Dernière gerbe, 1902
LXXVI. À des baigneuses
Ô femmes, la pudeur,‖ c'est la honte sacrée :Le lieu sombre et divin‖ qui rayonne et qui crée,Cette chair sous laquelle‖ on aperçoit l'esprit,Le ventre qui féconde‖ et le sein qui nourrit,Sont des mystères pleins‖ d'épouvante et de charme.C'est pourquoi votre œil roule‖ une céleste larme ;C'est pourquoi vous cherchez,‖ loin des pas et des voix,Ô baigneuses, l'abri‖ silencieux des bois.La nature sauvage‖ et profonde vous couvre.Votre robe inquiète‖ en tressaillant s'entr'ouvre,Puis tombe, et vous avez,‖ le dernier voile ôté,Peur de votre lumière‖ et de votre beauté.Si quelqu'un me voyait !‖ dit la nymphe ingénue.Comme c'est effrayant‖ d'être une aurore nue !Et vous avez raison,‖ belles, de vous cacher.Vos corps exquis, plus frais‖ que la fleur du pêcher,Frémiraient du regard‖ d'un passant, faune infâmeQui cherche la matière‖ au lieu de chercher l'âme.A toute belle chose il faut un vêtement.L'œil de l'homme toujours‖ guette en quoi se démentLa beauté, la vertu,‖ le génie, et s'attache,Sinistre, à la splendeur :‖ pour y trouver la tache.Toute clarté, pour fuir l’offense de nos yeux,S'enveloppe d'un pli‖ chaste et mystérieux,Et l’on se sent farouche alors qu’on est suprêmeEt voilà pourquoi Dieu, sachant que l’astre mêmeA sa pudeur, et veut‖ un voile auguste et pur,Met sur la nudité‖ des étoiles l'azur.
15 juillet 1876
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 14((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a sacrée / crée féminine, classiqueb l'esprit / nourrit masculine, classiquec charme / larme féminine, classiqued voix / bois masculine, classiquee couvre / s'entr'ouvre féminine, classiquef ôté / beauté masculine, classiqueg ingénue / nue féminine, classiqueh cacher / pêcher masculine, classiquei infâme / l'âme féminine, classiquej vêtement / dément masculine, classiquek s'attache / tache féminine, classiquel yeux / mystérieux masculine, classiquem suprême / même féminine, classiquen pur / l'azur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources