Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dernière gerbe, 1902

XXXVIII. « Dans ces heures où Dieu donne ou reprend la flamme »

Victor Hugo· 9 sizains, alexandrins et hexasyllabes, 54 vers

Dans ces heures où Dieu‖ donne ou reprend la flamme,Où le soleil revient‖ ou s'en va comme une âme,Où tout est solennel,Où pour se transformer‖ l'ordre éternel s'arrête,Où le jour et la nuit‖ luttent sur notre têteA qui prendra le ciel ;

Le monde est en suspens.‖ Quiconque pense ou rêveSait que l'heure où tout change‖ est l'heure où tout s'achève,Que l'espoir est menteur ;Et l'esprit qui se penche‖ alors sur la natureY sent de toutes parts‖ ployer la créatureDevant le créateur !

Car on touche à la crise‖ où tout peut se suspendre,L'essieu peut se briser,‖ le ressort se détendre,Le flambeau s'éclipser.Dans tous les cœurs se dresse‖ un spectre affreux : PEUT-ÊTRE !Le souffle qui passait‖ et qui faisait tout naîtrePeut ne plus repasser !

Car l'éternel concert‖ n'en est qu'à son prélude.Celui qui fait la loi‖ la réforme ou l'élude.Des cieux il est l'auteur.Et sait-on ce que Dieu, qui trompe notre étude,Dans sa toute-puissance‖ et dans sa solitude,Fait à cette hauteur ?

Qui nous répond de toi,‖ Seigneur ? Qui sait encoreSi ton souffle un matin‖ n'éteindra pas l'aurore,À l'heure de venir ?Le soleil est à Dieu.‖ La terre ignore et rampe.Qui sait si le travail‖ qu'il fait à cette lampeN'est pas près de finir ?

Quand il aura fini‖ Dieu l'éteindra sans doute.Que ferons-nous alors‖ dans l'ombre et dans le douteHeurtant tous nos essieux ?Qu'est-ce que tous ces chais‖ qu'on appelle des mondes,Et qui portent chacun‖ tant de choses profondesDeviendront dans les cieux ?

Aussi quand le soleil‖ s'est éteint sur les cimes ;Quand l'obscurité rampe‖ au penchant des abîmesEt du fond monte au bord ;Quand dans les lieux profonds‖ la profondeur redouble ;Quand le rêve au contour‖ monstrueux, à l'œil trouble,De toute chose sort ;

Quand les ombres de tout‖ par les bords se rencontrent ;Lorsqu'un réseau de brume‖ où cent formes se montrent,Flotte au vent dénoué ;Quand le ciel où la nue‖ à plis sombres se traîneLaisse voir par endroits‖ un peu de jour à peineComme un manteau troué ;

Alors un mouvement‖ se fait dans la nature ;La nuit vient ; gouffre sombre‖ où l'être s'aventureDe guides dépourvu !Car il semble qu'à l'heure‖ où tout dort et reposeToujours la nuit peut faire‖ au monde quelque choseD'horrible et d'imprévu !

Versification

Forme
9 sizains (sizains)
Rimes
8(aabccb) 1(aabaab)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (36 de 12, 18 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
9 sizains
Mots à la rime
a flamme / âme féminine, classiqueb solennel / ciel masculine, classiquec s'arrête / tête féminine, classiquea rêve / s'achève féminine, classiqueb menteur / créateur masculine, classiquec nature / créature féminine, classiquea suspendre / détendre féminine, classiqueb s'éclipser / repasser masculine, classiquec PEUT-ÊTRE / naître féminine, classiquea prélude / l'élude féminine, classiqueb l'auteur / hauteur masculine, classiquec étude / solitude féminine, classiquea encore / l'aurore féminine, classiqueb venir / finir masculine, classiquec rampe / lampe féminine, classiquea doute féminine, classiqueb essieux / cieux masculine, classiquec mondes / profondes féminine, classiquea cimes / abîmes féminine, classiqueb bord / sort masculine, classiquec redouble / trouble féminine, classiquea rencontrent / montrent féminine, classiqueb dénoué / troué masculine, classiquec traîne / peine féminine, classiquea nature / s'aventure féminine, classiqueb dépourvu / d'imprévu masculine, classiquec repose / chose féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources