L’année terrible, 1872· Juin
I. « Un jour je vis le sang couler de toutes parts »
Un jour je vis le sang‖ couler de toutes parts ;Un immense massacre‖ était dans l'ombre épars ;Et l'on tuait. Pourquoi ?‖ Pour tuer. O misère !Voyant cela, je crus‖ qu'il était nécessaireQue quelqu'un élevât‖ la voix, et je parlai.Je dis que Montrevel‖ et Bâville et HarlayN'étaient point de ce siècle,‖ et qu'en des jours de troublePar la noirceur de tous‖ l'obscurité redouble ;J'affirmai qu'il est bon‖ d'examiner un peuAvant de dire En joue‖ et de commander Feu !Car épargner les fous,‖ même les téméraires,A ceux qu'on a vaincus‖ montrer qu'on est leurs frères,Est juste et sage ; il faut‖ s'entendre, il faut s'unir ;Je rappelai qu'un Dieu‖ nous voit, que l'avenir,Sombre lorsqu'on se hait,‖ s'éclaire quand on s'aime,Et que le malheur croît‖ pour celui qui le sème ;Je déclarai qu'on peut‖ tout calmer par degrés ;Que des assassinats‖ ne sont point réparésPar un crime nouveau‖ que sur l'autre on enfonce ;Qu'on ne fait pas au meurtre‖ une bonne réponseEn mitraillant des tas‖ de femmes et d'enfants ;Que changer en bourreaux‖ des soldats triomphants,C'est leur faire une gloire‖ où la honte surnage ;Et, pensif, je me mis‖ en travers du carnage.Triste, n'approuvant pas‖ la grandeur du linceul,Estimant que la peine‖ est au coupable seul,Pensant qu'il ne faut point,‖ hélas ! jeter le crimeDe quelques-uns sur tous,‖ et punir par l'abîmeParis, un peuple, un monde,‖ au hasard châtié,Je dis : Faites justice,‖ oui, mais ayez pitié !Alors je fus l'objet‖ de la haine publique.L'église m'a lancé‖ l'anathème biblique,Les rois l'expulsion,‖ les passants des cailloux ;Quiconque a de la boue‖ en a jeté ; les loups,Les chiens, ont aboyé‖ derrière moi ; la fouleM'a hué presque autant‖ qu'un tyran qui s'écroule ;On m'a montré le poing‖ dans la rue ; et j'ai dûVoir plus d'un vieil ami‖ m'éviter éperdu.Les tueurs souriants‖ et les viveurs féroces,Ceux qui d'un tombereau‖ font suivre leurs carrosses,Les danseurs d'autrefois,‖ égorgeurs d'à présent,Ceux qui boivent du vin‖ de Champagne et du sang,Ceux qui sont élégants‖ tout en étant farouches,Les Haynau, les Tavanne,‖ ayant d'étranges mouches,Noires, que le charnier‖ connaît, sur leur bâton,Les improvisateurs‖ des feux de peloton,Le juge Lynch, le roi‖ Bomba, Mingrat le prêtre,M'ont crié : Meurtrier !‖ et Judas m'a dit : Traître !
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 24((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a parts / épars masculine, classiqueb misère / nécessaire féminine, classiquec parlai / Harlay masculine, classiqued trouble / redouble féminine, classiquee peu / Feu masculine, classiquef téméraires / frères féminine, classiqueg s'unir / l'avenir masculine, classiqueh s'aime / sème féminine, classiquei degrés / réparés masculine, classiquej enfonce / réponse féminine, classiquek d'enfants / triomphants masculine, classiquel surnage / carnage féminine, classiquem linceul / seul masculine, classiquen crime / l'abîme féminine, classiqueo châtié / pitié masculine, classiquep publique / biblique féminine, classiqueq cailloux / loups masculine, classiquer foule / s'écroule féminine, classiques dû / éperdu masculine, classiquet féroces / carrosses féminine, classiqueu présent / sang masculine, non classiquev farouches / mouches féminine, classiquew bâton / peloton masculine, classiquex prêtre / Traître féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources