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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’année terrible, 1872· Juin

VIII. À qui la faute ?

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 59 vers

Tu viens d’incendier la Bibliothèque ?

Oui.J’ai mis le feu là.

— Mais c’est un crime inouï !Crime commis par toi‖ contre toi-même, infâme !Mais tu viens de tuer‖ le rayon de ton âme !C'est ton propre flambeau‖ que tu viens de souffler !Ce que ta rage impie‖ et folle ose brûler,C'est ton bien, ton trésor,‖ ta dot, ton héritage !Le livre, hostile au maître,‖ est à ton avantage.Le livre a toujours pris‖ fait et cause pour toi.Une bibliothèque‖ est un acte de foiDes générations‖ ténébreuses encoreQui rendent dans la nuit‖ témoignage à l'aurore.Quoi ! dans ce vénérable‖ amas des vérités,Dans ces chefs-d'œuvre pleins‖ de foudre et de clartés,Dans ce tombeau des temps‖ devenu répertoire,Dans les siècles, dans l'homme‖ antique, dans l'histoire,Dans le passé, leçon‖ qu'épelle l'avenir,Dans ce qui commença‖ pour ne jamais finir,Dans les poètes ! quoi,‖ dans ce gouffre des bibles,Dans le divin monceau‖ des Eschyles terribles,Des Homères, des Jobs,‖ debout sur l'horizon,Dans Molière, Voltaire‖ et Kant, dans la raison,Tu jettes, misérable,‖ une torche enflammée !De tout l'esprit humain‖ tu fais de la fumée !As-tu donc oublié‖ que ton libérateur,C'est le livre ? Le livre‖ est là sur la hauteur ;Il luit ; parce qu'il brille‖ et qu'il les illumine,Il détruit l'échafaud,‖ la guerre, la famineIl parle, plus d'esclave‖ et plus de paria.Ouvre un livre. Platon,‖ Milton, Beccaria.Lis ces prophètes, Dante,‖ ou Shakspeare, ou CorneilleL'âme immense qu'ils ont‖ en eux, en toi s'éveille ;Ébloui, tu te sens‖ le même homme qu'eux tous ;Tu deviens en lisant‖ grave, pensif et doux ;Tu sens dans ton esprit‖ tous ces grands hommes croître,Ils t'enseignent ainsi‖ que l'aube éclaire un cloîtreA mesure qu'il plonge‖ en ton cœur plus avant,Leur chaud rayon t'apaise‖ et te fait plus vivant ;Ton âme interrogée‖ est prête à leur répondre ;Tu te reconnais bon,‖ puis meilleur ; tu sens fondre,Comme la neige au feu,‖ ton orgueil, tes fureurs,Le mal, les préjugés,‖ les rois, les empereurs !Car la science en l'homme‖ arrive la première.Puis vient la liberté.‖ Toute cette lumière,C'est à toi, comprends donc,‖ et c'est toi qui l'éteins !Les buts rêvés par toi‖ sont par le livre atteints.Le livre en ta pensée‖ entre, il défait en elleLes liens que l'erreur‖ à la vérité mêle,Car toute conscience‖ est un nœud gordien.Il est ton médecin,‖ ton guide, ton gardien.Ta haine, il la guérit ;‖ ta démence, il te l'ôte.Voilà ce que tu perds,‖ hélas, et par ta faute !Le livre est ta richesse‖ à toi ! c'est le savoir,Le droit, la vérité,‖ la vertu, le devoir,Le progrès, la raison‖ dissipant tout délire.Et tu détruis cela, toi !

— Je ne sais pas lire.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
28((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a Bibliothèque / Oui / là / inouï masculine, classiqueb infâme / âme féminine, classiquec souffler / brûler masculine, classiqued héritage / avantage féminine, classiquee toi / foi masculine, classiquef encore / l'aurore féminine, classiqueg vérités / clartés masculine, classiqueh répertoire / l'histoire féminine, classiquei l'avenir / finir masculine, classiquej bibles / terribles féminine, classiquek l'horizon / raison masculine, classiquel enflammée / fumée féminine, classiquem libérateur / hauteur masculine, classiquen illumine / famine féminine, classiqueo paria / Beccaria masculine, classiquep Corneille / s'éveille féminine, classiqueq tous / doux masculine, classiquer croître / cloître féminine, classiques avant / vivant masculine, classiquet répondre / fondre féminine, classiqueu fureurs / empereurs masculine, classiquev première / lumière féminine, classiquew l'éteins / atteints masculine, classiquex elle / mêle féminine, classiquey gordien / gardien masculine, classiquez l'ôte / faute féminine, classiquea savoir / devoir masculine, classiqueb délire / toi / lire féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

59 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources