L’année terrible, 1872· Janvier 1871
X. Après les victoires de Bapaume
DE DIJON ET DE VILLERSEXEL
Côté des hommes. Soit.‖ C'est le meilleur côté ;Je le veux bien. Pourtant‖ naguère j'ai noté,Pour les mettre à profit,‖ les choses fort honnêtesQue le lion disait‖ à l'ours ; côté des bêtes.C’est à peu prés ceci :
— L’ours ! il est peu moralDe venir, dans l'espoir‖ de passer caporal,M'attaquer, moi qui suis‖ ton frère ayant des ongles.L'ours ! tu vis dans la neige‖ et je vis dans les jongles ;Tu viens du nord, je suis‖ du midi. Ce NéronN'est rien qu'un nom hideux‖ soufflé dans un clairon.Il a pris un morceau‖ de l'Europe quelconque ;Cent héraults, appliquant‖ leurs bouches à leur conque,Précédent ce tueur‖ qui vainquit par hasard ;César fut crocodile‖ et Néron est lézard ;L'un est le grand, et l'autre‖ est le petit. Mon frère,Méprisons ces gens-là.‖ Nous battre ! pourquoi faire ?J'affirme qu'il serait‖ beaucoup plus à proposD'aller droit à Néron,‖ et, malgré ses troupeauxDe garde éthiopienne‖ et de garde sicambre,D'en empoigner chacun‖ tranquillement un membre.Déshabiller Néron‖ de sa peau de CésarMe plairait ; envoyer‖ ma ruade à son charMe tente ; il sied parfois‖ qu'une griffe efficaceFouille une majesté‖ jusque dans la carcasse,Et nous verrions peut-être‖ en vidant ce vainqueur,Toi, qu'il est sans cervelle,‖ et moi, qu'il est sans cœur.Mordre son maître est doux ;‖ je pense que nos gueules,Si la mode en venait,‖ ne resteraient pas seules.Tout ce tas d'animaux‖ battus, rampant, grondant,Paierait les coups de fouet‖ avec des coups de dent.Ce serait beau. La terre‖ est pour nous assez ample ;Aimons-nous. Mon avis,‖ puisqu'il s'agit d'exemple,Est d'en donner un bon‖ et non pas un mauvais.Quant à ce tyran-ci,‖ j'ai faim, et j'y rêvais.Est-il César ? est-il‖ Néron ? que nous importe !Quelque tache qu'il ait,‖ quelque laurier qu'il porte,Frère, il n'éveille en moi‖ que le même appétit ;Je le dévore grand,‖ je le mange petit.
L'ours n'ayant pas compris‖ ces paroles d'un sage,Le grand lion clément‖ lui griffa le visageEt l'éborgna ; si bien‖ que l'ours, devant témoins,Eut la honte de plus‖ avec un œil de moins.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 17((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 2 quatrains, 1 distiques
- Mots à la rime
- a côté / noté masculine, classiqueb honnêtes / bêtes féminine, classiquea ceci / moral / caporal masculine, classiqueb ongles / jongles féminine, classiquec Néron / clairon masculine, classiqued quelconque / conque féminine, classiquee hasard / lézard masculine, classiquef frère / faire féminine, classiqueg propos / troupeaux masculine, classiqueh sicambre / membre féminine, classiquei César / char masculine, classiquej efficace / carcasse féminine, classiquek vainqueur / cœur masculine, classiquel gueules / seules féminine, classiquem grondant / dent masculine, classiquen ample / d'exemple féminine, classiqueo mauvais / rêvais masculine, classiquep importe / porte féminine, classiqueq appétit / petit masculine, classiquea sage / visage féminine, classiqueb témoins / moins masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
43 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources