Châtiments, 1853· Livre IV La religion est glorifiée
VIII. Déjà nommé
Malgré moi je reviens,‖ et mes vers s'y résignent,À cet homme qui fut‖ si misérable, hélas !Et dont Mathieu Molé,‖ chez les morts qui s'indignent,Parle à Boissy d'Anglas.
Ô loi sainte ! Justice !‖ où tout pouvoir s'étaie,Gardienne de tout droit‖ et de tout ordre humain !Cet homme qui, vingt ans,‖ pour recevoir sa paie,T'avait tendu la main,
Quand il te vit sanglante‖ et livrée à l'infâme,Levant tes bras, meurtrie‖ aux talons des soldats,Tourna la tête et dit :‖ qu'est-ce que cette femme ?Je ne la connais pas !
Les vieux partis avaient‖ mis au fauteuil ce juste !Ayant besoin d'un homme‖ on prit un mannequin.Il eût fallu Caton‖ sur cette chaise auguste,On y jucha Pasquin.
Opprobre ! Il dégradait‖ à plaisir l'Assemblée ;Souple, insolent, semblable‖ aux valets familiers,Ses gros lazzis marchaient‖ sur l'éloquence ailéeAvec leurs gros souliers.
Quand on ne croit à rien,‖ on est prêt à tout faire.Il eût reçu Cromwell‖ ou Monk dans Temple-Bar.Suprême abjection !‖ riant avec Voltaire,Votant pour Escobar !
Ne sachant que lécher‖ à droite et mordre à gauche,Aidant, à son insu,‖ le crime ; vil pantin,Il entr'ouvrait la porte‖ aux sbires en débaucheQui vinrent un matin.
Si l'on avait voulu,‖ pour sauver du déluge,Certes, son traitement,‖ sa place, son trésor,Et sa loque d'hermine‖ et son bonnet de jugeAu triple galon d'or,
Il eût été complice,‖ il eût rempli sa tâche ;Mais les chefs sur son nom‖ passèrent le charbon ;Ils n'ont pas daigné faire‖ un traître avec ce lâche ;Ils ont dit : à quoi bon ?
Sous ce règne où l'on vend‖ de la fange au pied cube,Du moins cet homme a-t-il‖ à jamais disparu,Rustre exploiteur des rois,‖ courtisan du Danube,Hideux flatteur bourru !
Il s'offrait aux brigands‖ après la loi tuée ;Et pour qu'il lâchât prise,‖ aux yeux de tout Paris,Il fallût qu'on lui dît :‖ vieille prostituée,Vois donc tes cheveux gris !
Aujourd'hui méprisé,‖ même de cette clique,On voit pendre la honte‖ à son nom infamant,Et le dernier lambeau‖ de la pudeur publiqueÀ son dernier serment.
Si par hasard, la nuit,‖ dans les carrefours mornes,Fouillant du croc l'ordure‖ où dort plus d'un secret,Un chiffonnier trouvait‖ cette âme au coin des bornes,Il la dédaignerait !
Jersey. Décembre 1852.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abab)
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (39 de 12, 13 de 6)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a résignent / s'indignent féminine, classiqueb hélas / d'Anglas masculine, classiquea s'étaie / paie féminine, classiqueb humain / main masculine, classiquea l'infâme / femme féminine, classiqueb soldats / pas masculine, classiquea juste / auguste féminine, classiqueb mannequin / Pasquin masculine, classiquea l'Assemblée / ailée féminine, classiqueb familiers / souliers masculine, classiquea faire / Voltaire féminine, classiqueb Temple-Bar / Escobar masculine, classiquea gauche / débauche féminine, classiqueb pantin / matin masculine, classiquea déluge / juge féminine, classiqueb trésor / d'or masculine, classiquea tâche / lâche féminine, classiqueb charbon / bon masculine, classiquea cube / Danube féminine, classiqueb disparu / bourru masculine, classiquea tuée / prostituée féminine, classiqueb Paris / gris masculine, classiquea clique / publique féminine, classiqueb infamant / serment masculine, classiquea mornes / bornes féminine, classiqueb secret / dédaignerait masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, La Pléiade — Éditions Gallimard, 1967· numérisation poesies.net· Sources