La Pléiade — Éditions Gallimard, 1967· numérisation poesies.net· Sources