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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’art d’être grand-père, 1877· III La lune

IV. « — Oh ! comme ils sont goulus ! dit la mère parfois »

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 52 vers

— Oh ! comme ils sont goulus !‖ dit la mère parfois.Il faut leur donner tout,‖ les cerises des bois,Les pommes du verger,‖ les gâteaux de la table ;S'ils entendent la voix‖ des vaches dans l'étableDu lait ! vite ! et leurs cris‖ sont comme une forêtDe Bondy quand un sac‖ de bonbons apparaît.Les voilà maintenant‖ qui réclament la lune !

Pourquoi pas ? Le néant‖ des géants m'importune ;Moi j'admire, ébloui,‖ la grandeur des petits.Ah ! l'âme des enfants‖ a de forts appétits,Certe, et je suis pensif‖ devant cette gourmandeQui voit un univers‖ dans l'ombre, et le demande.La lune ! Pourquoi pas ?‖ vous dis-je. Eh bien, après ?Pardieu ! si je l'avais,‖ je la leur donnerais.

C'est vrai, sans trop savoir‖ ce qu'ils en pourraient faire,Oui, je leur donnerais,‖ lune, ta sombre sphère,Ton ciel, d'où Swedenborg‖ n'est jamais revenu,Ton énigme, ton puits‖ sans fond, ton inconnu !Oui, je leur donnerais,‖ en disant : Soyez sages !Ton masque obscur qui fait‖ le guet dans les nuages,Tes cratères tordus‖ par de noirs aquilons,Tes solitudes d'ombre‖ et d'oubli, tes vallons,Peut-être heureux, peut-être‖ affreux, édens ou bagnes,Lune, et la vision‖ de tes pâles montagnes.Oui, je crois qu'après tout,‖ des enfants à genouxSauraient mieux se servir‖ de la lune que nous ;Ils y mettraient leurs vœux,‖ leur espoir, leur prière ;Ils laisseraient mener‖ par cette aventurièreLeurs petits cœurs pensifs‖ vers le grand Dieu profond.La nuit, quand l'enfant dort,‖ quand ses rêves s'en vont,Certes, ils vont plus loin‖ et plus haut que les nôtres.Je crois aux enfants comme‖ on croyait aux apôtres ;Et quand je vois ces chers‖ petits êtres sans fielEt sans peur, désirer‖ quelque chose du ciel,Je le leur donnerais,‖ si je l'avais. La sphèreQue l'enfant veut, doit être‖ à lui, s'il la préfère.D'ailleurs, n'avez-vous rien‖ au delà de vos droits ?Oh ! je voudrais bien voir,‖ par exemple, les roisS'étonner que des nains‖ puissent avoir un monde !Oui, je vous donnerais,‖ anges à tête blonde,Si je pouvais, à vous‖ qui régnez par l'amour,Ces univers baignés‖ d'un mystérieux jour,Conduits par des esprits‖ que l'ombre a pour ministres,Et l'énorme rondeur‖ des planètes sinistres.Pourquoi pas ? Je me fie‖ à vous, car je vous vois,Et jamais vous n'avez‖ fait de mal. Oui, parfois,En songeant à quel point‖ c'est grand, l'âme innocente,Quand ma pensée au fond‖ de l'infini s'absente,Je me dis, dans l'extase‖ et dans l'effroi sacré,Que peut-être, là-haut,‖ il est, dans l'Ignoré,Un dieu supérieur‖ aux dieux que nous rêvâmes,Capable de donner‖ des astres à des âmes.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
26((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a parfois / bois masculine, classiqueb table / l'étable féminine, classiquec forêt / apparaît masculine, classiqued lune / m'importune féminine, classiqueb petits / appétits masculine, classiquec gourmande / demande féminine, classiqued après / donnerais masculine, classiquea faire / sphère féminine, classiqueb revenu / inconnu masculine, classiquec sages / nuages féminine, classiqued aquilons / vallons masculine, classiquee bagnes / montagnes féminine, classiquef genoux / nous masculine, classiqueg prière / aventurière féminine, classiqueh profond / vont masculine, classiquei nôtres / apôtres féminine, classiquej fiel / ciel masculine, classiquek sphère / préfère féminine, classiquel droits / rois masculine, classiquem monde / blonde féminine, classiquen l'amour / jour masculine, classiqueo ministres / sinistres féminine, classiquep vois / parfois masculine, classiqueq innocente / s'absente féminine, classiquer sacré / l'Ignoré masculine, classiques rêvâmes / âmes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources