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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’art d’être grand-père, 1877· XVIII Que les petits liront quand ils seront grands

I. Patrie

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 96 vers

Ô France, ton malheur‖ m'indigne et m'est sacré.Je l'ai dit, et jamais‖ je ne me lasseraiDe le redire, et c'est‖ le grand cri de mon âme,Quiconque fait du mal‖ à ma mère est infâme.En quelque lieu qu'il soit‖ caché, tous mes souhaitsLe menacent ; sur terre‖ ou là-haut, je le hais.César, je le flétris ;‖ destin, je le secoue.Je questionne l'ombre‖ et je fouille la boue ;L'empereur, ce brigand,‖ le hasard, ce bandit,Éveillent ma colère ;‖ et ma strophe mauditAvec des pleurs sanglants,‖ avec des cris funèbres,Le sort, ce mauvais drôle‖ errant dans les ténèbres ;Je rappelle la nuit,‖ le gouffre, le ciel noir,Et les événements‖ farouches, au devoir.Je n'admets pas qu'il soit‖ permis aux sombres causesQui mêlent aux droits vrais‖ l'aveuglement des chosesDe faire rebrousser‖ chemin à la raison ;Je dénonce un revers‖ qui vient par trahison ;Quand la gloire et l'honneur‖ tombent dans une embûche,J'affirme que c'est Dieu‖ lui-même qui trébuche ;J'interpelle les faits‖ tortueux et rampants,La victoire, l'hiver,‖ l'ombre et ses guet-apens ;Je dis à ces passants‖ quelconques de l'abîmeQue je les vois, qu'ils sont‖ en train de faire un crime,Que nous ne sommes point‖ des femmes à genoux,Que nous réfléchissons,‖ qu'ils prennent garde à nous,Que ce n'est pas ainsi‖ qu'on doit traiter la France,Et que, même tombée‖ au fond de la souffrance,Même dans le sépulcre,‖ elle a l'étoile au front.Je voudrais bien savoir‖ ce qu'ils me répondront.Je suis un curieux,‖ et je gênerai, certe,Le destin qu'un regard‖ sévère déconcerte,Car on est responsable‖ au ciel plus qu'on ne croit.Quand le progrès devient‖ boiteux, quand Dieu décroîtEn apparence, ayant‖ sur lui la nuit barbare,Quand l'homme est un esquif‖ dont Satan prend la barre,Il est certain que l'âme‖ humaine est au cachot,Et qu'on a dérangé‖ quelque chose là-haut.C'est pourquoi je demande‖ à l'ombre la parole.Je ne suis pas de ceux‖ dont la fierté s'envole,Et qui, pour avoir vu‖ régner des ruffiansEt des gueux, cessent d'être‖ à leur droit confiants ;Je lave ma sandale‖ et je poursuis ma route ;Personne n'a jamais‖ vu mon âme en déroute ;Je ne me trouble point‖ parce qu'en ses refluxLe vil destin sur nous‖ jette un Rosbach de plus ;La défaite me fait‖ songer à la victoire ;J'ai l'obstination‖ de l'altière mémoire ;Notre linceul toujours‖ eut la vie en ses plis ;Quand je lis Waterloo,‖ je prononce Austerlitz.Le deuil donne un peu plus‖ de hauteur à ma tête.Mais ce n'est pas assez,‖ je veux qu'on soit honnêteLà-haut, et je veux voir‖ ce que les destins fontChez eux, dans la forêt‖ du mystère profond,Car ce qu'ils font chez eux,‖ c'est chez nous qu'on le souffre.Je prétends regarder‖ face à face le gouffre.Je sais que l'ombre doit‖ rendre compte aux esprits.Je désire savoir‖ pourquoi l'on nous a prisNos villes, notre armée,‖ et notre force utile ;Et pourquoi l'on filoute‖ et pourquoi l'on mutileL'immense peuple aimant‖ d'où sortent les clartés ;Je veux savoir le fond‖ de nos calamités,Voir le dedans du sort‖ misérable, et connaîtreCes recoins où trop peu‖ de lumière pénètre ;Pourquoi l'assassinat‖ du Midi par le Nord,Pourquoi Paris vivant‖ vaincu par Berlin mort,Pourquoi le bagne à l'ange‖ et le trône au squelette ;Ô France, je prétends‖ mettre sur la selletteLa guerre, les combats,‖ nos affronts, nos malheurs,Et je ferai vider‖ leur poche à ces voleurs,Car juger le hasard,‖ c'est le droit du prophète.J'affirme que la loi‖ morale n'est pas faitePour qu'on souffle dessus‖ là-haut, dans la hauteur,Et qu'un événement‖ peut être un malfaiteur.J'avertis l'inconnu‖ que je perds patience ;Et c'est là la grandeur‖ de notre conscienceQue, seule et triste, ayant‖ pour appui le berceau,L'innocence, le droit‖ des faibles, le roseau,Elle est terrible ; elle a,‖ par ce seul mot : Justice,Entrée au ciel ; et, si‖ la comète au solsticeS'égare, elle pourrait‖ lui montrer son chemin ;Elle requiert Dieu même‖ au nom du genre humain ;Elle est la vérité,‖ blanche, pâle, immortelle ;Pas une force n'est‖ la force devant elle ;Les lois qu'on ne voit pas‖ penchent de son côté ;Oui, c'est là la puissance‖ et c'est là la beautéDe notre conscience,‖ — écoute ceci, prêtre, —Qu'elle ne comprend pas‖ qu'un attentat puisse êtrePar quelqu'un qui serait‖ juste, prémédité ;Oui, sans armes, n'ayant‖ que cette nudité,Le vrai, quand un éclair‖ tombe mal sur la terre,Quand un des coups obscurs‖ qui sortent du mystèreFrappe à tâtons, et met‖ les peuples en danger,S'il lui plaisait d'aller‖ là-haut l'interrogerAu milieu de cette ombre‖ énorme qu'on vénère,Tranquille, elle ferait‖ bégayer le tonnerre.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
48((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a sacré / lasserai masculine, équivalenteb âme / infâme féminine, classiquec souhaits / hais masculine, classiqued secoue / boue féminine, classiquee bandit / maudit masculine, classiquef funèbres / ténèbres féminine, classiqueg noir / devoir masculine, classiqueh causes / choses féminine, classiquei raison / trahison masculine, classiquej embûche / trébuche féminine, classiquek rampants / guet-apens masculine, classiquel l'abîme / crime féminine, classiquem genoux / nous masculine, classiquen France / souffrance féminine, classiqueo front / répondront masculine, classiquep certe / déconcerte féminine, classiqueq croit / décroît masculine, classiquer barbare / barre féminine, classiques cachot / là-haut masculine, classiquet parole / s'envole féminine, classiqueu ruffians / confiants masculine, classiquev route / déroute féminine, classiquew reflux / plus masculine, classiquex victoire / mémoire féminine, classiquey plis / Austerlitz masculine, classiquez tête / honnête féminine, classiquea font / profond masculine, classiqueb souffre / gouffre féminine, classiquec esprits / pris masculine, classiqued utile / mutile féminine, classiquee clartés / calamités masculine, classiquef connaître / pénètre féminine, classiqueg Nord / mort masculine, classiqueh squelette / sellette féminine, classiquei malheurs / voleurs masculine, classiquej prophète / faite féminine, classiquek hauteur / malfaiteur masculine, classiquel patience / conscience féminine, classiquem berceau / roseau masculine, classiquen Justice / solstice féminine, classiqueo chemin / humain masculine, classiquep immortelle / elle féminine, classiqueq côté / beauté masculine, classiquer prêtre / être féminine, classiques prémédité / nudité masculine, classiquet terre / mystère féminine, classiqueu danger / l'interroger masculine, classiquev vénère / tonnerre féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

96 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources