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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’année terrible, 1872· Juin

IX. « La prisonnière passe, elle est blessée. Elle a »

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 40 vers

La prisonnière passe,‖ elle est blessée. Elle aOn ne sait quel aveu‖ sur le front. La voilà !On l'insulte ! Elle a l'air‖ des bêtes à la chaîne.On la voit à travers‖ un nuage de haine.Qu'a-t-elle fait ? Cherchez‖ dans l'ombre et dans les cris,Cherchez dans la fumée‖ affreuse de Paris.Personne ne le sait.‖ Le sait-elle elle-même ?Ce qui pour l'homme est crime‖ est pour l'esprit problème.La faim, quelque conseil‖ ténébreux, un banditSi monstrueux qu'on l'aime‖ et qu'on fait ce qu'il dit,C'est assez pour qu'un être‖ obscur se dénature.Ce noir plan incliné‖ qu'on nomme l'aventure,La pente des instincts‖ fauves, le fatal ventDu malheur en courroux‖ profond se dépravant,Cette sombre forêt‖ que la guerre civileToujours révèle au fond‖ de toute grande ville,Dire : d'autres ont tout,‖ et moi qu'est-ce que j'ai ?Songer, être en haillons,‖ et n'avoir pas mangé,Tout le mal sort de là.‖ Pas de pain sur la table ;Il ne faut rien de plus‖ pour être épouvantable.Elle passe au milieu‖ des foules sans pitié.Quand on a triomphé,‖ quand on a châtié,Qu'a-t-on devant les yeux ?‖ la victoire aveuglante.Tout Versaille est en fête.‖ Elle se tait sanglante.Le passant rit, l'essaim‖ des enfants la poursuitDe tous les cris que peut‖ jeter l'aube à la nuit.L'amer silence écume‖ aux deux coins de sa bouche ;Rien ne fait tressaillir‖ sa surdité farouche ;Elle a l'air de trouver‖ le soleil ennuyeux ;Une sorte d'effroi‖ féroce est dans ses yeux.Des femmes cependant,‖ hors des vertes allées,Douces têtes, des fleurs‖ du printemps étoilées,Charmantes, laissant pendre‖ au bras de quelque amantLeur main exquise et blanche‖ où brille un diamant,Accourent. Oh ! l'infâme !‖ on la tient ! quelle joie !Et du manche sculpté‖ d'une ombrelle de soie,Frais et riants bourreaux‖ du noir monstre inclément,Elles fouillent sa plaie‖ avec rage et gaiement.Je plains la misérable ;‖ elles, je les réprouve.Les chiennes font horreur‖ venant mordre la louve.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
20((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a a / voilà masculine, classiqueb chaîne / haine féminine, classiquec cris / Paris masculine, classiqued elle-même / problème féminine, classiquee bandit / dit masculine, classiquef dénature / l'aventure féminine, classiqueg vent / dépravant masculine, classiqueh civile / ville féminine, classiquei j'ai / mangé masculine, équivalentej table / épouvantable féminine, classiquek pitié / châtié masculine, classiquel aveuglante / sanglante féminine, classiquem poursuit / nuit masculine, classiquen bouche / farouche féminine, classiqueo ennuyeux / yeux masculine, classiquep allées / étoilées féminine, classiqueq amant / diamant masculine, classiquer joie / soie féminine, classiques inclément / gaiement masculine, classiquet réprouve / louve féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources