L’année terrible, 1872· Juin
XVII. « Participe passé du verbe Tropchoir, homme »
Il y avait dans les esprits une véritable exagération
de la valeur, des facultés, de l’importance de la garde
nationale… Mon Dieu, vous avez vu le képi de M. Victor
Hugo qui symbolisait cette situation.(Le Général Trochu à l’Assemblée Nationale, — 14 juin 1871.)
Participe passé‖ du verbe Tropchoir, hommeDe toutes les vertus‖ sans nombre dont la sommeEst zéro, soldat brave,‖ honnête, pieux, nul,Bon canon, mais ayant‖ un peu trop de recul,Preux et chrétien, tenant‖ cette double promesse,Capable de servir‖ ton pays et la messe,Vois, je te rends justice ;‖ eh bien, que me veux-tu ?Tu fais sur moi, d'un style‖ obtus, quoique pointu,Un retour offensif‖ qu'eût mérité la Prusse.Dans ce siège allemand‖ et dans cet hiver russe,Je n'étais, j'en conviens,‖ qu'un vieillard désarmé,Heureux d'être en Paris‖ avec tous enfermé,Profitant quelquefois‖ d'une nuit de mitrailleEt d'ombre, pour monter‖ sur la grande muraille,Pouvant dire Présent,‖ mais non pas Combattant,Bon à rien ; je n'ai pas‖ capitulé pourtant.Tes lauriers dans ta main‖ se changent en orties.Quoi donc, c'est contre moi‖ que tu fais des sorties !Nous t'en trouvions avare‖ en ce siège mauvais.Eh bien, nous avions tort ;‖ tu me les réservais.Toi qui n'as point franchi‖ la Marne et sa presqu'île,Tu m'attaques. Pourquoi ?‖ je te laissais tranquille.D'où vient que ma coiffure‖ en drap bleu te déplaît ?Qu'est-ce que mon képi‖ fait à ton chapelet ?
Quoi ! tu n'es pas content !‖ cinq longs mois nous subîmesLe froid, la faim, l'approche‖ obscure des abîmes,Sans te gêner, unis,‖ confiants, frémissants ?Si tu te crois un grand‖ général, j'y consens ;Mais quand il faut courir‖ au gouffre, aller au large,Pousser toute une armée‖ au feu, sonner la charge,J'aime mieux un petit‖ tambour comme Barra.Songe à Garibaldi‖ qui vint de Caprera,Songe à Kléber au Caire,‖ à Manin dans Venise,Et calme-toi. Paris‖ formidable agoniseParce que tu manquas,‖ non de cœur, mais de foi.L'amère histoire un jour‖ dira ceci de toi :La France, grâce à lui,‖ ne battit que d'une aile.Dans ces grands jours, pendant‖ l'angoisse solennelle,Ce fier pays, saignant,‖ blessé, jamais déchu,Marcha par Gambetta,‖ mais boita par Trochu.
Versification
- Forme
- 2 distiquess (distiques)
- Rimes
- 20((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 2 distiquess
- Mots à la rime
- a homme / somme féminine, classiqueb nul / recul masculine, classiquec promesse / messe féminine, classiqued veux-tu / pointu masculine, classiquee Prusse / russe féminine, classiquef désarmé / enfermé masculine, classiqueg mitraille / muraille féminine, classiqueh Combattant / pourtant masculine, classiquei orties / sorties féminine, classiquej mauvais / réservais masculine, classiquek presqu'île / tranquille féminine, classiquel déplaît / chapelet masculine, classiquea subîmes / abîmes féminine, classiqueb frémissants / consens masculine, classiquec large / charge féminine, classiqued Barra / Caprera masculine, classiquee Venise / agonise féminine, classiquef foi / toi masculine, classiqueg aile / solennelle féminine, classiqueh déchu / Trochu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources