L’année terrible, 1872· Avril
II. La mère qui défend son petit
Au milieu des forêts,‖ asiles des chouettes,Où chuchotent tout bas‖ les feuilles inquiètes,Dans les halliers, que semble‖ emplir un noir dessein,Pour le doux nouveau-né‖ qui frissonne à son sein,Pour le tragique enfant‖ qu'elle emporte effarée,Dès qu'elle voit la nuit‖ croître, sombre marée,Dès que les loups obscurs‖ poussent leurs longs abois,Oh ! le sauvage amour‖ de la femme des bois !
Tel est Paris. La ville‖ où l'Europe se mêle,Avec le droit, la gloire‖ et l'art, triple mamelle,Allaite cet enfant‖ céleste, l'Avenir.On entend les chevaux‖ de l'aurore hennirAutour de ce berceau‖ sublime. Elle, la mèreDe la réalité‖ qui commence en chimère,La nourrice du songe‖ auguste des penseurs,La ville dont Athène‖ et Rome sont les sœurs,Dans le printemps qui rit,‖ sous le ciel qui rougeoie,Elle est l'amour, elle est‖ la vie, elle est la joie.L'air est pur, le jour luit,‖ le firmament est bleu.Elle berce en chantant‖ le puissant petit dieu.Quelle fête ! elle montre‖ aux hommes, fière, gaie,Ce rêve qui sera‖ le monde et qui bégaie,Ce tremblant embryon‖ du nouveau genre humain,Ce géant, nain encor,‖ qui s'appelle Demain,Et pour qui le sillon‖ des temps futurs se creuse ;Sur son front calme et tendre‖ et sur sa bouche heureuseEt dans son œil serein‖ qui ne croit pas au mal,Elle a ce radieux‖ sourire, l'idéal.On sent qu'elle est la ville‖ où l'espérance habite ;Elle aime, elle bénit ;‖ mais si, noirceur subite,L'éclipse vient, et donne‖ aux peuples le frisson,Si quelque vague monstre‖ erre sur l'horizon,Si tout ce qui serpente,‖ écume, rampe et louche,Vient menacer l'enfant‖ divin, elle est farouche ;Alors elle se dresse,‖ alors elle a des crisTerribles, et devient‖ le furieux Paris ;Elle gronde et rugit,‖ sinistrement vivante,Et celle qui charmait‖ l'univers, l'épouvante.
Versification
- Forme
- 2 distiquess (distiques)
- Rimes
- 19((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 2 distiquess
- Mots à la rime
- a chouettes / inquiètes féminine, classiqueb dessein / sein masculine, classiquec effarée / marée féminine, classiqued abois / bois masculine, classiquea mêle / mamelle féminine, classiqueb l'Avenir / hennir masculine, classiquec mère / chimère féminine, classiqued penseurs / sœurs masculine, classiquee rougeoie / joie féminine, classiquef bleu / dieu masculine, classiqueg gaie / bégaie féminine, classiqueh humain / Demain masculine, classiquei creuse / heureuse féminine, classiquej mal / l'idéal masculine, classiquek habite / subite féminine, classiquel frisson / l'horizon masculine, classiquem louche / farouche féminine, classiquen cris / Paris masculine, classiqueo vivante / l'épouvante féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
38 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources