L’art d’être grand-père, 1877· IV Le poëme du jardin des plantes
VI. À Jeanne
Je ne te cache pas‖ que j'aime aussi les bêtes ;Cela t'amuse, et moi‖ cela m'instruit ; je sensQue ce n’est pas pour rien qu’en ces farouches têtesDieu met le clair-obscur‖ des grands bois frémissants.
Je suis le curieux‖ qui, né pour croire et plaindre,Sonde, en voyant l'aspic‖ sous des roses rampant,Les sombres lois qui font‖ que la femme doit craindreLe démon, quand la fleur‖ n'a pas peur du serpent.
Pendant que nous donnons‖ des ordres à la terre,Rois copiant le singe‖ et par lui copiés,Doutant s'il est notre œuvre‖ ou s'il est notre père,Tout en bas, dans l'horreur‖ fatale, sous nos pieds,
On ne sait quel noir monde‖ étonné nous regardeEt songe, et sous un joug,‖ trop souvent odieux,Nous courbons l'humble monstre‖ et la brute hagardeQui, nous voyant démons,‖ nous prennent pour des dieux.
Oh ! que d'étranges lois !‖ quel tragique mélange !Voit-on le dernier fait,‖ sait-on le dernier mot,Quel spectre peut sortir‖ de Vénus, et quel angePeut naître dans le ventre‖ affreux de Béhémoth ?
Transfiguration !‖ mystère ! gouffre et cime !L'âme rejettera‖ le corps, sombre haillon ;La créature abjecte‖ un jour sera sublime,L'être qu'on hait chenille‖ on l'aime papillon.
Versification
- Forme
- 6 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 6(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a bêtes / têtes féminine, classiqueb sens / frémissants masculine, classiquea plaindre / craindre féminine, classiqueb rampant / serpent masculine, classiquea terre / père féminine, classiqueb copiés / pieds masculine, classiquea regarde / hagarde féminine, classiqueb odieux / dieux masculine, classiquea mélange / ange féminine, classiqueb mot / Béhémoth masculine, classiquea cime / sublime féminine, classiqueb haillon / papillon masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources