Dernière gerbe, 1902
XIX. « Un rayon de soleil ! une bête à bon Dieu »
........................................................................Un rayon de soleil !‖ une bête à bon Dieu !
Oh oui, je te comprends,‖ printemps, tu m'insinuesQue c'est le mois des fleurs,‖ des bois, des gorges nues,Des billets doux ornés d’un cœur d’où sort du feu,Et que je pourrais voir‖ en me penchant un peu,Si jusqu'au bord du toit‖ mon regard se hasarde,Marguerite en chemise‖ au fond de sa mansarde.Mois de Maïa ! Lilas, parfums, ruisseaux, bosquets,Marquises regardant‖ en dessous leurs laquais !Les êtres sont poussés‖ au péché par les choses ;Oh ! la douce saison‖ que la saison des roses !
L'homme s'écrie : Amour !‖ et l'âne dit : hi han !Au temps jadis, au temps‖ du bel EsplandianPour être en ce moment‖ visité dans mon bougePar Garlinde, j'aurais‖ mordu dans du fer rouge,J'eusse été frénétique‖ autour des voluptés,J'aurais eu faim et soif‖ de toutes les beautés,Pour la belle Euriante‖ ou la belle Fosseuse,J'aurais au coin des murs‖ cogné ma boîte osseuse,Je me serais tué,‖ je me serais damné ;Aujourd'hui, peuh ! la femme !‖ aujourd'hui j'ai dîné.Je resterais plus froid‖ qu'Abeilard, le vrai sage,Lors même que Brahma‖ viendrait dans son nuageM'apporter sur un lit‖ en acajou tout neufBerthe aux grands pieds avec‖ Junon aux yeux de bœuf !Je suis Platon au lieu‖ d'être un drôle robuste.Je tourne au marbre blanc‖ et je deviens un buste.C'est beau, mais assommant ;‖ c'est fort original,Mais très fastidieux.‖ Nodier à l'ArsenalM'eût juché sur un cippe‖ entre deux bouquins jaunes.
Que Suzon dans les prés‖ dorme à l'ombre des aulnes,Qu'Anna, qui ravirait‖ un faune au pied fourchu,Fasse en penchant la tête‖ entr'ouvrir son fichu,Je n'en profite pas.‖ Je reste comme un terme.Avril ne me fait pas‖ frissonner l'épiderme.A la barbe du mois‖ de mai, je suis un sot.Lise offre le duel,‖ mais j'évite l'assaut.Le soir, sur mon grabat,‖ en bâillant comme une huître,Je m'étends sans daigner‖ regarder par ma vitreSi Vénus monte au ciel‖ et Gretchen dans son lit.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 19((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a m'insinues / nues féminine, classiqueb feu / peu masculine, classiquec hasarde / mansarde féminine, classiqued bosquets / laquais masculine, classiquee choses / roses féminine, classiquea han / Esplandian masculine, classiqueb bouge / rouge féminine, classiquec voluptés / beautés masculine, classiqued Fosseuse / osseuse féminine, classiquee damné / dîné masculine, classiquef sage / nuage féminine, classiqueg neuf / bœuf masculine, classiqueh robuste / buste féminine, classiquei original / l'Arsenal masculine, classiquej jaunes / aulnes féminine, classiqueb fourchu / fichu masculine, classiquec terme / l'épiderme féminine, classiqued sot / l'assaut masculine, classiquee huître / vitre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
41 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources