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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La fin de satan, 1886· Livre deuxième Hors de la terre Iii

Chanson des oiseaux

DANS L’AIR

Victor Hugo· 48 sizains, heptasyllabes et trisyllabes, 288 vers

Vie ! ô bonheur ! bois profonds,Nous vivons.L'essor sans fin nous réclame ;Planons sur l'air et les eaux !Les oiseauxSont de la poussière d'âme.

Accourez, planez ! volonsAux vallons,A l'antre, à l'arbre, à l'asile !Perdons-nous dans cette merDe l'étherOù la nuée est une île !

Du fond des rocs et des joncsDes donjons,Des monts que le jour embrase,Volons, et, frémissants, fous,Plongeons-nousDans l'inexprimable extase !

Oiseaux, volez aux clochers,Aux rochers,Au précipice, à la cime,Aux glaciers, aux lacs, aux prés ;SavourezLa liberté de l'abîme !

Vie ! azur ! rayons ! frissons !TraversonsLa vaste gaîté sereine,Pendant que sur les vivants,Dans les vents,L'ombre des nuages traîne !

Avril ouvre à deux battantsLe printemps ;L'été le suit, et déploieSur la terre un beau tapisFait d'épis,D'herbe, de fleurs, et de joie.

Buvons, mangeons ; becquetonsLes festonsDe la ronce et de la vigne ;Le banquet dans la forêtEst tout prêt ;Chaque branche nous fait signe.

Les pivoines sont en feu ;Le ciel bleuAllume cent fleurs écloses ;Le printemps est pour nos yeuxTout joyeuxUne fournaise de roses.

Tu nous dores aussi tous,Feu si douxQui du haut des cieux ruisselles ;Les aigles sont dans les airsDes éclairs,Les moineaux des étincelles.

Nous rentrons dans les rayons ;Nous fuyonsDans la clarté notre mère ;L'oiseau sort de la forêtEt paraîtS'évanouir en lumière.

Parfois on rampe accabléDans le blé,Mais juillet a pour ressourceL'ombre, où, loin des chauds sillons,Nous mouillonsNos pieds roses dans la source.

Depuis qu'ils sont sous les cieux,SoucieuxDu bonheur de la prairie,L'herbe et l'arbre cheveluOnt vouluDans leur tendre rêverie

Qu'à jamais le fruit, le grain,L'air serein,L'amourette, la nichée,L'aube, la chanson, l'appât,OccupâtNotre joie effarouchée.

Vivons ! chantons ! Tout est purDans l'azur ;Tout est beau dans la lumière ;Tour vers son but, jour et nuit,Est conduit ;Sans se tromper, le fleuve erre.

Toute la campagne rit ;Un espritPalpite sous chaque feuille ;— Aimons ! murmure une voixDans les bois ;Et la fleur veut qu'on la cueille.

Quand l'iris a diapréTout le pré,Quand le jour plus tiède augmente,Quand le soir luit dans l'étangÉclatant,Quand la verdure est charmante,

Que dit l'essaim ébloui ;Oui ! oui ! oui !Les collines, les fontaines,Les bourgeons verts, les fruits mûrs,Les azursPleins de visions lointaines,

Le champ, le lac, le marais,L'antre frais,Composent, sans pleurs ni peine,Et font monter vers le cielÉternelL'affirmation sereine !

L'aube et l'éblouissementVont semantPartout des perles de flamme ;L'oiseau n'est pas orphelin ;Tout est pleinDe la mystérieuse âme !

Quelqu'un que l'on ne voit pasEst là-basDans la maison qu'on ignore ;Et cet inconnu bénitNotre nid,Et sa fenêtre est l'aurore.

Et c'est à cause de luiQue l'appuiJamais ne manque à nos ailes,Et que les colombes vontSur le montBoire où boivent les gazelles.

Grâce à ce doux inconnu,Adam nuNous souriait sous les branches ;Le cygne sous le bouleauA de l'eauPour laver ses plumes blanches.

Grâce à lui, le piqueboisVit sans lois,Chéri des pins vénérables,Et délivrant des fourmisSes amisLes tilleuls et les érables.

Grâce à lui, le passereauDu sureauS'envole, et monte au grand orme ;C'est lui qui fait le buissonDe façonQu'on y chante et qu'on y dorme.

Il nous met tous à l'abri,Colibri,Chardonneret, hochequeue,Tout l'essaim que l'air ravitEt qui vitDans la grande lueur bleue.

A cause de lui, les airsEt les mers,Les bois d'aulnes et d'yeusesLa sauge en fleur, le matin,Et le thym,Sont des fêtes radieuses ;

Les blés sont dorés, les cieuxSpacieux,L'eau joyeuse et l'herbe douce ;Mais il se fiche souventQuand le ventNous vole nos brins de mousse.

Il dit au vent : — Paix, autan ;Et va-t'en ;Laisse mes oiseaux tranquilles.Arrache, si tu le veux,Leurs cheveuxDe fumée aux sombres villes ! —

Celui sous qui nous planonsSait nos noms.Nous chantons. Que nous importe ;Notre humble essor ignorantEst si grand !Notre faiblesse est si forte !

La tempête au vol tonnant,DéchaînantLes trombes, les bruits, les grêles,Fouettant, malgré leurs sanglots,Les grands flots,S'émousse à nos plumes frêles.

Il veut les petits contents,Le beau temps,Et l'innocence sauvée ;Il abaisse, calme et doux,Comme nous,Ses ailes sur sa couvée.

Grâce à lui, sous le hallierFamilierA notre aile coutumière,Sur les mousses de velours,Nos amoursCoulent dans de la lumière.

Il est bon ; et sa bontéC'est l'été ;C'est le charmant sorbier rouge ;C'est que rien ne vienne à nousDans nos trousSans que le feuillage bouge.

Sa bonté, c'est Tout ; c'est l'air,Le feu clair,Le bois où, dans la nuit brune,Ta chanson, qui prend son vol,Rossignol,Semble un rêve de la lune.

C'est ce qu'au gré des saisonsNous faisons ;C'est le rocher que l'eau creuse ;C'est l'oiseau, des vents bercé,ComposéD'une inquiétude heureuse.

Il est puissant, étoilé,Et voilé.Le soir, avec les murmuresDes troupeaux qu'on reconduit,Et le bruitDes abeilles sous les mûres,

Avec la nuit sur les toits,Sur les bois,Sur les montagnes prochaines,C'est sa grandeur qui descend,Et qu'on sentDans le tremblement des chênes.

Il n'eut qu'à vouloir un jour,Et l'amourDevint l'harmonie immense ;Tous les êtres étaient là ;Il mêlaSa sagesse à leur démence.

Il voulut que tout fût un ;Le parfumEut pour sœur l'aurore pure ;Et les choses, se touchantDans un chant,Furent la sainte nature.

Il mit sur les flots, profondsLes typhons ;Il mit la fleur sur la tige ;Il se montra fulgurantDans le grand ;Le petit fut son prodige.

Avec la même beautéSa clartéCréa l'aimable et l'énorme ;Il fit sortir l'alcyonDu rayonQui baise la mer difforme.

L'effrayant devint charmant ;L'élément,Monstre, colosse, fantôme,Par Lui, qui le veut ainsi,Radouci,Vint s'accoupler à l'atome.

On vit alors dans OphirL'humble asfirVert comme l'hydre farouche ;Le flamboiement de l'EtnaRayonnaSur l'aile de l'oiseau-mouche.

Vie est le mot souverain,Et serein,Sans fin, sans forme, sans nombre,Tendre, inépuisable, ardent,DébordantDe toute la terre sombre.

L'aube se marie au soir ;Le bec noirAu bec flamboyant se mêle ;L'éclair, mâle affreux, poursuitDans la nuitLa mer, sa rauque femelle.

Volons, volons, et volons !Les sillonsSont rayés, et l'onde est verte.La vie est là sous nos yeux,Dans les cieux,Claire et toute grande ouverte.

Hirondelle, fais ton nid,Le granitT'offre son ombre et ses lierres ;Aux palais pour tes amoursPrends des tours,Et de la paille aux chaumières.

Le nid que l'oiseau bâtitSi petit,Est une chose profonde ;L'œuf ôté de la forêtManqueraitA l'équilibre du monde.

Versification

Forme
48 sizains (sizains)
Rimes
47(aabccb) 1(aabaab)
Mètre
Heptasyllabes et trisyllabes (192 de 7, 96 de 3)· profil 3, 7
Strophes
48 sizains
Mots à la rime
a profonds / vivons masculine, classiqueb réclame / d'âme féminine, classiquec eaux / oiseaux masculine, classiquea volons / vallons masculine, classiqueb l'asile / île féminine, classiquec mer / l'éther masculine, classiquea joncs / donjons masculine, classiqueb embrase / extase féminine, classiquec fous / Plongeons-nous masculine, classiquea clochers / rochers masculine, classiqueb cime / l'abîme féminine, classiquec prés / Savourez masculine, classiquea frissons / Traversons masculine, classiqueb sereine / traîne féminine, classiquec vivants / vents masculine, classiquea battants / printemps masculine, classiqueb déploie / joie féminine, classiquec tapis / d'épis masculine, classiquea becquetons / festons masculine, classiqueb vigne / signe féminine, classiquec forêt / prêt masculine, classiquea feu / bleu masculine, classiqueb écloses / roses féminine, classiquec yeux / joyeux masculine, classiquea tous / doux masculine, classiqueb ruisselles / étincelles féminine, classiquec airs / éclairs masculine, classiquea rayons / fuyons masculine, classiqueb mère / lumière féminine, classiquec forêt / paraît masculine, classiquea accablé / blé masculine, classiqueb ressource / source féminine, classiquec sillons / mouillons masculine, classiquea cieux / Soucieux masculine, classiqueb prairie / rêverie féminine, classiquec chevelu / voulu masculine, classiquea grain / serein masculine, classiqueb nichée / effarouchée féminine, classiquec l'appât / Occupât masculine, classiquea pur / l'azur masculine, classiqueb lumière / erre féminine, classiquec nuit / conduit masculine, classiquea rit / esprit masculine, classiqueb feuille / cueille féminine, classiquec voix / bois masculine, classiquea diapré / pré masculine, classiqueb augmente / charmante féminine, classiquec l'étang / Éclatant masculine, non classiquea ébloui / oui masculine, classiqueb fontaines / lointaines féminine, classiquec mûrs / azurs masculine, classiquea marais / frais masculine, classiqueb peine / sereine féminine, classiquec ciel / Éternel masculine, classiquea l'éblouissement / semant masculine, classiqueb flamme / âme féminine, classiquec orphelin / plein masculine, classiquea pas / là-bas masculine, classiqueb ignore / l'aurore féminine, classiquec bénit / nid masculine, classiquea lui / l'appui masculine, classiqueb ailes / gazelles féminine, classiquec vont / mont masculine, classiquea inconnu / nu masculine, classiqueb branches / blanches féminine, classiquec bouleau / l'eau masculine, classiquea piquebois / lois masculine, classiqueb vénérables / érables féminine, classiquec fourmis / amis masculine, classiquea passereau / sureau masculine, classiqueb orme / dorme féminine, classiquec buisson / façon masculine, classiquea l'abri / Colibri masculine, classiqueb hochequeue / bleue féminine, classiquec ravit / vit masculine, classiquea airs / mers masculine, classiqueb d'yeuses / radieuses féminine, classiquec matin / thym masculine, classiquea cieux / Spacieux masculine, classiqueb douce / mousse féminine, classiquec souvent / vent masculine, classiquea autan / va-t'en masculine, classiqueb tranquilles / villes féminine, classiquec veux / cheveux masculine, classiquea planons / noms masculine, classiqueb importe / forte féminine, classiquec ignorant / grand masculine, classiquea tonnant / Déchaînant masculine, classiqueb grêles / frêles féminine, classiquec sanglots / flots masculine, classiquea contents / temps masculine, classiqueb sauvée / couvée féminine, classiquec doux / nous masculine, classiquea hallier / Familier masculine, classiqueb coutumière / lumière féminine, classiquec velours / amours masculine, classiquea bonté / l'été masculine, classiqueb rouge / bouge féminine, classiquec nous / trous masculine, classiquea l'air / clair masculine, classiqueb brune / lune féminine, classiquec vol / Rossignol masculine, classiquea saisons / faisons masculine, classiqueb creuse / heureuse féminine, classiquec bercé / Composé masculine, classiquea étoilé / voilé masculine, classiqueb murmures / mûres féminine, classiquec reconduit / bruit masculine, classiquea toits / bois masculine, classiqueb prochaines / chênes féminine, classiquec descend / sent masculine, classiquea jour / l'amour masculine, classiqueb immense / démence féminine, classiquec là / mêla masculine, classiquea un / parfum masculine, classiqueb pure / nature féminine, classiquec touchant / chant masculine, classiquea profonds / typhons masculine, classiqueb tige / prodige féminine, classiquec fulgurant / grand masculine, classiquea beauté / clarté masculine, classiqueb l'énorme / difforme féminine, classiquec l'alcyon / rayon masculine, classiquea charmant / L'élément masculine, classiqueb fantôme / l'atome féminine, classiquec ainsi / Radouci masculine, classiquea Ophir / asfir masculine, classiqueb farouche / l'oiseau-mouche féminine, classiquec l'Etna / Rayonna masculine, classiquea souverain / serein masculine, classiqueb nombre / sombre féminine, classiquec ardent / Débordant masculine, classiquea soir / noir masculine, classiqueb mêle / femelle féminine, classiquec poursuit / nuit masculine, classiquea volons / sillons masculine, classiqueb verte / ouverte féminine, classiquec yeux / cieux masculine, classiquea nid / granit masculine, classiqueb lierres / chaumières féminine, classiquec amours / tours masculine, classiquea bâtit / petit masculine, classiqueb profonde / monde féminine, classiquec forêt / Manquerait masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

288 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources