L’année terrible, 1872· Mai
V. Une nuit à Bruxelles
Aux petits incidents‖ il faut s'habituer.Hier on est venu‖ chez moi pour me tuer.Mon tort dans ce pays‖ c'est de croire aux asiles.On ne sait quel ramas‖ de pauvres imbécilesS'est rué tout à coup‖ la nuit sur ma maison.Les arbres de la place‖ en eurent le frisson,Mais pas un habitant‖ ne bougea. L'escaladeFut longue, ardente, horrible,‖ et Jeanne était malade.Je conviens que j'avais‖ pour elle un peu d'effroi.Mes deux petits-enfants,‖ quatre femmes et moi,C'était la garnison‖ de cette forteresse.Rien ne vint secourir‖ la maison en détresse.La police fut sourde‖ ayant affaire ailleurs.Un dur caillou tranchant‖ effleura Jeanne en pleurs.Attaque de chauffeurs‖ en pleine Forêt-Noire.Ils criaient : Une échelle !‖ une poutre ! victoire !Fracas où se perdaient‖ nos appels sans écho.Deux hommes apportaient‖ du quartier PachécoUne poutre enlevée‖ à quelque échafaudage.Le jour naissant gênait‖ la bande. L'abordageCessait, puis reprenait.‖ Ils hurlaient haletants.La poutre par bonheur‖ n'arriva pas à temps.« Assassin ! — C'était moi.‖ — Nous voulons que tu meures !Brigand ! Bandit ! » Ceci‖ dura deux bonnes heures.George avait calmé Jeanne‖ en lui prenant la main.Noir tumulte. Les voix‖ n'avaient plus rien d'humain ;Pensif, je rassurais‖ les femmes en prières,Et ma fenêtre était‖ trouée à coups de pierres.Il manquait là des cris‖ de vive l'empereur !La porte résista‖ battue avec fureur.Cinquante hommes armés‖ montrèrent ce courage.Et mon nom revenait‖ dans des clameurs de rage :A la lanterne ! à mort !‖ qu'il meure ! il nous le faut !Par moments, méditant‖ quelque nouvel assaut,Tout ce tas furieux‖ semblait reprendre haleine ;Court répit ; un silence‖ obscur et plein de haineSe faisait au milieu‖ de ce sombre viol ;Et j'entendais au loin‖ chanter un rossignol.
Bruxelles,29 mai.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 19((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a s'habituer / tuer masculine, classiqueb asiles / imbéciles féminine, classiquec maison / frisson masculine, classiqued L'escalade / malade féminine, classiquee d'effroi / moi masculine, classiquef forteresse / détresse féminine, classiqueg ailleurs / pleurs masculine, classiqueh Forêt-Noire / victoire féminine, classiquei écho / Pachéco masculine, classiquej échafaudage / L'abordage féminine, classiquek haletants / temps masculine, classiquel meures / heures féminine, classiquem main / d'humain masculine, classiquen prières / pierres féminine, classiqueo l'empereur / fureur masculine, classiquep courage / rage féminine, classiqueq faut / assaut masculine, classiquer haleine / haine féminine, classiques viol / rossignol masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
38 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources