L’année terrible, 1872· Janvier 1871
XI. Entre deux bombardements
Dès votre premier cri,‖ Jeanne, vous excitiezNos admirations‖ autant que nos pitiés ;Vous naissiez ; vous aviez‖ cette toute-puissance,La grâce ; vous étiez‖ la crèche qu'on encense,L'humble marmot divin‖ qui n'a point encor d'yeux,Et qu'une étoile vient‖ chercher du haut des cieux ;Puis vous eûtes six jours,‖ vous eûtes six semaines,Puis six mois, lueur frêle‖ en nos ombres humaines.Jeanne, vous avancez‖ en âge cependant ;Vous avez des cheveux,‖ vous avez une dent,Et vous voilà déjà‖ presque un grand personnage.En vous à peine un peu‖ du nouveau-né surnage,Vous voulez être à terre ;‖ il vous faut le péril,La marche, et le maillot‖ vous semble puéril ;Votre frère plus vieux‖ chante la Marseillaise ;Il a deux ans ; et vous,‖ vous grimpez sur ma chaise,Ou, fière, vous rampez‖ derrière un paravent ;Vous voulez un jouet‖ savant, même vivant ;Avec un jeune chat‖ vous êtes en ménage ;La croissance vous tient‖ dans son souple engrenageEt remplace l'enfant‖ qui vagit par l'enfantQui jase, et l'humble cri‖ par le cri triomphant ;L'ange qui mange rit‖ de l'ange à la mamelle ;Vous vous transfigurez‖ sans cesse, et le temps mêleA la Jeanne d'hier‖ la Jeanne d'aujourd'hui.A chaque pas qu'il fait,‖ l'enfant derrière luiLaisse plusieurs petits‖ fantômes de lui-même.
On se souvient de tous,‖ on les pleure, on les aime,Et ce seraient des morts‖ s'il n'était vivant, lui.Déjà plus d'une étoile‖ en ce doux astre a lui.Il semble qu'en cet être‖ enchanté, pour nous plaire,Chaque âge tour à tour‖ donne son exemplaire ;C'est un soleil levant‖ que ce petit destin !Car le sort est masqué‖ de rayons le matin ;Et les blancheurs de l'aube,‖ aimable et chaste fête,Viennent l'une après l'autre‖ entourer cette têteEt lui faire on ne sait‖ quel pur couronnement.On dirait que la vie,‖ avec un soin charmant,Essaie à ce jésus‖ toutes les auréoles,Se préparant ainsi‖ par les caresses molles,Les roses, les baisers,‖ le rire frais et prompt,A lui mettre plus tard‖ les épines au front.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 21((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a excitiez / pitiés masculine, classiqueb toute-puissance / encense féminine, classiquec d'yeux / cieux masculine, classiqued semaines / humaines féminine, classiquee cependant / dent masculine, classiquef personnage / surnage féminine, classiqueg péril / puéril masculine, classiqueh Marseillaise / chaise féminine, classiquei paravent / vivant masculine, classiquej ménage / engrenage féminine, classiquek l'enfant / triomphant masculine, classiquel mamelle / mêle féminine, classiquem d'aujourd'hui / lui masculine, classiquen lui-même / aime féminine, classiqueb lui masculine, classiquec plaire / exemplaire féminine, classiqued destin / matin masculine, classiquee fête / tête féminine, classiquef couronnement / charmant masculine, classiqueg auréoles / molles féminine, classiqueh prompt / front masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources