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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’art d’être grand-père, 1877· XVI Deux chansons

II. Chanson d’ancêtre

Victor Hugo· 7 neuvains, alexandrins et pentasyllabes, 63 vers

Parlons de nos aïeux‖ sous la verte feuillée.Parlons des pères, fils !‖ — Ils ont rompu leurs fers,Et vaincu ; leur armure‖ est aujourd'hui rouillée.Comme il tombe de l'eau‖ d'une éponge mouillée,De leur âme dans l'ombre‖ il tombait des éclairs,Comme si dans la foudre‖ on les avait trempées.Frappez, écoliers,Avec les épéesSur les boucliers.

Ils craignaient le vin sombre‖ et les pâles ménades ;Ils étaient indignés,‖ ces vieux fils de Brennus,De voir les rois passer‖ fiers sous les colonnades,Les cortèges des rois‖ étant des promenadesDe prêtres, de soldats,‖ de femmes aux seins nus,D'hymnes et d'encensoirs,‖ et de têtes coupées.Frappez, écoliers,Avec les épéesSur les boucliers.

Ils ont voulu, couvé,‖ créé la délivrance ;Ils étaient les titans,‖ nous sommes les fourmis ;Ils savaient que la Gaule‖ enfanterait la France ;Quand on a la hauteur,‖ on a la confiance ;Les montagnes, à qui‖ le rayon est promis,Songent, et ne sont point‖ par l'aurore trompées.Frappez, écoliers,Avec les épéesSur les boucliers.

Quand une ligue était‖ par les princes construite,Ils grondaient, et, pour peu‖ que la chose en valûtLa peine, et que leur chef‖ leur criât : Tout de suite !Ils accouraient ; alors‖ les rois prenaient la fuiteEn hâte, et les chansons‖ d'un vil joueur de luthNe sont pas dans les airs‖ plus vite dissipées.Frappez, écoliers,Avec les épéesSur les boucliers.

Lutteurs du gouffre, ils ont‖ découronné le crime,Brisé les autels noirs,‖ détruit les dieux brigands ;C'est pourquoi, moi vieillard,‖ penché sur leur abîme,Je les déclare grands,‖ car rien n'est plus sublimeQue l'océan avec‖ ses profonds ouragans,Si ce n'est l'homme avec‖ ses sombres épopées.Frappez, écoliers,Avec les épéesSur les boucliers.

Hélas ! sur leur flambeau,‖ nous leurs fils, nous soufflâmes.Fiers aïeux ! ils disaient‖ au faux prêtre : Va-t'en !Du bûcher misérable‖ ils éteignaient les flammes,Et c'est par leur secours‖ que plusieurs grandes âmes,Mises injustement‖ au bagne par Satan,Tu le sais, Dieu ! se sont‖ de l'enfer échappées.Frappez, écoliers,Avec les épéesSur les boucliers.

Levez vos fronts ; voyez ce pur sommet, la gloire,Ils étaient là ; voyez‖ cette cime, l'honneur,Ils étaient là ; voyez‖ ce hautain promontoire,La liberté ; mourir‖ libres fut leur victoire ;Il faudra, car l'orgie‖ est un lâche bonheur,Se remettre à gravir‖ ces pentes escarpées.Frappez, chevaliers,Avec les épéesSur les boucliers.

Versification

Forme
7 neuvains (neuvains)
Rimes
7(abaabcdcd)
Mètre
Alexandrins et pentasyllabes (42 de 12, 21 de 5)· profil 5, 6+6
Strophes
7 neuvains
Mots à la rime
a feuillée / rouillée féminine, classiqueb fers / éclairs masculine, classiquec mouillée / trempées / épées féminine, non classiqued écoliers / boucliers masculine, classiquea ménades / colonnades / promenades féminine, classiqueb Brennus / nus masculine, classiquec coupées / épées féminine, classiquea délivrance / France / confiance féminine, classiqueb fourmis / promis masculine, classiquec trompées / épées féminine, classiquea construite / suite / fuite féminine, classiqueb valût / luth masculine, classiquec dissipées / épées féminine, classiquea crime / abîme / sublime féminine, classiqueb brigands / ouragans masculine, classiquec épopées / épées féminine, classiquea soufflâmes / flammes / âmes féminine, classiqueb Va-t'en / Satan masculine, classiquec échappées / épées féminine, classiquea gloire / promontoire / victoire féminine, classiqueb l'honneur / bonheur masculine, classiquec escarpées / épées féminine, classiqued chevaliers / boucliers masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

63 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources