Dernière gerbe, 1902
LXXV. À André chénier
........................................................................Tout à coup j'entendis‖ s'éveiller ma voisine.J'avais seize ans, bel âge‖ où tous les chérubinsRôdent, tâchant de voir‖ par les vitres des bains,Où la soutane est lourde‖ et brûle les lévites,L'âge que vous aviez,‖ mon André, quand vous vîtesUn beau matin, du fond‖ de son réduit obscur,Grâce à ces accidents‖ de terrain ou de murQue le hasard nous offre‖ avec quelque avarice,Sortir du lit Myrrha,‖ qui s'appelait Clarisse ;Bref, je fis comme vous,‖ mon doux André Chénier,Et j'appliquai mon œil‖ aux fentes du grenier.Elle bâillait, laissant‖ entrevoir ses épaules ;Puis, comme une naïade‖ ondoyant sous les saules,Par je ne sais quel brusque‖ et naïf mouvement,Rapide, elle écarta‖ son drap si vaguementQue l'œil ne savait pas‖ si ce charmant manègeDécouvrait de la chair‖ ou montrait de la neige.L'aube, à côté de nous,‖ dorait le vieux portail ;Elle regarda l'aube ;‖ — ici, Muse, un détail.Soit qu'elle ignorât l'art‖ de l'exquise indécence ;Soit qu'étant gens voisins‖ de l'antique innocenceOn n'eût point fait alors‖ ce progrès triomphalD'avoir plus de dentelle‖ encore au lit qu'au bal ;Soit que la pauvre enfant‖ n'eût pas même un centimeDans son chétif budget‖ pour la parure intime ;Soit manque d'idéal ;‖ soit enfin qu'Alizon,Simple, n'eût pas prévu‖ ces trous à la cloison ;Soit pour toute autre cause,‖ à votre choix, poète,Sa toilette de nuit‖ était fort peu coquette.Un cordon lui serrait‖ le cou lugubrement ;On devinait son sein‖ divin, son dos charmant,Mais mon vers, obligé‖ de peindre, se désoleDe les empaqueter‖ dans une camisole ;Un serre-tête plat‖ lui pressait les cheveux ;Et je dois confesser,‖ pour clore ces aveux,Que son bras, qu'eût chanté‖ la nymphe de Sicile,Se dérobait aux yeux‖ sous un linge imbécile.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 18((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a chérubins / bains masculine, classiqueb lévites / vîtes féminine, classiquec obscur / mur masculine, classiqued avarice / Clarisse féminine, classiquee Chénier / grenier masculine, classiquef épaules / saules féminine, classiqueg mouvement / vaguement masculine, classiqueh manège / neige féminine, classiquei portail / détail masculine, classiquej indécence / innocence féminine, classiquek triomphal / bal masculine, classiquel centime / intime féminine, classiquem qu'Alizon / cloison masculine, classiquen poète / coquette féminine, classiqueo lugubrement / charmant masculine, classiquep désole / camisole féminine, classiqueq cheveux / aveux masculine, classiquer Sicile / imbécile féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
38 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources