Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La fin de satan, 1886· Livre deuxième Hors de la terre Iii

« Si je ne l'aimais point, je ne souffrirais pas »

Victor Hugo· alexandrins, 1253 vers

III

Si je ne l'aimais point,‖ je ne souffrirais pas.Laissez-moi remonter,‖ gouffres ! — Non, pas à pas,Je descends, je m'enfonce,‖ à chaque effort je glissePlus avant. Le malheur‖ de la nuit, son supplice,C'est d'adorer le jour‖ et de rester la nuit.Cet amour, c'est l'horreur,‖ et le mal est son fruit.O ma lumière, où donc‖ es-tu ; Satan t'implore.M'entends-tu, dis ? reviens,‖ aurore, aurore, aurore !Ne leur dis pas : toujours ;‖ ne me dis pas : jamais ;Je souffre ! — oh ; tout est noir,‖ je ne vois pas, je hais !

Je hais ; — oui, je vous hais,‖ tas humain, foule blême,Parce que vous l'aimez,‖ parce que Dieu vous aime,Parce que sa clarté‖ brille à travers vos os,Parce que vous plongez‖ vos urnes aux ruisseaux,Parce que vous passez‖ vivants dans la nature,Parce que vous avez,‖ pendant que la tortureMe tenaille et que j'ai‖ mon âme pour vautour,Dans vos yeux l'espérance‖ et dans vos cœurs l'amour !

Hommes, larves, néants,‖ ombres, faces rapides,Vous n'êtes pas contents ;‖ ô favoris stupides,Vous vous plaignez d'aller‖ chaque jour vieillissant,De passer, de sentir‖ refroidir votre sang,Et vous accusez Dieu !‖ Quel rêve est donc le vôtre !J'ai perdu plus que vous,‖ moi ; J'ai, l'un après l'autre,Vu tomber mes rayons,‖ comme vous vos cheveux !

IV

Ne pouvoir remonter,‖ même quand je le veux ;

Quoi ! les morts repentants‖ s'envolent de leurs tombesRadieux, les hiboux‖ se changent en colombes,Les démons pardonnés‖ rentrent au firmament,Et moi, le spectre noir,‖ je les vois lentementBlanchir dans la nuit sombre‖ et redevenir anges !Des astres, fleurs du gouffre,‖ éclosent dans les fanges !Quoi ! César est parti ;‖ Torquemada s'en va ;Busiris, dans la cave‖ où le tient Jéhovah,Distingue une lueur‖ et commence à sourire ;Nemrod attend ; je viens‖ d'entendre Judas dire,Dans la geôle où, son crime‖ et moi, nous le lions :— Je n'ai plus maintenant‖ que quatre millionsDe siècles à rester‖ à la chaîne dans l'ombre. —Que Judas est heureux !‖ il peut compter un nombre.Pour tous, pour tous, pour tous‖ l'horizon blanchira.Caïn, le vieux Caïn,‖ lui-même sortira !Moi seul, je resterai‖ dans les déserts funèbres.Horreur sans fond ! Je suis‖ l'éternel des ténèbres.

Je suis le misérable‖ à perpétuité.

V

Mais je me vengerai‖ sur son humanité,Sur l'homme qu'il créa,‖ sur Adam et sur Ève,Sur l'âme qui sourit,‖ sur le jour qui se lève,Sur toi, l'astre ! sur toi,‖ l'aile ! sur toi, la fleur !Sur la vierge, et la mère,‖ et sur l'enfant ! Malheur !Je défigurerai‖ la face universelle.Serpent, je secouerai‖ dans l'ombre ma crécelle.J'inventerai des dieux :‖ Moloch, Vishnou, Baal.Je prendrai le réel‖ pour briser l'idéal,Les pierres des édens‖ pour bâtir les sodomes.A travers les rameaux‖ de la forêt des hommesOn verra mes yeux luire,‖ et l'on dira : c'est lui.Plus effaré du mal‖ que du bien ébloui,Le sage doutera‖ de Dieu. Je mordrai l'âme.J'enlaidirai l'amour‖ dans le cœur de la femme.Je mêlerai ma cendre‖ à ces charbons éteints.Et, mauvais, je rirai,‖ rayant tous leurs instinctsEt toutes leurs vertus‖ de l'ongle de mes ailes.Je serai si hideux‖ que toutes les prunellesAuront je ne sais quoi‖ de sombre ; et les méchantsEt les pervers croîtront‖ comme l'herbe des champs,Le fils, devant le juge‖ aux lèvres indignées,Apparaîtra, tenant‖ dans ses mains des poignéesDe cheveux blancs du père‖ égorgé. Je diraiAu pauvre : vole ; au riche :‖ opprime. Je feraiJeter le nouveau-né‖ par la mère aux latrines.Tremble, ô Dieu ! J'ouvrirai‖ de mes mains leurs poitrines,J'arracherai, fumant,‖ et je tordrai leur cœur,Et j'en exprimerai‖ tous les crimes, l'horreur,La trahison, le meurtre,‖ Achab, Tibère, Atrée,Sur ta création‖ rayonnante et sacrée !Tu seras Providence‖ et moi Fatalité.J'ai fait mieux que la Haine ;‖ ô vide ! ô cécité !J'ai fait l'Envie. En vain‖ ce Dieu bon multiplieCes colosses dont l'âme‖ est de rayons remplie,Le génie et l'amour‖ et l'héroïsme ; moiPar la négation‖ je fais ronger la foi ;Je suis Zoïle ; autour‖ des Socrates j'exciteAnitus, et je mets‖ sur Achille Thersite,Et tout pleure, et j'égale,‖ à force de venins,A l'éclat des géants‖ le gonflement des nains.La matière a mon signe‖ au front. Je la querelle.J'effare l'eau sans fond‖ sous des gouffres de grêle.Je contrains l'océan,‖ que Dieu tient sous sa loi,Et la terre, à créer‖ du chaos avec moi,Je fais de la laideur‖ énorme avec leur force,Un monstre avec l'écume,‖ un monstre avec l'écorce,Sur terre Béhémoth,‖ Léviathan sur mer.Je complète partout‖ le chaos par l'enfer,La bête par l'idole,‖ et les rats, les belettes,La torpille, l'hyène‖ acharnée aux squelettes,La bave du crapaud,‖ la dent du caïman,Par le bonze, l'obi,‖ le fakir et l'iman.Dieu passe dans le cœur‖ des hommes, j'y séjourne.Sa roue avec un bruit‖ sidéral roule et tourne,Mais c'est mon grain lugubre‖ et sanglant qu'elle moud ;Jéhovah reculant‖ sent aujourd'hui partoutUne création‖ de Satan sous la sienne ;Son feu ne peut briller‖ sans que mon souffle vienne.Il est le char ; je suis‖ l'ornière. Nous croisonsNos forces ; et j'emploie‖ aux pestes, aux poisons,Aux monstres, aux déserts,‖ son pur soleil candide ;C'est Dieu qui fait le front,‖ moi qui creuse la ride ;Il est dans le prophète‖ et moi dans les devins.Guerre et deuil ! je lui prends‖ tous ses glaives divins,Le glaive d'air, le vent,‖ le glaive d'eau, la pluie,L'épée éclair, stupeur‖ de la terre éblouie,Je m'en sers pour mon œuvre ;‖ et la nature a peur.A mon haleine une hydre‖ éclôt dans la vapeur,Et la goutte d'eau tombe‖ en déluge agrandie ;Avec le doux foyer‖ qui chauffe, j'incendie ;Je fais du miel le fiel,‖ je fais l'écueil du port ;Dieu bénit le meilleur,‖ je sacre le plus fort ;Dieu fait les radieux,‖ je fais les sanguinaires.Oui, pour broyer ses fils‖ je prendrai ses tonnerres !Oui, je me dresserai‖ de toute ma hauteur !Je veux dans ce qu'il fait‖ tuer ce créateur,Je veux le torturer‖ dans son œuvre, et l'entendreRâler dans la justice‖ et la pudeur à vendre,Dans les champs que la guerre‖ accable de ses bonds,Dans les peuples livrés‖ aux princes ; dans les bonsEt dans les saints, dans l'âme‖ humaine tout entière !Je veux qu'il se débatte,‖ esprit, sous la matière ;Qu'il saigne dans le juste‖ assassiné ; je veuxQu'il se torde, couvert‖ de prêtres monstrueux,Qu'il pleure, bâillonné‖ par les idolâtries ;Je veux que des lys morts‖ et des roses flétries,Du cygne sous le bec‖ des vautours frémissant,Des beautés, des vertus,‖ de toutes parts, son sang,Son propre sang divin‖ sur lui coule et l'inonde.Voyez, regardez, Cieux !‖ L'échafaud, c'est le monde,Je suis le bourreau sombre,‖ et j'exécute Dieu.Dieu mourra. Grâce à moi,‖ les chars sous leur essieu,Les rois sous leur pouvoir,‖ les aigles sous leurs griffes,Les dogmes ténébreux‖ et noirs, sous leurs pontifes,Tout ce qui sur la terre‖ à cette heure est debout,Même les innocents‖ sous leurs pieds, ont partoutQuelque chose de Dieu‖ que dans l'ombre ils écrasent.Mes flamboiements rampant‖ sous l'univers, l'embrasent.Je suis le mal ; je suis‖ la nuit ; je suis l'effroi.

VI

Grâce ! pardonne-moi !‖ rappelle-moi ! prends-moi !Grâce ! Ne sens-tu pas‖ qu'il faut que toute chaîneSe rompe, et que le mal‖ finisse, et que la haineS'éteigne, évanouie‖ en ta sérénité ;Quoi ; le bien infini,‖ le mal illimité !Toi le bien, moi le mal !‖ est-ce que c'est possible ;Le monde gouverné‖ par un double invisible !Y songez-vous, Seigneur ;‖ un partage entre nous !Non, vous êtes la face,‖ et je suis les genoux.Laissez-moi me plier‖ et tomber, juge immense,Sur ce pavé des cieux‖ qu'on nomme la clémence !Grâce, ô Dieu ! L'univers,‖ les terres et les eaux,L'éther sans bornes, plein‖ d'invisibles oiseaux,Les glauques océans‖ qui font rugir leurs ondes,L'énormité vivante‖ où rayonnent les mondes,Quoi ! c'est une balance‖ où nous pesons tous deux ;Qu'en dites-vous, soleils ;‖ Lui charmant, moi hideux !Quoi ! lui dans un plateau,‖ soleils, et moi dans l'autre !La chair est ma servante‖ et l'âme est son apôtre.Je lutte. Nous tenons‖ chacun notre côté.Avoir l'infini, c'est‖ avoir l'égalité.Ton paradis ne fait‖ qu'équilibre à mon bagne.Dieu ! — la création‖ ainsi qu'une montagne,Pèse sur moi ; je lève‖ à travers les chaosMon front d'où mes douleurs‖ retombent en fléaux ;Je me tords sans repas,‖ sans fin, sans espérance.C'est une majesté‖ qu'une telle souffrance.Oui, c'est l'énigme, ô nuit,‖ de tes millions d'yeux :Le grand souffrant fait face‖ au grand mystérieux.Grâce, ô Dieu ! pour toi-même‖ il faut que je l'obtienne.Ma perpétuité‖ fait ombre sur la tienne.Devant ton œil flambeau‖ rien ne doit demeurer,Tout doit changer, vieillir‖ et se transfigurer.Toi seul vis. Devant toi‖ tout doit avoir un âge.Et c'est pour ta splendeur‖ un importun nuageQu'on voie un spectre assis‖ au fond de ton ciel bleu,Et l'éternel Satan‖ devant l'éternel Dieu !

VII

Ils sont là-haut ! Ils sont‖ dans l'hymne et dans la joie ;L'éther des paradis‖ devant eux se déploie.Ils planent satisfaits,‖ bienveillants, sérieux,Dans le rayonnement‖ du ciel mystérieux ;Leurs robes dans l'azur‖ font des plis de lumière ;Ils ont leur innocence‖ et leur blancheur première.Ils vont d'un monde à l'autre‖ ainsi que des oiseaux.L'amour les courbe ainsi‖ que le vent les roseaux,Et les redresse ainsi‖ que le foyer ses flammes.Ils s'abîment en Dieu‖ tout en restant des âmes,Et contemplent, heureux,‖ la face de clarté.Ils s'accouplent, noyés‖ dans la félicité.Ils le regardent être,‖ il les regarde vivre.Ils montent à jamais‖ vers lui. Lui les enivreDu sourire inouï‖ de son immensité.Il les voit. Il leur parle ;‖ il est Grâce et Beauté ;L'impénétrable est doux,‖ le formidable est tendre… —Oh ! je voudrais saisir,‖ arracher, tenir, prendre,Oh ! je voudrais broyer‖ l'étoile du matin !

Le boiteux, le lépreux,‖ et l'aveugle incertain,Ceux qui marchent pieds nus‖ et ceux qui n'ont pas mêmeUn toit l'hiver, ce sont‖ des riches. Dieu les aime.Ils ont pour vêtement‖ ton regard de bonté.Dieu ! n'être pas aimé,‖ c'est là la nudité !Être dehors, c'est là‖ le bitume et le soufre.

VIII

J'ai mis sous une pierre‖ et scellé dans un gouffreLa justice, le bien,‖ le pur, le vrai, le beau ;Tout ce qui peur servir‖ à l'homme de flambeau,La vertu, la raison,‖ penser, espérer, croire,Ce qu'on nomme sagesse‖ et ce qu'on nomme gloire,Et je rêve accoudé‖ sur ce tombeau profond.Je suis grand. Et sous moi‖ les ténèbres défontCe qu'a fait la lumière,‖ et dans les noirs abîmes,Pensif, j'entends tomber‖ goutte à goutte les crimes.Le chaos me contemple,‖ et j'ai le pied dessus.Hélas ! hélas ! mieux vaut‖ l'étable où naît JésusQue Babel et Ninive‖ et Tyr et Babylone,Et Job sur son fumier‖ que Satan sur son trône !Oh ! si j'étais heureux,‖ je serais bon ; Pitié !Je ne maudirais pas !‖ L'onagre a-t-il crié,Le bœuf a-t-il mugi‖ quand ils ont eu de l'herbe ;L'amour, l'azur, les lys,‖ la lumière superbe,Les grands rayons dorés‖ qui vont s'élargissant,Les vierges, les enfants‖ joyeux, l'ange innocent,La frange d'or de l'aube‖ au rebord des ravines,Oh ; je crie éperdu‖ vers ces choses divinesQue je ne vois plus ; — Dieu ;‖ — Dieu ; — Les splendeurs d'en hautAjoutent de la nuit,‖ hélas, à mon cachot.Il me tombe, de tous‖ les concerts, des huées.Je souffre. Je voudrais‖ attendrir les nuées,Je tends les mains aux fleurs,‖ je crie aux aquilons :Grâce ! Ayant tous les maux‖ du monde pour haillons,Je pleure, je demande‖ à la ronce, à la gerbe,Au nuage, à la tombe,‖ à l'étoile, au brin d'herbe,Aux bêtes reculant‖ devant le front humain,Aux cailloux qu'un forçat‖ casse au bord du chemin,A tout, au jour qui naît,‖ au vent qui recommence,De la pitié ! Je suis‖ le mendiant immense.

*** Dans l’infini Chant des astres Lumière Argelander, astronome de Persée L’étoile Algol L’étoile Epsilon L’étoile Nu L’étoile Mira Cœli *** IX

Encor si je pouvais‖ dormir ; Si, seulementUne heure, une minute,‖ un instant, un moment,Le temps qu'une onde passe‖ au fond du lac sonore,Fût-ce pour m'éveiller‖ plus lamentable encore,Sur n'importe quels durs‖ et funèbres chevets,Si je pouvais poser‖ mon front ; Si je pouvais,Nu, sur un bloc de bronze‖ ou sur un tas de pierres,L'une de l'autre, hélas !‖ rapprocher mes paupières,Et m'étendre, et sentir‖ quelque chose de frais,De doux et de serein,‖ comme si je mourais ;Si je pouvais me perdre‖ un moment dans un songe,Apaiser dans mon flanc‖ ce qui remue et ronge,Aspirer un fluide‖ étrange, aérien,Impalpable, et flotter,‖ et n'entendre plus rien,Ni mon aile frémir,‖ ni battre mon artère,Ni ces cris dont je suis‖ la cause sur la terre :— Tuons ! Frappons ! Damnons !‖ J'ai peur ! J'ai froid ! J'ai faim !Sentir ma misérable‖ oreille sourde enfin !Oh ! me coucher, rentrer‖ mes griffes sous ma tête,Dire : « C'est bien ! je dors,‖ tout comme une autre bête,« Comme un léopard, comme‖ un chacal, comme un loup !« Une nuée auguste‖ et calme me dissout ! »Mais non ; jamais ! Je traîne‖ à jamais l'insomnieDans une immensité‖ sinistre d'agonie.Ne pas mourir, ne pas‖ dormir. Voilà mon sort.En songe on ne sort pas,‖ mais on croit que l'on sort ;C'est assez. Je n'ai point‖ cette trêve. Ma peineC’est d’être là, toujours debout ; d’être une haineÉternelle, guettant‖ dans l'ombre affreusement ;Et c'est de regarder‖ sans cesse fixementLes escarpements noirs‖ du mystère insondable.Voir toujours fuir, ainsi‖ qu'une île inabordable,Le sommeil et le rêve,‖ obscurs paradis bleusOù sourit on ne sait‖ quel azur nébuleux ;O condamnation !

Je suis sous cette voûte.Je regarde l'horreur‖ profonde, et je l'écoute.Pas un être ne peut‖ souffrir sans que j'en sois.Je suis l'affreux milieu‖ des douleurs. Je perçoisChaque pulsation‖ de la fièvre du monde.Mon ouïe est le centre‖ où se répète et grondeTout le bruit ténébreux‖ dans l'étendue épars ;J'entends l'ombre. O tourment ;‖ le mal de toutes partsM'apporte en mon cachot‖ son âpre joie aiguë ;J'entends glisser l'aspic‖ et croître la ciguë ;Le mal pèse sur moi‖ du zénith au nadir ;La mer a beau hurler,‖ l'avalanche bondir,L'orage entreheurter‖ les foudres qu'il secoue,L'éclatant zodiaque‖ a beau tourner sa roueDe constellations,‖ sombre meule des cieux,A travers le fracas‖ vaste et prodigieuxDes astres dont parfois‖ le groupe énorme penche,A travers l'océan,‖ la foudre et l'avalancheRoulant du haut des monts‖ parmi les sapins verts,J'entends le pas d'un crime‖ au bout de l'univers.La parole qu'on dit‖ tout bas, qui n'est pas vraie,L'obscur tressaillement‖ du blé qu'étreint l'ivraie,La gangrène qui vient‖ mordre la plaie à vif,Le chuchotement sourd‖ des flots noyant l'esquif,Le silence du chien‖ près du nid de la grive,J'entends tout, je n'échappe‖ à rien, et tout m'arriveA la fois dans ce bagne‖ où je suis submergé ;Tous les fléaux en moi‖ retentissent ; et j'aiLe contre-coup de tous‖ les monstres ; et je songe,Écoutant la fureur,‖ la chute, le mensongeDe toute cette race‖ immonde de Japhet ;Je distingue le bruit‖ mystérieux que faitDans une conscience‖ un forfait qu'on décide ;O nuit ! j'entends Néron‖ devenir parricide.

Sommeil, lieu sombre, espace‖ ineffable, où l'on estDoux comme l'aube et pur‖ comme l'enfant qui naît,Dormir, ô guérison,‖ détachement, rosée,Stupeur épanouie,‖ immense ombre apaisée,Repos sacré, douceur‖ farouche, bercementQui trempe dans les cieux‖ les cœurs, noir et charmant,Oh ! ce bain des remords,‖ ce baume des ulcères,La paix qui fait lâcher‖ ce qu'on a dans les serresN'avoir jamais cela ;‖ jamais ! n'avoir jamaisCet assoupissement‖ sur les vagues sommets,Ce sommeil, devant qui‖ les âmes sont pareilles,Qui change l'antre en nid,‖ et permet aux abeillesDe voler dans la gueule‖ ouverte des lions !Oh ! cette voix qui dit :‖ calmons et délions ;Ne l'entendre jamais‖ dans mes nuits convulsives ;La flamme à la prunelle‖ et la bave aux gencives,Veiller, veiller, veiller,‖ grincer des dents, voilàDans quelles profondeurs‖ ma faute me scella ;Sort hideux ; m'enfermer‖ dans la nuit, et m'exclureDu sommeil ! me livrer‖ à cette âcre brûlure,La veille sans repos,‖ le regard toujours noir,Toujours ouvert ! O nuit‖ sans pitié ; ne pouvoirLui prendre un peu de calme,‖ et l'avoir sur moi toute !Englouti dans l'oubli,‖ n'en pas boire une goutte ;

Toujours être aux aguets ;‖ toujours être en éveil !

O vous tous, êtres ! fils‖ de l'ombre ou du soleil,Qui que vous soyez, morts,‖ vivants, oiseaux des grèves,Esprits de l'air, esprits‖ du jour, larves des rêves,Faces de l'invisible,‖ anges, spectres, venez,Vous trouverez Satan‖ les yeux ouverts. Planez,Rampez, allez-vous-en,‖ revenez ; Satan veilleLes yeux ouverts. C'est l'ombre‖ ou c'est l'aube vermeille ;Il a les yeux ouverts.‖ Hier, demain, toujours !Laissez s'enfuir les pas‖ du temps, tardifs ou courts,Après des millions‖ de jours, de mois, d'années,De siècles, de saisons‖ écloses ou fanées,De flux et de reflux,‖ de printemps et d'hivers,Venez, vous trouverez‖ Satan les yeux ouverts.Deux yeux fixes, voilà‖ le fond de l'épouvante.

L'obscurité spectrale,‖ informe, décevante,Chimérique, me tient‖ dans ces gouffres, béantEt ployé sous le poids‖ monstrueux du néant.Je souffre. Oh ! seulement‖ un instant que je dorme ;

X

Je l'aime d'être beau,‖ moi qui suis le difforme.Que j'oublie un instant !‖ — ô souvenir ! — Je voisLes anges lui parler‖ dans l'ombre à demi-voix.Que leur dit-il ; je suis‖ jaloux ; Je me rappelleQu'il me parlait aussi,‖ que la lumière est belle !Je l'aime d'être bon,‖ moi qui suis le mauvais.Oh ! le temps d'un éclair,‖ hélas ! si je pouvaisAu fond de mon chaos‖ voir son ombre apparaître !Je l'adore, ô terreur,‖ plus que Jephté son prêtre,Plus qu'Amos son prophète‖ et David son chanteur.Je l'aime d'être vrai,‖ moi qui suis le menteur.Le sang brûle mes yeux,‖ l'écume emplit ma bouche,Et, chien de l'infini,‖ chassé du ciel, farouche,Hagard, pleurant mon maître,‖ à la porte du jour,Mâchant le genre humain,‖ je hurle mon amour !Oui, chien !

En lui parlant ma voix devient horrible.Parfois, pensif, courbé‖ sous mon plafond terrible,J'entends les séraphins‖ le chanter dans les cieux,Et, quand ils ont fini,‖ l'écho chante après eux ;Alors je dis : — Eh bien,‖ moi comme eux, moi de même,Dieu, je veux te chanter ;‖ ô lumière, je t'aime !Je veux d'un chant d'enfer‖ ravir l'écho du ciel,Satan est une lyre‖ ainsi que Gabriel.Dieu ; c'est à toi, vrai jour,‖ c'est à toi, seul refuge,Dieu ; c'est à toi, pasteur,‖ roi, père, maître et juge,Que la création‖ songe éternellement ; —Et fou, vieux cœur de fer‖ attiré par l'aimant,Je dis : gloire ! et ma strophe‖ éclate en diadème,Et je leur chante un hymne‖ ineffable et suprême,Hymne aux versets charmants‖ d'ombre et d'extase emplis,[Et] qui pourrait sortir‖ de la bouche d'un lys,Puis j'écoute ; et l'écho‖ qui me répond aboie !

XI

Les plus mornes cachots‖ ont une claire-voie ;Au fond de l'oubliette,‖ au fond du cabanon,Quelque chose encor semble‖ exister ; ici, non.

Satan vers Jéhovah‖ se tourne, las d'abîme.Oh ! l'unique assassin‖ et l'unique victime,C'est moi. J'ai pour tourment‖ le mal que mes mains fontLes autres êtres sont,‖ puis ne sont plus, ils vontPuis s'arrêtent, un bruit,‖ puis rien ; je les envie.Les autres sont morts ; — moi,‖ je suis veuf de la vie.L'effroyable vivant‖ du sépulcre, c'est moi.

Oui, le supplicié‖ râle et rugit ; la loiLe tient dans ses poignets‖ de bronze qu'on redoute,Le tue à petit feu,‖ l'égorge goutte à goutte,Et s'interrompt parfois‖ pour qu'il meure longtemps.Ses pieds fument, sa chair‖ pétille, et par instantsFlambe, et l'on voit sortir‖ du ventre ses entrailles ;Il hurle ; l'huile bout‖ dans la cuve ; tenailles,Plomb fondu, roue, horreur ;‖ Par degrés cependant,Malgré le vil bourreau‖ de plus en plus ardent,Sur l'homme évanoui‖ la torture s'émousse ;La sinistre agonie‖ arrive, affreuse et douce ;Le tourment vaincu semble‖ à la surface errer ;Le misérable sent,‖ au moment d'expirer,Comme un éloignement‖ ténébreux du supplice.Entre ses cils brûlés‖ un rayon pâle glisse,C'est la mort, c'est le ciel,‖ c'est l'infini profond ;Il y tombe, il y flotte,‖ il lui semble qu'il fond ;Ses yeux tout grands ouverts‖ se fixent sur du vide ;Il est mort. — Oh ; cela,‖ gouffres, j'en suis avide,Je l'implore, et je crie :‖ A mon secours, bourreaux ;La roue aux mille dents,‖ les chevalets, les crocs,L'attention du juge‖ affreux, lent et barbare,Les pinces, les crampons‖ rougis, les coups de barre,L'huile ardente rongeant‖ la cuve de granit,Le fer, le feu, c'est bon,‖ c'est doux, cela finit.

XII

Ayez de la pitié,‖ gouffres, prison, géhenne,Sépulcre, chaos, nuit,‖ désolation, haine,Ayez de la pitié,‖ si le ciel n'en a pas ;Sur Satan, de si haut‖ précipité si bas,O voûtes de l'enfer,‖ laissez tomber des larmes ;Non, c'est Dieu, c'est le ciel,‖ c'est l'azur plein de charmes,L'aurore se livrant‖ toute nue à mes yeux,C'est le baiser du jour,‖ c'est l'amour que je veux ;Rien ; le deuil. Rien ! l'hiver.‖ Rien ; l'âpre solitude.Le vil chaos, toujours‖ dans la même attitude ;Les blocs mystérieux‖ de l'expiation ;Je ne puis même, hélas,‖ voir une vision,Un reflet, comme on voit‖ du jour aux trous d'un crible.J'écoute du néant‖ le monologue horrible,L'immensité pour moi‖ ne contient qu'un affront.Jamais Dieu ; — Tout est noir.‖ — Quand ma main sur mon frontCherche les deux rayons‖ de l'archange, elle y trouveLes deux cornes du bouc ;‖ je ne sais quelle louveQui tient l'être en sa gueule‖ et l'emporte et le mord,Vient me lécher dans l'ombre,‖ et dit : Je suis la mort.Quoi ; j'ai le désespoir‖ à jamais pour demeure ;Horreur ! je t’aime, ô Dieu ! Grâce, ô mon Dieu !

Bien, pleureSanglote, implore, écume,‖ aime ; et sois rebuté !Recommence toujours‖ la même lâcheté !Chien Satan, vautre-toi‖ toujours dans ta bassesse ! —Oh ; je monte et descends‖ et remonte sans cesse,De la création‖ fouillant le souterrain,Le bas est de l'acier,‖ le haut est de l'airain,A jamais, à jamais,‖ à jamais ; Je frissonne,Et je cherche et je crie‖ et j'appelle. Personne ;Et furieux, tremblant,‖ désespéré, banni,Frappant des pieds, des mains‖ et du front l'infini,Ainsi qu'un moucheron‖ heurte une vitre sombre,A l'immensité morne‖ arrachant des pans d'ombre,Seul, sans trouver d'issue‖ et sans voir de clarté,Je tâte dans la nuit‖ ce mur, l'éternité.

*** Dans le ciel Hymne des anges Pensée *** XIII

Ici la tombe, là‖ le chaos ; sur ma têteLa noirceur, sous mes pieds‖ la chute ; où je m'arrête,La profondeur s'écroule,‖ et tout est vide ; eh bien,Tous ces gouffres mêlés‖ sur moi ne seraient rienSi je pouvais donner‖ le change à ma pensée,Moi-même m'enivrer‖ de ma fureur versée,Et me persuader‖ que je hais ; Ce n'est pasDe la crypte stupide‖ et sourde du trépas,Ce n'est pas du cachot,‖ du puits, de la géhenne,Ce n'est pas du verrou,‖ ce n'est pas de la chaîne,C'est de son propre cœur‖ qu'on est le prisonnier.Haïr délivre.

XIV

Hélas, à force de nier,Et d'enfoncer dans tout‖ mon sarcasme, âpre lame ;À force de railler le grand épithalame,Et de crier d'en bas‖ aux crimes : je suis là !Et de continuer‖ Nemrod dans Attila,Et de recommencer‖ dans Borgia Caïphe,À force d’ajouter à toute aile une griffe,À force d’inspirer les basses actions,À force de jeter mon cloaque aux rayons,À force d’être l’ange infâme que satureTout le crime possible‖ en la sombre nature,À force de m’emplir de ténèbres, j’ai froid.

XV

Oh ! l'essence de Dieu,‖ c'est d'aimer. L'homme croitQue Dieu n'est, comme lui,‖ qu'une âme, et qu'il s'isoleDe l'univers, poussière‖ immense qui s'envole ;Mais moi, l'ennemi triste‖ et l'éternel moqueur,Je le sais, Dieu n'est pas‖ une âme, c'est un cœur.Dieu, centre aimant du monde,‖ à ses fibres divinesRattache tous les fils‖ de toutes les racines,Et sa tendresse égale‖ un ver au séraphin ;Et c'est l'étonnement‖ des espaces sans finQue ce cœur effrayant,‖ blasphémé par les prêtres,Ait autant de rayons‖ que l'univers a d'êtres.Pour lui créer, penser,‖ méditer, animer,Semer, détruire, faire,‖ être, voir, c'est aimer.Splendide, il aime, et c'est‖ par reflux qu'on l'adore ;Tout en lui roule ; il tient‖ à la nuit par l'aurore,Aux esprits par l'idée,‖ aux fleurs par le parfum ;Et ce cœur dans son gouffre‖ a l'infini, moins un.Moins Satan, à jamais‖ rejeté, damné, morne.Dieu m'excepte. Il finit‖ à moi. Je suis sa borne.Dieu serait infini‖ si je n'existais pas.

Je lui dis : Tu fis bien,‖ Dieu, quand tu me frappas !Je ne l'accuse point,‖ non ; mais je désespère !O sombre éternité,‖ je suis le fils sans père.Du côté de Satan‖ il est, mais n'est plus Dieu.

XVI

Cent fois, cent fois, cent fois,‖ j'en répète l'aveu,J'aime ! Et Dieu me torture,‖ et voici mon blasphème,Voici ma frénésie‖ et mon hurlement : j'aime !J'aime à faire trembler‖ les cieux ! — Quoi ; tout est vain ;Oh ! c'est là l'inouï,‖ l'horrible, le divin,De se dresser, d'ouvrir‖ des ailes insensées,De s'attacher, sanglant,‖ à toutes les penséesQu'on peut saisir, avec‖ des cris, avec des pleurs,De sonder les terreurs,‖ de sonder les douleurs,Toutes, celles qu'on souffre‖ et celles qu'on invente,De parcourir le cercle‖ entier de l'épouvante,Pour retomber toujours‖ au même désespoir ;Dieu veut que l'homme las‖ s'endorme, il fait le soir ;Il creuse pour la taupe‖ une chambre sous terre ;Il donne au singe, à l'ours,‖ au lynx, à la panthère,L'âpre hospitalité‖ des antres et des monts ;Aux baleines les mers,‖ aux crapauds les limons,Les roseaux aux serpents‖ secouant leurs sonnettes ;Il fait tourner autour‖ des soleils les planètesEt dans la blanche main‖ des vierges les fuseaux ;Il entre dans les nids,‖ touche aux petits oiseaux,Et dit : La bise vient,‖ j'épaissirai leurs plumes ;Il laisse l'étincelle‖ échapper aux enclumes,Et lui permet de fuir,‖ joyeuse, les marteaux ;Il montre son grand ciel‖ aux lions de l'Athos ;Il étale dans l'aube,‖ ainsi que des corbeilles,Sous des flots de rayons,‖ les printemps pleins d'abeillesSa grandeur pour le monde‖ en bonté se résout.Une vaste lueur‖ ardente embrase tout,De l'archange à la brute‖ et de l'astre à la pierre,Croise en forêt de feu‖ ses rameaux de lumière,Va, vient, monte, descend,‖ féconde, enflamme, emplit,Combat l'hiver liant‖ les fleuves dans leur lit,Et lui fait lâcher prise,‖ et rit dans toute chose,Luit mollement derrière‖ une feuille de rose,Chauffe l'énormité‖ sidérale des cieux,Brille, et de mon côté,‖ prodige monstrueux,Ce flamboiement se dresse‖ en muraille de glace ;Oui, la création‖ heureuse s'entrelaceTout entière, clartés‖ et brume, esprits et corps,Dans le Dieu bon, avec‖ d'ineffables accords ;L'être le plus déchu‖ retrouve l'innocenceDans sa toute tendresse‖ et sa toute puissance ;Moi seul, moi le maudit,‖ l'incurable apostat,Je m'approche de Dieu‖ sans autre résultatQue de faire gronder‖ vaguement le tonnerre !Dieu veut que cet essaim‖ d'atomes le vénère,Il leur demande à tous‖ leur cœur, leur chant, leur bruit,Leur parfum, leur prière ;‖ à moi rien, de la nuit.O misère sans fond ;‖ Écoutez ceci, sphères,Étoiles, firmaments,‖ ô vieux soleils, mes frères,Vers qui monte en pleurant‖ mon douloureux souhait,Cieux, azurs, profondeurs,‖ splendeurs, — l'amour me hait !

II L’ange liberté

I

De la lumière. Et puis‖ de la lumière encore.Chaos de firmaments‖ dans des gouffres d'aurore.

L'ange Liberté plane‖ en l'azur spacieux.On dirait que son œil‖ cherche une issue aux cieux.Elle voit une étoile.‖ Elle s'approche : — Écoute,Étoile ; conduis-moi‖ sous la fatale voûte ;Dieu permet que je parle‖ à celui qui fut grand.— Je ne puis, répond l'astre.‖ Et Liberté reprend :— Du moins, dis-moi la route‖ et comment y descendre.— Parle à l'Éclair, dit l'astre.‖ Il peut seul te l'apprendre.Cet ange est dans le ciel‖ le seul qui sait tomber.

D'une aile que le vent‖ même ne peut courber,L'Ange Liberté part‖ et franchit l'éther sombre.

Elle vola longtemps ;‖ — l'homme n'a pas de nombrePour compter ce temps-là ;‖ — son vol fier était sûr.

Tout à coup, dans un angle‖ informe de l'azur,Elle vit l'écurie‖ énorme des nuées.On entendait sonner‖ des chaînes dénouées,Et rouler on ne sait‖ quels effrayants essieux ;L'ange Éclair travaillait‖ dans cet antre des cieux ;Il en faisait sortir‖ tous les chars du tonnerre ;Quelques-uns n'étaient faits‖ que de flamme ordinaire ;D'autres semblaient forgés‖ dans l'enfer par les nuits ;Et des ruissellements‖ de foudres inouïsÉbauchaient vaguement‖ leur forme épouvantable ;Les écueils dans la mer,‖ les taureaux dans l'étable,Sont des roucoulements‖ près des monstrueux bruitsDe tous ces chars avec‖ de l'abîme construits.

Liberté s'avança‖ vers l'Éclair. L'immortelleSourit : — Ange, tu dois‖ connaître, lui dit-elle,L'éclatant Lucifer‖ tombé dans le trépas.— C'est moi qui l'ai frappé,‖ je ne le connais pas,Dit l'Éclair. — Mais le gouffre‖ où tu jetas cette âme,Tu peux me le montrer ;‖ — Non, dit l'esprit de flamme.Va trouver le vieil ange‖ Hiver. Il est le seulQui connaisse les plis‖ ténébreux du linceul.Moi, je ne me souviens‖ de rien. Je brise, et passe.

Puis, il montra du doigt‖ un point noir dans l'espace,C’était la terre.

— Va, dit-il. Le triste enferTouche à ce monde et là‖ tu trouveras l'hiver.

Et l'ange Liberté,‖ telle qu'un jet de fronde,Partit, et vit grandir‖ la sphère obscure et ronde,Et, superbe, et bravant‖ la bise et le mistral,S'abattit sur la terre‖ à l'endroit sépulcral.

Dans ce cercle effrayant‖ que les glaciers enserrent,Au fond du désert blême‖ où jamais ne passèrentLes Colomb, les Gama,‖ ces lumineux sondeurs,Dans ces obscurités‖ et dans ces profondeursSur la création‖ par le néant conquises,Au-delà des spitzbergs,‖ des flots et des banquises,Au centre de la brume‖ où tout rayon finit,Loin du jour, dans l'eau marbre‖ et dans la mer granit,Le sombre archange Hiver‖ se dresse sur le pôle ;La trompette à la bouche‖ et l'ombre sur l'épaule,Il est là, sans qu'il sorte,‖ au milieu de ce deuil,De son clairon un souffle,‖ un éclair de son œil ;Il ne rêve pas même,‖ étant un bloc de neige ;Les vents ailés, pareils‖ à l'oiseau pris au piège,Sont dans sa main, captifs‖ du silence éternel ;Son œil éteint regarde‖ affreusement le ciel ;Le givre est dans ses os,‖ le givre est sur sa tête ;L'horreur pétrifiée‖ autour de lui s'arrête ;Sa sinistre attitude‖ effare l'infini ;Dur, morne, il est glacé,‖ c'est-à-dire banni ;La terre sous ses pieds,‖ de ténèbres vêtue,Se tait ; il est la blanche‖ et muette statueDebout sur ce tombeau‖ dans l'éternelle nuit ;Jamais une lueur,‖ un mouvement, un bruitN'effleurent le géant,‖ seul sous de sombres voiles.Quand, à tous ces cadrans‖ qu'on nomme les étoiles,L'heure du dernier jour‖ sans terme et sans milieuSonnera, la clarté‖ de la face de DieuDégèlera le spectre,‖ et tout à coup sa boucheSe gonflera d'un pli‖ formidable et farouche,Et les mondes, esquifs‖ roulant sans aviron,Entendront l'ouragan‖ sortir de son clairon.

Jamais l'essaim chantant‖ des paradis n'approcheCette âme du silence‖ et du deuil, faite roche,Geôlière des cieux morts‖ et des firmaments noirs ;Ce brouillard gris, pareil‖ à la chute des soirs,Fait peur aux chérubins‖ extasiés et tendres ;Les neiges, cette forme‖ effroyable des cendres,Font de cet horizon,‖ dont l'aube hait le seuil,Quelque chose qui semble‖ un dedans de cercueil.

L'ange-vierge, à travers‖ les glaciers blancs décombres,Vola droit au géant,‖ seul dans ces déserts sombresDont le jour ne veut pas‖ et qu'il n'a pas reçus.D'abord elle plana‖ radieuse au-dessusDu lourd colosse, avec‖ les grands cercles de l'aigle ;Puis, s'approchant, lui dit :‖ — Celui qui juge et règle,Celui qui fait tout vivre‖ et qui fait tout trembler,M'a permis de venir‖ ici ; je veux parlerA quelqu'un d'effrayant‖ dont seul tu connais l'antre ;O géant, ouvre-moi‖ le gouffre, pour que j'entre.

Le Vieillard de la Nuit‖ resta sourd et muet ;Pas un pli du brouillard‖ pesant ne remuaitDans cette immensité‖ d'ombre et de solitude ;Seulement, sans que rien‖ troublât son attitude,Et sans qu'un mouvement‖ fit voir qu'il entendît,La glace sous ses pieds‖ lentement se fendit.Une crevasse étrange‖ apparut ; ouvertureD'on ne sait quelle horreur‖ qui n'est plus la nature,Bouche d'un puits livide‖ et morne, escarpementD'un abîme qui va‖ plus loin que l'élément,Vision du néant‖ formidable, enferméeEntre deux murs sans forme‖ où rampe une fumée ;Deuil, brume ; obscurité‖ sans fond et sans contour.

La vierge Liberté,‖ blanche et faite de jour,Sentit le froid du lieu‖ funeste où rien n'existe.La désolation‖ de ce gouffre était tristeEt profonde ; et c'était‖ l'infini de la nuit.

Elle ouvrit sa grande aile‖ où l'azur des cieux luit,Et, calme, descendit‖ dans cette ombre terrible.

II

Or, en ce même instant,‖ l'horreur indivisible,Sans palpitation,‖ sans souffle et sans échos,La lugubre unité‖ de tombe et de chaosQu'on nomme Enfer, voyait‖ une chose inouïe.

Une forme, parfois‖ soudain évanouie,Puis renaissant, flottant‖ au loin, puis s'abîmant,Sorte de voile ayant‖ un vague mouvement,Glissait sous ce plafond‖ qu'on prendrait pour un rêve.

Cette figure était‖ la même que la grèveDu fleuve Seine avait‖ vue errer autrefois,Et jeter dans les vents‖ sa redoutable voix.

Elle allait, comme l'algue‖ erre… — A travers le voileLa fixité des yeux‖ flamboyait, et la toileDont ce voile était fait,‖ semblait avoir étéTissue avec du rêve‖ et de l'obscurité.Elle sondait l'enfer‖ qui sans fin se prolonge ;Dans la stagnation‖ des ténèbres, qui songe,Et qui, farouche, a l'air‖ d'un crime qui se tait,Elle passait, tournait,‖ descendait, remontait,Prenant on ne sait quels‖ plis informes pour guides,Blême aux endroits obscurs,‖ noire aux endroits livides.Ainsi vole à travers‖ les branches l'émouchet.Parfois, comme quelqu'un‖ qui cherche, elle touchaitLe mur prodigieux‖ de la cave du monde.Elle serpentait, lente‖ et souple comme une onde,Dans l'abîme où l'esprit‖ lit ce mot triste : Absent.Souvent elle laissait‖ derrière elle en passantLe bleuissement pâle‖ et fugitif du soufre.

Soudain, comme sentant‖ sous elle plus de gouffre,Elle hésita, pencha‖ ce qui semblait son front,Et regarda.

La nuit qu’aucun jour n’interromptGisait dans l'étendue‖ effroyable et sublime.Ce précipice émit‖ de la mort, faite abîme.On y sentait flotter‖ du sépulcre dissous.On voyait de la nuit‖ sous la nuit ; au-dessousDe l'ombre, dans un vide‖ étrange, on voyait l'ombre.

Tout au fond remuait‖ une apparence sombre ;Un fantôme entrevu,‖ submergé, trouble, enfui,Errant, rampant ; c'était‖ le Damné ; c'était Lui.

On distinguait un front,‖ des ailes, des vertèbres.

C'était l'archange larve,‖ âme des lieux funèbresMêlant en lui de l'astre‖ avec de l'animal ;C'était l'être sinistre‖ en qui pense le mal ;C'était le criminel‖ que le crime exécute ;C'était plus qu'un esprit‖ tombé ; c'était la Chute.

Le chaos se roulait‖ sur l'ange en se gonflant ;Par intervalle, un ongle,‖ un large crâne, un flancRayé comme les lynx,‖ les guêpes et les zèbresSe dressait dans le spasme‖ horrible des ténèbresSes écailles semblaient‖ de fumée et de jais.On croyait voir quelqu'un‖ de ces vagues objetsTortueux et flottants,‖ dont on craint la piqûre.Offrant tous les aspects‖ dans une ébauche obscure,Céleste, bestial,‖ humain, vertigineux,Laissant voir une face‖ au milieu de ses nœuds,Enflant des plis confus‖ dans l'ombre où rien ne brille,C'était par instants l'hydre‖ et parfois la chenille.Il se traînait, visqueux,‖ blême, éclipsé, terni,Reptile colossal‖ du cloaque infini.

La caverne d'en bas‖ de Tout ; voilà ce gouffre.

C'était du vide en pleurs‖ et du miasme qui souffre.D'affreux rocs ébauchaient‖ de noirs décharnements ;On croyait, dans la brume‖ épaisse, par moments,Entrevoir le cadavre‖ effrayant de la Cause ;Tout était mort ; Satan‖ rôdait dans quelque choseD'informe et de hideux‖ qui paraissait détruit ;De sorte qu'au milieu‖ de la fétide nuit,Tout étant noirceur, peste,‖ épouvante, misère,Lividité, ruine,‖ il semblait nécessaireQu'au fond de cette tombe‖ on vit ramper ce ver.

Si quelque ange, égaré‖ dans l'éternel hiver,Fouillant la profondeur‖ du vide impénétrable,Hélas ! fût arrivé‖ jusqu'à ce misérable,Il n'eût rien retrouvé‖ dans ce dieu de l'enferDu géant éclaireur‖ qu'on nommait Lucifer.L'abîme avait fini‖ par entrer dans sa forme.La condamnation,‖ lourde, lépreuse, énorme,S'était, sur cet archange‖ à jamais rejeté,Lentement déposée‖ en monstruosité.L'impur typhus sortait‖ de son haleine amère.Parfois, car ce brouillard‖ est rempli de chimère,Dans cette nuit que, seul,‖ le vertige connaît,Quelque ruissellement‖ de lueur dessinaitSon dos ou la membrane‖ immonde de son aile.La rondeur de sa rouge‖ et fatale prunelleSemblait, dans la terreur‖ de ces lieux inouïs,Une goutte de flamme‖ au fond du puits des nuits.Sa face était le masque‖ effaré du vertige.A de certains moments,‖ phases du noir prodige,Un flamboiement, sortant‖ de lui, glissait sur lui ;L'abîme aveugle était‖ brusquement ébloui ;Alors, ô vision !‖ à travers l'insondable,A travers l'inconnu‖ qui n'est pas regardable,Dans l'étrange épaisseur‖ du gouffre devenuGlauque autour du colosse‖ inexprimable et nu,Satan apparaissait‖ dans toute sa souffrance ;Le démon fulgurant,‖ dans cette transparence,Horrible, se tordait‖ comme un éclair noyé.Puis la nuit revenait,‖ glacée et sans pitié ;La vaste cécité‖ refluait sous la voûteDe l'éternel silence‖ et l'engloutissait toute ;Et l'enfer, un instant‖ montré, se refermant,Lugubre, s'emplissait‖ d'évanouissement.

III

La goule Isis-Lilith‖ cria dans cette fosse :— « Sois content. Tout périt.‖ » (Oh ; toute langue est fausseComment rendre ces cris‖ de spectre en mots humains ?)« Père, ce qu'une fois‖ j'ai saisi dans mes mains,« Moi, la Fatalité,‖ jamais je ne le lâche.« L'airain, le bois, la pierre,‖ ont accompli leur tâche ;« L'airain s'est fait soldat,‖ roi, prince, chevalier,« Et le bois s'est fait juge‖ et la pierre geôlier ;« Caïn a reparu‖ sous trois formes, le glaive,« Le gibet, la prison ;‖ et Babel se relève ;« Le sang coule, Jésus‖ est mort, l'enfer prévaut ;« L'échafaud monstrueux‖ du monde est le pivot ;« Tout croule ; et dans le sang‖ humain l'homme se lave ;« La guerre le fait brute‖ et la prison esclave ;« L'homme subit le joug‖ en sortant du combat ;« Et, tigre dans le cirque,‖ est âne sous le bât.« Sois content. Tout est fauve,‖ impitoyable et triste.« Tu règnes. Cependant‖ un obstacle résiste ;« Dans cette fourmilière‖ obscure un peuple luit ;« Il est le verbe, il est‖ la voix, il est le bruit ;« Il agite au-dessus‖ de la terre une flamme ;« Ce peuple étrange est plus‖ qu'un peuple, c'est une âme ;« Ce peuple est l'Homme même ;‖ il brave avec dédain« L'enfer, et, dans la nuit,‖ cherche à tâtons l'Éden ;« Ce peuple, c'est Adam ;‖ mais Adam qui se venge,« Adam ayant volé‖ le glaive ardent de l'ange,« Et chassant devant lui‖ la Nuit et le Trépas ;« Il va ; tous les progrès‖ sont faits avec ses pas ;« Pas de haute action‖ que ses mains ne consomment ;« Les autres nations‖ l'admirent, et le nomment« FRANCE, et ce nom combat‖ dans l'ombre contre nous.« Cette France est l'amour‖ et la joie en courroux,« C'est le bien qui rugit,‖ l'idéal qui s'irrite ;« Tous nos prêtres, docteur‖ qui ment, juge hypocrite,« Faux juges, faux savants‖ déformant les esprits,« Nagent dans le crachat‖ de son large mépris ;« Elle est volcan, torrent,‖ flot, lave ; elle bouillonne ;« Fière, elle a plus qu'Athène‖ et plus que Babylone,« Elle a Paris, la Ville‖ univers, pour cerveau ;« Sur l'horizon humain,‖ vaste, orageux, nouveau,« Elle souffle la vie‖ ainsi qu'une tempête.« Mais écoute, ce peuple‖ est vaincu : sur sa tête« J'ai mis le joug ; il est‖ l'aube, je suis la fin.« La pierre dont Abel‖ fut frappé par Caïn,« Gisait dans le sang, noire,‖ inexorable, athée ;« Tu l'en souviens, je l'ai‖ ramassée et jetée« Près de la Seine, ainsi‖ qu'une graine en un champ ;« Ton haleine, perçant‖ le globe, et la touchant,« L'a fait croître et grandir‖ jusqu'au ciel, tour affreuse ;« Cette tour en cachots‖ innombrables se creuse ;« Les rois en font leur antre ;‖ elle écrase Paris ;« Elle éteint sa lumière,‖ elle étouffe ses cris ;« C'est là que toute chaîne‖ aboutit et commence ;« Elle est le cadenas‖ de l'esclavage immense ;« Elle est la glace au front‖ de la France qui bout ;« Elle est la tombe ; et l'ombre‖ avec elle est debout.« Elle garde en ses flancs‖ le billot et la roue ;« Cette tour est la geôle‖ où le vieux dogme écroue« L'âme et la vie, et met‖ l'esprit humain aux fers ;« Car Paris bâillonné‖ fait muet l'univers ;« La prison de la France‖ est le cachot du monde.« Maintenant, c'est fini,‖ tout râle et rien ne gronde ;« Ris, Satan. Plus que toi‖ les hommes sont proscrits ;« La Bastille, implacable‖ et dure, est sur Paris« Comme l'épée avec‖ la croix, sur les deux Romes.« Puisque tous deux, moi spectre‖ et toi démon, nous sommes« Les damnés, sans repos,‖ sans sommeil ; les témoins ;« Puisque nous ne pouvons‖ dormir, ayons du moins« La joie âcre du mal‖ dans notre fièvre horrible ;« A travers ton plafond‖ comme à travers un crible,« Toi, souffle la fureur‖ aux hommes malheureux,« Et moi je secouerai‖ le suaire sur eux.« Oui, ta vengeance étreint‖ le monde, et le ravage.« Dans ces trois cercles noirs,‖ Haine, Meurtre, Esclavage,« Le morne enfer tient l'homme‖ à jamais enfermé.« Un brouillard, d'ignorance‖ et de douleur formé,« Envahit lentement‖ la terre comme une onde.« O grand désespéré,‖ dans ta tombe profonde,« Sois content. Nuit, terreur,‖ mort. Éclipse de Dieu.

Et le spectre, penchant‖ ses prunelles de feu,Regardant l'épaisseur‖ qu'aucun frisson n'anime,Attendit la réponse‖ énorme de l'abîme.

Mais rien ne remua.‖ Rien ne semblait vivant.

Le fantôme étonné‖ regarda plus avant.

— Es-tu là ? cria-t-il.

L’ombre resta muette.

Soudain la colossale‖ et sombre silhouetteDe l'ange monstre en qui‖ le ciel s'évanouit,Apparut, surnageant‖ sur le flot de la nuit.

Sur son front formidable‖ une molle fuméeFlottait, et sa paupière‖ horrible était fermée.

O Prodige ; Satan‖ venait de s'endormir.

Une commotion‖ de stupeur fit frémirL'immuable nuée‖ au fond du précipice.

L'antique patient‖ de l'éternel supplice,Pour souffrir à jamais‖ à jamais rajeuni,Lui, l'immense œil de tigre‖ ouvert sur l'infini,Satan, le mal, l'horreur‖ condensée en génie,L'anxiété, le guet,‖ la douleur, l'insomnie,Dormait.

En même temps la terre eut un répit.La lave folle aux flancs‖ de l'Hékla s'assoupit ;Le fouet oublia l'âne ;‖ et l'ours, las de ses courses,Vint boire avec la biche‖ à la clarté des sources ;La rose parut belle‖ aux dragons éblouis ;L'âme de Marc-Aurèle‖ entra dans saint Louis ;Le plus grand, attendri,‖ se pencha sur le moindre ;Le bonze, croyant voir‖ de la lumière poindre,Eut peur, chouette, et dit‖ en frémissant : déjà !La plante, qu'étouffait‖ le roc, se dégagea ;Les mouches, qui pendaient‖ aux toiles d'araignées,S'envolèrent, de vie‖ et d'aurore baignées ;Le poids se souleva‖ des reins du portefaix ;Le vent s'arrêta court‖ sur les flots stupéfaits,Et fit grâce, et laissa‖ rentrer la barque au havre ;L'enfant mort, dont la mère‖ embrassait le cadavre,Rouvrant les yeux, reprit‖ le sein en souriant.

Satan dormait.

IV

Isis recula s’écriant :— Il dort ! Je souffre seule ! Oh ! je le hais.

Sa boucheÉcarta presque, avec‖ cette clameur farouche,Le voile par ses yeux‖ flamboyants traversé ;Puis les plis du linceul‖ froid et toujours baisséTombèrent longs et droits,‖ et Lilith immobileSongea.

Ce rêve obscur d’un spectre, la sibyllePeut seule l'entrevoir‖ quand dans son noir réduitElle médite, ayant‖ sous son coude la nuit.

On entendait suinter‖ le néant goutte à goutte.

Soudain Isis leva‖ son regard vers la voûte,Et, comme la fumée‖ aux cimes de l'Etna,Dans toute sa longueur‖ son linceul frissonna ;Elle se dressa haute,‖ épouvantable et pâle,Et jeta, secouant‖ son voile, avec le râleDu tigre apercevant‖ le lion importun,Ce cri, prodigieux‖ dans ce gouffre : Quelqu'un !

Un ange éblouissant‖ les ailes déployées,Entrait.

Les profondeurs avec Satan broyées,Tous ces monts que la fable‖ appelle Othryx, Ossa,Phlégon, et que le jet‖ de soufre éclaboussa,Monts frappés comme lui‖ quand Dieu brisa son aile,Et roulés dans sa chute‖ avec lui pêle-mêle,Les blocs cicatrisés‖ et morts, les rocs mauditsQue Michel, soleil foudre,‖ extermina jadis,Crurent revoir l'éclair‖ du grand coup de tonnerre.

Tour l’enfer tressaillit.

L’ange, extraordinaire,Superbe, souriant, descendait.

Sa clartéSereine, blêmissait‖ l'enfer épouvanté.Le chaos éperdu‖ montra sa pourriture.On voyait au zénith‖ du gouffre une ouvertureD'où tombait la lueur‖ ineffable des cieux.La géhenne s'ouvrit‖ comme un œil chassieux ;Tout le plafond, pendant‖ en haillon formidable,S'éclaira. L'on put voir‖ le fond de l'insondable,Et les recoins confus‖ du grand cachot souillé ;L'abîme frissonna‖ comme un voleur fouillé ;On distinguait les bords‖ des précipices traîtres ;Les brouillards qui flottaient‖ prirent des formes d'êtresMonstrueux, qui semblaient‖ ramper, et vivre là ;La menace qu'on sent‖ dans les lieux noirs semblaPlus fauve, et le visage‖ irrité des décombres,Le blanchissement vague‖ et difforme des ombres,Se hérissaient, montrant‖ des aspects foudroyés ;Tous les renversements‖ en arrière, effrayés,Se dressaient ; les granits‖ remuaient sous la nue ;L'obscurité lugubre‖ apparut toute nue ;On eût dit qu'elle ôtait‖ l'ombre qui la revêt,Que le masque inouï‖ de l'enfer se levait,Et qu'on voyait la face‖ effroyable du vide.

L'ange continuait‖ de descendre, splendide,Dans cet effarement‖ immense de la nuit.

V

Le vautour ne sait plus‖ s'il poursuit ou s'il fuitQuand il voit l'aigle au fond‖ du nuage apparaître.

Isis, se retournant‖ vers ce radieux êtreBeau comme vesper, l'astre‖ et l'ange avant-coureur,Se dressa dans un geste‖ effrayant dont l'horreurS’accroissait sous le voile, et lui cria :

— « Lumière,« Qu'es-tu ? Que nous veux-tu ?‖ N'avance pas. Arrière,« Arrière ! Les rayons‖ sont de ce gouffre exclus.« Va-t'en. Ne donne pas‖ un coup d'aile de plus,« Tremble ! N’avance pas ! »

L’ange approchait, tranquille.

La rage alors sortit‖ de l'abîme immobile ;On entendit, terreur !‖ le cri du lieu muet ;L’enfer aboya.

L’ombre écumait et huait.L’ange approchait.

Isis frémit. La pâle stryge,Avec un mouvement‖ de rêve et de prodige,Se déploya debout‖ tout entière devantL'ange, majestueux‖ comme le jour levant.

— « Mais réveille-toi donc,‖ Satan ; dit le fantôme.

Satan dormait.

VI

Ce fut, sous le ténébreux dôme,Une attente sans nom‖ quand l'abîme compritQue cette larve allait‖ combattre cet esprit.

L'ange était une femme ;‖ il ne semblait pas mêmeS'apercevoir, du haut‖ de sa fierté suprême,Qu'il eût quitté l'azur‖ où Dieu rayonne et vit.Il venait.

Quand il fut près d’Isis, ce qu’on vitFut hideux, et l'horreur‖ s'accrut, dans la mesureDe ce gouffre où Babel,‖ le colosse masure,Ne serait qu'un tesson‖ et Chéops qu'un gravat.

A travers l'affreux voile,‖ et sans qu'il se levât,Une tête de mort,‖ sombre masque de flamme,Parut, et le linceul‖ laissa voir sous sa trameUn squelette de feu‖ flottant dans ses plis noirs ;Deux yeux brillaient, ainsi‖ que deux ardents miroirs,Sur cet épouvantable‖ et sinistre visage ;Isis ouvrit les bras,‖ pour barrer le passage,Ainsi que le gibet‖ au haut du Golgotha ;Et l'apparition‖ formidable jetaCes mots à l'ange, avec‖ une clameur profonde :

« Je suis Lilith-Isis,‖ l'âme noire du monde.« Tremble ! L'être inconnu,‖ funeste, illimité,« Que l'homme en frémissant‖ nomme Fatalité,« C'est moi. Tremble ! Anankè,‖ c'est moi. Tremble ! Le voile,« C'est moi. Je suis la brume‖ et tu n'es que l'étoile ;« Tu n'es qu'un des flambeaux‖ possibles, moi je suis« La noirceur éternelle‖ et farouche des nuits ;« Je suis la bouche obscure‖ et soufflant sur les phares ;« Tremble ; malheur à toi,‖ ver luisant qui t'égares !« Qu'est-ce que tu viens faire‖ ici ? Va-t'en. Ces lieux« Sont du ciel et du jour‖ et du maître, oublieux.« Qui que tu sois, malheur‖ à ce qui s'aventure« Dans la négation‖ et dans la sépulture ;« Malheur à vous, fourmis‖ volantes du ciel bleu,« Malheur ! si vous tentez‖ l'ombre où l'athée est Dieu,« L'antre où le démon tient‖ le sceptre de la cendre ;« Si je poussais un cri,‖ tu te sentirais prendre« Par ce qu'on ne voit pas,‖ l'invisible forêt« Lâcherait son hibou,‖ la nuit se lèverait« Et t'envelopperait‖ dans la grande aile onglée !« Fuis, imbécile esprit !‖ Fuis, lumière aveuglée !« Vil oiseau de l'azur,‖ rentre à ton firmament.« Qu'est-ce que tu viens faire‖ au fond du châtiment ?« Qu'est-ce que tu viens faire,‖ ô frêle créature,« Dans les profonds dessous‖ de la sombre nature,« Dans la Haine, au-delà‖ des êtres, dans Satan ?« Quoi ! la mouche entre où n'ose‖ entrer Léviathan !« Misérable ange, tremble‖ et fuis ! Va-t'en, atome !

L'ange sans dire un mot‖ regarda le fantômeFixement, et gonfla‖ sa lèvre avec dédain.L'étoile qu'elle avait‖ au front se mit soudainA grandir, emplissant‖ d'aurore l'ombre obscure.O vision terrible‖ et sublime ! à mesureQue l'astre grandissait,‖ la larve décroissait ;L'ardent grossissement‖ de l'étoile poussaitLilith-Isis vers l'ombre,‖ et mêlait à la fangeLe fantôme rongé‖ par la clarté de l'ange ;Les rayons dévoraient‖ l'affreux linceul flottant ;L'étoile aux feux divins,‖ plus large à chaque instant,Météore d'abord,‖ puis comète et fournaise,Fondait le monstre ainsi‖ qu'un glaçon dans la braise.Quand l'astre fut soleil,‖ le spectre n'était plus.

VII

Tout fit silence au fond‖ du gouffre sans reflux,Et rien ne troubla plus‖ l'immobilité morte.

Comme le goëmon‖ que le flot berce et porte,Satan dormait toujours.

Dans la nappe de nuitOù s'enfonçait son corps‖ de chimère construit,Ce qu'on entrevoyait,‖ c'était sa forme humaine.

Semblable au flocon blanc‖ qu'un vent dans l'ombre amène,L'ange arrêta sur lui‖ ses ailes qui flottaient,Et pleura.

L’on eût dit que ses larmes étaientDe la lumière en pleurs‖ coulant de deux étoiles.Comme la tarentule‖ au centre de ses toiles,Le vaste malheureux‖ et le vaste méchantPalpitait ; et la vierge‖ immortelle, penchantL’escarboucle allumée au sommet de sa tête,Tendit les bras vers l'ange‖ englouti dans la bête,Et lui parla, planant‖ et pourtant à genoux ;Et l'accent de sa voix‖ divine était plus douxQue l'incarnation‖ vague et sombre des sphères.

« O toi ; je viens, je pleure.‖ Ici, dans les misères,« Dans le deuil, dans l'enfer‖ où l'astre se perdit,« Je viens te demander‖ une grâce, ô maudit !« Ici, je ne suis plus‖ qu'une larme qui brille.« Ce qui survit de toi,‖ c'est moi. Je suis ta fille.« Sens-tu que je suis là ?‖ Me reconnais-tu, dis ?« M'entends-tu ? C'est du fond‖ des divins paradis,« C'est de la profondeur‖ lumineuse et sacrée,« C'est de ce grand ciel clair‖ où vit celui qui crée,« Que je viens, éperdue,‖ à toi, l'ange enfoui !« J'ai crié vers Dieu ; Dieu‖ formidable a dit Oui ;« Il me laisse descendre‖ au fond des nuits difformes,« Et, pour que je te parle,‖ il permet que tu dormes.« Car, Père, pour tes yeux,‖ hélas, le firmament« Ne peut plus s'entr'ouvrir‖ qu'en songe seulement !« Oh ! toute cette nuit,‖ c'est affreux ! Père, Père !« Quoi ! toi dans ce cachot !‖ Quoi ! toi dans ce repaire !« Toi puni ; toi mauvais !‖ toi, l'aîné des élus !« Te voilà donc si bas‖ que Dieu ne te voit plus !« L'enfer ! l'océan Nuit !‖ Pas de flot, pas d'écume,« Pas de souffle. Partout‖ le Noir. C'est, dans la brume,« Ta respiration‖ lugubre que j'entends.« La longueur de ton deuil‖ dépassera le temps ;« Le chiffre de tes maux‖ dépassera le nombre.« Les soleils me disaient :‖ prends garde, il est dans l'ombre !« Et moi j'ai dit : je veux‖ voir le désespéré.« Hélas, l'astre du ciel‖ te hait, la fleur du pré« Te craint, autour de toi‖ tous les êtres ensemble« Frémissent, les clartés‖ frissonnent, l'azur tremble,« L'infini te redoute‖ et t'abhorre : Eh bien, moi,« Je t'apporte en amour‖ tout cet immense effroi !

« Je viens te prier, toi‖ qu'on proscrit. Toi qu'on souille,« Je viens avec des pleurs‖ te laver. J'agenouille« La lumière devant‖ ton horreur, et l'espoir« Devant les coups de foudre‖ empreints sur ton front noir ;« Entends-moi dans ton rêve‖ à travers l'anathème.« Ne te courrouce point,‖ père, puisque je t'aime !« Le blessé ne hait pas‖ la main qui le soutient ;« L'affamé n'a jamais‖ maudit celui qui vient« Disant : Voici du pain‖ et de l'eau. Bois et mange.« Oh ! quand j'étais mêlée‖ à tes ailes, quel ange« Que Satan, dans l'aurore‖ et dans l'immensité !« Dieu se nommant Bonté,‖ tu t'appelais Beauté.« Ta chevelure était‖ blonde et surnaturelle,« Et frissonnait splendide,‖ et laissait derrière elle« Une inondation‖ de rayons dans la nuit !« L'abîme était par toi‖ comme par Dieu conduit.« Un jour les éléments‖ te prirent pour Lui-même ;« Comme tu te dressais‖ avec ton diadème« Sur le ciel, de ton lustre‖ effrayant envahi,« L'air dit : Emmanuel ;‖ et l'onde : Adonaï ;« Ton char faisait jaillir‖ des mondes sous sa roue.« Près de toi, Raphaël,‖ Gabriel, qui secoue« Un météore épars‖ en flammes sur son front,« Michel, dont la clarté‖ jamais ne s'interrompt,« Ithuriel, qui mêle‖ aux rayons les dictames,« Stellial, Azraël,‖ porte-flambeau des âmes,« N'étaient plus que l'essaim‖ confus de la forêt ;« Un resplendissement‖ de blancheur t'entourait ;« Et l'aube en te voyant‖ s'écriait : je suis noire ;« Tu passais au milieu‖ d'un ouragan de gloire ;« Les éthers t'attendaient‖ pour devenir azurs ;« Les univers naissaient,‖ prodigieux et purs,« Avec des millions‖ de fleurs et d'étincelles,« Dans un rythme marqué‖ par tes battements d'ailes ;« Tu faisais, en fixant‖ sur eux ton œil charmant,« Reculer les soleils‖ dans l'éblouissement ;« Tu flamboyais, candeur‖ et force ; un lys archange !« Comme après le héros‖ s'avance la phalange,« A ta suite marchaient‖ les constellations ;« L'ombre pleurait d'amour‖ quand nous la traversions ;« La nuit, tu te levais‖ dans un triomphe d'astres ;« Et les dômes divins‖ et les sacrés pilastres,« Et les éternels cieux‖ et l'éden nouveau-né,« T'adoraient dans ta joie‖ immense, infortuné !

« Hélas, dès qu'en ce bagne,‖ où nul regard ne plonge,« Tu fus précipité,‖ Satan, tu fis ce songe« De te venger, démon‖ géant, sur l'infini !« Prés de l'ange proscrit‖ tu mis l'homme banni ;« Tu fis tomber Adam‖ et tu fis déchoir Ève ;« Tu voulus frapper Dieu‖ dans le germe et la sève,« Dans l'enfant, dans le nid‖ des bois, dans l'alcyon ;« Seul, à jamais muré‖ sous la création,« Tu devins, dans l'horreur,‖ le grand rêveur funeste ;« Dans les vierges forêts‖ tu fis sortir la peste« De l'épaisseur charmante‖ et terrible des fleurs ;« Avec les voluptés‖ tu forgeas les douleurs ;« Tu te mêlas à l'être‖ auguste qui gouverne ;« L'espace se remplit‖ d'un esprit de caverne ;« Tu dis à l'Éternel :‖ à nous deux maintenant !« Tu souillas l'infini‖ rien qu'en l'espionnant.« A travers l'océan‖ tu soufflas le naufrage ;« Captif, tu pénétras‖ la terre de ta rage ;« Le dessous ténébreux‖ de la vie appartint« A ta vengeance, et fut‖ par ton haleine atteint ;« Tu mordis les tombeaux ;‖ tu mordis les racines ;« Tu mêlas aux parfums‖ les herbes assassines ;« Tu mis partout le monstre‖ à côté de la loi ;« Une émanation‖ de nuit sortit de toi,« Et tu déshonoras‖ l'univers magnanime.« Dieu rayonnait le bien,‖ tu rayonnas le crime.« Tu fis d'en bas, avec‖ tes miasmes, des démons ;« Tu pris les instincts vils‖ et les impurs limons« Et tu créas avec‖ cette fange les traîtres,« Les lâches, les cruels ;‖ et tu fis dieux et maîtres« Des êtres de l'abîme‖ et des esprits forçats ;« Tu poussas les Nemrods‖ aux guerres, tu dressas« Les Caïphes sanglants‖ contre les Christs sublimes ;« Et souvent là-haut, nous,‖ les anges, nous pâlîmes« D'entendre dans le deuil‖ les prêtres et les rois« Rire, et de voir grandir‖ le glaive énorme en croix.

« A quoi cela t'a-t-il‖ servi ? plus de misère ;« Voilà tout. Ton éclair‖ ronge et brûle ta serre ;« Ton empoisonnement‖ du monde a commencé« Par toi-même, ô géant‖ d'un combat insensé.« Le mal ne fait pas peur‖ à Dieu ; Dieu se courrouce,« Et frappe. Tu croyais‖ que la vengeance est douce ;« Elle est amère. Hélas !‖ le crime est châtiment.« La croissance du mal‖ augmente ton tourment ;« Le mal qu'on fait souffrir‖ s'ajoute au mal qu'on souffre ;« Ta lave au fond des nuits‖ sur toi retombe en soufre ;« Et toi-même on t'entend‖ par moments l'avouer.« Le supplice de Tout‖ sur toi vient échouer.« Tu fais tout chanceler,‖ tout trembler sur sa base,« Tout crouler, et c'est toi‖ que ton effort écrase ;« La Terre est sous ton joug,‖ tu règnes à présent.« Et te voilà sous plus‖ d'épouvante gisant ;« Te voilà plus difforme,‖ et ton cœur d'airain saigne !

« Mais, Satan, il faut bien‖ qu'à la fin on te plaigne,« Tu dois avoir besoin‖ de voir quelqu'un pleurer,« Je viens à toi !

Je viens gémir, luire, éclairer,« T'ôter du moins le poids‖ de la terrestre chaîne,« Et guérir à ton flanc‖ la sombre plaie humaine.« Mon père, écoute-moi.‖ Pour baume et pour calmant,« Pour mêler quelque joie‖ à ton accablement,« Tu n'as jusqu'à cette heure,‖ en ton âpre géhenne,« Essayé que la nuit,‖ la vengeance et la haine.« O Titan misérable,‖ essaye enfin le jour !« Laisse planer le cygne‖ à ta place, ô vautour !« Laisse un ange sorti‖ de tes ailes répandre« Sur les fléaux un souffle‖ irrésistible et tendre.« Faisons lever Caïn‖ accroupi sur Abel.« Assez d'ombre et de crime !‖ Empêchons que Babel« Pousse encor plus avant‖ ses hideuses spirales.« Oh ! laisse-moi rouvrir‖ les portes sépulcrales« Que, du fond de l'enfer,‖ sur l'âme tu fermais !« Laisse-moi mettre l'homme‖ en liberté. Permets« Que je tende la main‖ à l'univers qui sombre.« Laisse-moi renverser‖ la montagne de l'ombre ;« Laisse-moi foudroyer‖ l'infâme tour du mal !

« Permets que, grâce à moi,‖ dans l'azur baptismal« Le monde rentre, afin‖ que l'Éden reparaisse !« Hélas ! Sens-tu mon cœur‖ tremblant qui te caresse ?« M'entends-tu sangloter‖ dans ton cachot ? Consens« Que je sauve les bons,‖ les purs, les innocents ;« Laisse s'envoler l'âme‖ et finir la souffrance.« Dieu me fit Liberté ;‖ toi, fais-moi Délivrance !« Oh ! ne me défends pas‖ de jeter dans les cieux« Et les enfers, le cri‖ de l'amour factieux ;« Laisse-moi prodiguer‖ à la terrestre sphère« L'air vaste, le ciel bleu,‖ l'espoir sans borne, et faire« Sortir du front de l'homme‖ un rayon d'infini.« Laisse-moi sauver tout,‖ moi ton côté béni !« Consens ! Oh ! moi qui viens‖ de toi, permets que j'aille« Chez ces vivants, afin d’achever la bataille« Entre leur ignorance,‖ hélas, et leur raison,« Pour mettre une rougeur‖ sacrée à l'horizon,« Pour que l'affreux passé‖ dans les ténèbres roule,« Pour que la terre tremble‖ et que la prison croule,« Pour que l'éruption‖ se fasse, et pour qu'enfin« L'homme voie, au-dessus‖ des douleurs, de la faim,« De la guerre, des rois,‖ des dieux, de la démence,« Le volcan de la joie‖ enfler sa lave immense !

VIII

Tandis que cette vierge‖ adorable parlait,Pareille au sein versant‖ goutte à goutte le laitA l'enfant nouveau-né‖ qui dort, la bouche ouverte,Satan, toujours flottant‖ comme une herbe en eau verte,Remuait dans le gouffre,‖ et semblait par momentA travers son sommeil‖ frémir éperdument ;Ainsi qu'en un brouillard‖ l'aube éclôt, puis s'efface,Le démon s'éclairait,‖ puis pâlissait ; sa faceÉtait comme le champ‖ d'un combat ténébreux ;Le bien, le mal, luttaient‖ sur son visage entr'euxAvec tous les reflux‖ de deux sombres armées ;Ses lèvres se crispaient,‖ sinistrement fermées ;Ses poings s'entreheurtaient,‖ monstrueux et noircis ;Il n'ouvrait pas les yeux,‖ mais sous ses lourds sourcilsOn voyait les lueurs‖ de cette âme inconnue ;Tel le tonnerre fait‖ des pourpres sous la nue ;L'ange le regardait,‖ les mains jointes ; enfinUne clarté, qu'eût pu‖ jeter un séraphin,Sortit de ce grand front‖ tout brûlé par les fièvres ;Plus difficilement‖ que deux rochers, ses lèvresS'écartèrent, un souffle‖ orageux soulevaSon flanc terrible, et l'ange‖ entendit ce mot : Va !

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a pas masculine, classiqueb glisse / supplice féminine, classiquec nuit / fruit masculine, classiqued t'implore / aurore féminine, classiquee jamais / hais masculine, classiquea blême / aime féminine, classiqueb os / ruisseaux masculine, classiquec nature / torture féminine, classiqued vautour / l'amour masculine, classiquea rapides / stupides féminine, classiqueb vieillissant / sang masculine, non classiquec vôtre / l'autre féminine, classiqued cheveux / veux masculine, classiquea tombes / colombes féminine, classiqueb firmament / lentement masculine, classiquec anges / fanges féminine, classiqued va / Jéhovah masculine, non classiquee sourire / dire féminine, classiquef lions / millions masculine, classiqueg l'ombre / nombre féminine, classiqueh blanchira / sortira masculine, classiquei funèbres / ténèbres féminine, classiquea perpétuité / humanité masculine, classiqueb Ève / lève féminine, classiquec fleur / Malheur masculine, classiqued universelle / crécelle féminine, classiquee Baal / l'idéal masculine, classiquef sodomes / hommes féminine, classiqueg lui / ébloui masculine, classiqueh l'âme / femme féminine, classiquei éteints / instincts masculine, classiquej ailes / prunelles féminine, classiquek méchants / champs masculine, classiquel indignées / poignées féminine, classiquem dirai / ferai masculine, classiquen latrines / poitrines féminine, classiqueo cœur / l'horreur masculine, classiquep Atrée / sacrée féminine, classiqueq Fatalité / cécité masculine, classiquer multiplie / remplie féminine, classiques moi / foi masculine, classiquet j'excite / Thersite féminine, classiqueu venins / nains masculine, classiquev querelle / grêle féminine, classiquew loi / moi masculine, classiquex force / l'écorce féminine, classiquey mer / l'enfer masculine, classiquez belettes / squelettes féminine, classiquea caïman / l'iman masculine, classiqueb séjourne / tourne féminine, classiquec moud / partout masculine, classiqued sienne / vienne féminine, classiquee croisons / poisons masculine, classiquef candide / ride féminine, classiqueg devins / divins masculine, classiqueh pluie / éblouie féminine, classiquei peur / vapeur masculine, classiquej agrandie / j'incendie féminine, classiquek port / fort masculine, classiquel sanguinaires / tonnerres féminine, classiquem hauteur / créateur masculine, classiquen l'entendre / vendre féminine, classiqueo bonds / bons masculine, classiquep entière / matière féminine, classiqueq veux / monstrueux masculine, classiquer idolâtries / flétries féminine, classiques frémissant / sang masculine, non classiquet l'inonde / monde féminine, classiqueu Dieu / essieu masculine, classiquev griffes / pontifes féminine, classiquew debout / partout masculine, classiquex écrasent / l'embrasent féminine, classiquey l'effroi / prends-moi masculine, classiqueb chaîne / haine féminine, classiquec sérénité / illimité masculine, classiqued possible / invisible féminine, classiquee nous / genoux masculine, classiquef immense / clémence féminine, classiqueg eaux / oiseaux masculine, classiqueh ondes / mondes féminine, classiquei deux / hideux masculine, classiquej l'autre / apôtre féminine, classiquek côté / l'égalité masculine, classiquel bagne / montagne féminine, classiquem chaos / fléaux masculine, classiquen espérance / souffrance féminine, classiqueo d'yeux / mystérieux masculine, classiquep l'obtienne / tienne féminine, classiqueq demeurer / transfigurer masculine, classiquer âge / nuage féminine, classiques bleu / Dieu masculine, classiquea joie / déploie féminine, classiqueb sérieux / mystérieux masculine, classiquec lumière / première féminine, classiqued oiseaux / roseaux masculine, classiquee flammes / âmes féminine, classiquef clarté / félicité masculine, classiqueg vivre / enivre féminine, classiqueh immensité / Beauté masculine, classiquei tendre / prendre féminine, classiquej matin / incertain masculine, classiqueb même / aime féminine, classiquec bonté / nudité masculine, classiqued soufre / gouffre féminine, classiqueb beau / flambeau masculine, classiquec croire / gloire féminine, classiqued profond / défont masculine, classiquee abîmes / crimes féminine, classiquef dessus / Jésus masculine, classiqueg Babylone / trône féminine, classiqueh Pitié / crié masculine, équivalentei l'herbe / superbe féminine, classiquej s'élargissant / innocent masculine, classiquek ravines / divines féminine, classiquel haut / cachot masculine, classiquem huées / nuées féminine, classiquen aquilons / haillons masculine, classiqueo gerbe / d'herbe féminine, classiquep humain / chemin masculine, classiqueq recommence / immense féminine, classiquea seulement / moment masculine, classiqueb sonore / encore féminine, classiquec chevets / pouvais masculine, classiqued pierres / paupières féminine, classiquee frais / mourais / submergé masculine, classiquef songe / ronge féminine, classiqueg aérien / rien masculine, classiqueh artère / terre féminine, classiquei faim / enfin masculine, classiquej tête / bête féminine, classiquek loup / dissout masculine, classiquel l'insomnie / d'agonie féminine, non classiquem sort masculine, classiquen peine / haine féminine, classiqueo affreusement / fixement masculine, classiquep insondable / inabordable féminine, classiqueq bleus / nébuleux masculine, classiquea condamnation / voûte / l'écoute féminine, classiqueb sois / perçois masculine, classiquec monde / gronde féminine, classiqued épars / parts masculine, classiquee aiguë / ciguë féminine, classiquef nadir / bondir masculine, classiqueg secoue / roue féminine, classiqueh cieux / prodigieux masculine, classiquei penche / l'avalanche féminine, classiquej verts / l'univers masculine, classiquek vraie / l'ivraie féminine, classiquel vif / l'esquif masculine, classiquem grive / m'arrive féminine, classiqueo j'ai / Japhet masculine, classiquep songe / mensonge féminine, équivalenteq fait / est / naît masculine, non classiquer décide / parricide féminine, classiqueb rosée / apaisée féminine, classiquec bercement / charmant masculine, classiqued ulcères / serres féminine, classiquee jamais / sommets masculine, classiquef pareilles / abeilles féminine, classiqueg lions / délions masculine, classiqueh convulsives / gencives féminine, classiquei voilà / scella masculine, classiquej m'exclure / brûlure féminine, classiquek noir / pouvoir masculine, classiquel toute / goutte féminine, classiquea éveil / soleil masculine, classiqueb grèves / rêves féminine, classiquec venez / Planez masculine, classiqued veille / vermeille féminine, classiquee toujours / courts masculine, classiquef d'années / fanées féminine, classiqueg d'hivers / ouverts masculine, classiqueh l'épouvante / décevante féminine, classiqueb béant / néant masculine, classiquec dorme / difforme féminine, classiqueb vois / demi-voix masculine, classiquec rappelle / belle féminine, classiqued mauvais / pouvais masculine, classiquee apparaître / prêtre féminine, classiquef chanteur / menteur masculine, classiqueg bouche / farouche féminine, classiqueh jour / amour masculine, classiquea chien / horrible / terrible féminine, classiqueb cieux / eux masculine, classiquec même / t'aime féminine, classiqued ciel / Gabriel masculine, classiquee refuge / juge féminine, classiquef éternellement / l'aimant masculine, classiqueg diadème / suprême féminine, classiqueh emplis / lys masculine, classiquei aboie / claire-voie féminine, classiqueb cabanon / non masculine, classiquea d'abîme / victime féminine, classiqueb font / vont masculine, classiquec envie / vie féminine, classiqued moi / loi masculine, classiqueb redoute / goutte féminine, classiquec longtemps / instants masculine, classiqued entrailles / tenailles féminine, classiquee cependant / ardent masculine, classiquef s'émousse / douce féminine, classiqueg errer / d'expirer masculine, classiqueh supplice / glisse féminine, classiquei profond / fond masculine, classiquej vide / avide féminine, classiquek bourreaux / crocs masculine, classiquel barbare / barre féminine, classiquem granit / finit masculine, classiquea géhenne / haine féminine, classiqueb pas / bas masculine, classiquec larmes / charmes féminine, classiqued yeux / veux masculine, classiquee solitude / attitude féminine, classiquef l'expiation / vision masculine, classiqueg crible / horrible féminine, classiqueh affront / front masculine, classiquei trouve / louve féminine, classiquej mord / mort masculine, classiquek demeure / Dieu / pleure féminine, classiqueb rebuté / lâcheté masculine, classiquec bassesse / cesse féminine, classiqued souterrain / l'airain masculine, classiquee frissonne / Personne féminine, classiquef banni / l'infini masculine, classiqueg sombre / d'ombre féminine, classiqueh clarté / l'éternité masculine, classiquea tête / m'arrête féminine, classiqueb bien / rien masculine, classiquec pensée / versée féminine, classiqued pas / trépas masculine, classiquee géhenne / chaîne féminine, classiquef prisonnier / délivre / nier masculine, classiqueb lame / épithalame féminine, classiquec là / Attila masculine, classiqued Caïphe / griffe féminine, classiquee actions / rayons masculine, classiquef sature / nature féminine, classiqueg froid / croit masculine, classiqueb s'isole / s'envole féminine, classiquec moqueur / cœur masculine, classiqued divines / racines féminine, classiquee séraphin / fin masculine, classiquef prêtres / d'êtres féminine, classiqueg animer / aimer masculine, classiqueh l'adore / l'aurore féminine, classiquei parfum / un masculine, classiquej morne / borne féminine, classiquek pas / frappas masculine, classiqueb désespère / père féminine, classiquec Dieu / l'aveu masculine, classiqueb blasphème / j'aime féminine, classiquec vain / divin masculine, classiqued insensées / pensées féminine, classiquee pleurs / douleurs masculine, classiquef invente / l'épouvante féminine, classiqueg désespoir / soir masculine, classiqueh terre / panthère féminine, classiquei monts / limons masculine, classiquej sonnettes / planètes féminine, classiquek fuseaux / oiseaux masculine, classiquel plumes / enclumes féminine, classiquem marteaux / l'Athos masculine, classiquen corbeilles / d'abeilles féminine, classiqueo résout / tout masculine, classiquep pierre / lumière féminine, classiqueq emplit / lit masculine, classiquer chose / rose féminine, classiques cieux / monstrueux masculine, classiquet glace / s'entrelace féminine, classiqueu corps / accords masculine, classiquev l'innocence / puissance féminine, classiquew apostat / résultat masculine, classiquex tonnerre / vénère féminine, classiquey bruit / nuit masculine, classiquez sphères / frères féminine, classiquea souhait / hait masculine, classiquea encore / d'aurore féminine, classiquea spacieux / cieux masculine, classiqueb Écoute / voûte féminine, classiquec grand / reprend masculine, classiqued descendre / l'apprendre féminine, classiquee tomber / courber masculine, classiqueb sombre / nombre féminine, classiqueb sûr / l'azur masculine, classiqueb nuées / dénouées féminine, classiquec essieux / cieux masculine, classiqued tonnerre / ordinaire féminine, classiquee nuits / inouïs masculine, classiquef épouvantable / l'étable féminine, classiqueg bruits / construits masculine, classiquea L'immortelle / dit-elle féminine, classiqueb trépas / pas masculine, classiquec âme / flamme féminine, classiqued seul / linceul masculine, classiquee passe / l'espace féminine, classiquea terre / enfer / l'hiver masculine, classiquea fronde / ronde féminine, classiqueb mistral / sépulcral masculine, classiquea enserrent / passèrent féminine, classiqueb sondeurs / profondeurs masculine, classiquec conquises / banquises féminine, classiqued finit / granit masculine, classiquee pôle / l'épaule féminine, classiquef deuil / œil masculine, classiqueg neige / piège féminine, classiqueh éternel / ciel masculine, classiquei tête / s'arrête féminine, classiquej l'infini / banni masculine, classiquek vêtue / statue féminine, classiquel nuit / bruit masculine, classiquem voiles / étoiles féminine, classiquen milieu / Dieu masculine, classiquep aviron / clairon masculine, classiquea n'approche / roche féminine, classiqueb noirs / soirs masculine, classiquec tendres / cendres féminine, classiqued seuil / cercueil masculine, classiquea décombres / sombres féminine, classiqueb reçus / au-dessus masculine, classiquec l'aigle / règle féminine, classiqued trembler / parler masculine, classiquee l'antre / j'entre féminine, classiquea muet / remuait masculine, classiquec entendît / fendit masculine, classiqued ouverture / nature féminine, classiquee escarpement / l'élément masculine, classiquef enfermée / fumée féminine, classiqueg contour / jour masculine, classiqueb n'existe / triste féminine, classiquec nuit / luit masculine, classiqueb terrible / indivisible féminine, classiqueb échos / chaos masculine, classiquec inouïe / évanouie féminine, classiqueb s'abîmant / mouvement masculine, classiquec rêve / grève féminine, classiqueb autrefois / voix masculine, classiquea voile / toile féminine, classiqueb été / l'obscurité masculine, classiquec prolonge / songe féminine, classiqued tait / remontait masculine, classiquee guides / livides féminine, classiquef l'émouchet / touchait masculine, classiqueg monde / onde féminine, classiqueh Absent / passant masculine, classiqueb front / regarda / n’interrompt masculine, classiqueb sublime / abîme féminine, classiquec dissous / au-dessous masculine, classiqued l'ombre / sombre féminine, classiqueb enfui / Lui masculine, classiquea vertèbres / funèbres féminine, classiqueb l'animal / mal masculine, classiquec exécute / Chute féminine, classiquea gonflant / flanc masculine, classiqueb zèbres / ténèbres féminine, classiquec jais / objets masculine, classiqued piqûre / obscure féminine, classiquee vertigineux / nœuds masculine, classiquef brille / chenille féminine, classiqueg terni / infini masculine, classiquea gouffre / souffre féminine, classiqueb décharnements / moments masculine, classiquec Cause / chose féminine, classiqued détruit / nuit masculine, classiquee misère / nécessaire féminine, classiquef ver / hiver masculine, classiqueb impénétrable / misérable féminine, classiquec l'enfer / Lucifer masculine, classiqued forme / énorme féminine, classiquee rejeté / monstruosité masculine, classiquef amère / chimère féminine, classiqueg connaît / dessinait masculine, classiqueh aile / prunelle féminine, classiquei inouïs / nuits masculine, classiquej vertige / prodige féminine, classiquel l'insondable / regardable féminine, classiquem devenu / nu masculine, classiquen souffrance / transparence féminine, classiqueo noyé / pitié masculine, classiquep voûte / toute féminine, classiqueq refermant / d'évanouissement masculine, classiquea fosse / fausse féminine, classiqueb humains / mains masculine, classiquec lâche / tâche féminine, classiqued chevalier / geôlier masculine, classiquee glaive / relève féminine, classiquef prévaut / pivot masculine, classiqueg lave / esclave féminine, classiqueh combat / bât masculine, classiquei triste / résiste féminine, classiquej luit / bruit masculine, classiquek flamme / âme féminine, classiquel dédain / l'Éden masculine, classiquem venge / l'ange féminine, classiquen Trépas / pas masculine, classiqueo consomment / nomment féminine, classiquep nous / courroux masculine, classiqueq s'irrite / hypocrite féminine, classiquer esprits / mépris masculine, classiques bouillonne / Babylone féminine, classiquet cerveau / nouveau masculine, classiqueu tempête / tête féminine, classiquev fin / Caïn masculine, classiquew athée / jetée féminine, classiquex champ / touchant masculine, classiquey affreuse / creuse féminine, classiquez Paris / cris masculine, classiquea commence / immense féminine, non classiqueb bout / debout masculine, classiquec roue / écroue féminine, classiqued fers / l'univers masculine, classiquef proscrits / Paris masculine, classiqueg Romes / sommes féminine, classiqueh témoins / moins masculine, classiquei horrible / crible féminine, classiquej malheureux / eux masculine, classiquek ravage / Esclavage féminine, classiquel enfermé / formé masculine, classiquem onde / profonde féminine, classiquen Dieu / feu masculine, classiqueb n'anime / l'abîme féminine, classiquea vivant / avant masculine, classiquea il / muette / silhouette féminine, classiqueb s'évanouit / nuit masculine, classiquea fumée / fermée féminine, classiquea s'endormir / frémir masculine, classiqueb précipice / supplice féminine, classiqueb rajeuni / l'infini masculine, classiquec génie / l'insomnie féminine, classiquea Dormait / répit / s'assoupit masculine, classiqueb courses / sources féminine, classiquec éblouis / Louis masculine, classiqued moindre / poindre féminine, classiquee déjà / dégagea masculine, classiquef d'araignées / baignées féminine, classiqueg portefaix / stupéfaits masculine, classiqueh havre / cadavre féminine, classiquei souriant / dormait / s’écriant masculine, classiquea hais / bouche / farouche féminine, classiqueb traversé / baissé masculine, classiquec immobile / Songea / sibylle féminine, classiqueb réduit / nuit masculine, classiquea goutte / voûte féminine, classiqueb l'Etna / frissonna masculine, classiquec pâle / râle féminine, classiqued importun / Quelqu'un masculine, classiquea déployées / Entrait / broyées féminine, classiqueb Ossa / éclaboussa masculine, classiquec aile / pêle-mêle féminine, classiqued maudits / jadis masculine, classiquee tonnerre / tressaillit / extraordinaire féminine, classiquea descendait / clarté / épouvanté masculine, classiqueb pourriture / ouverture féminine, classiquec cieux / chassieux masculine, classiqued formidable / l'insondable féminine, classiquee souillé / fouillé masculine, classiquef traîtres / d'êtres féminine, classiqueg là / sembla masculine, classiqueh décombres / ombres féminine, classiquei foudroyés / effrayés masculine, classiquej nue féminine, classiquek revêt / levait masculine, classiquel vide / splendide féminine, classiqueb nuit / fuit masculine, classiqueb apparaître / être féminine, classiqueb avant-coureur / l'horreur masculine, classiquea cria / Lumière / Arrière féminine, classiqueb exclus / plus masculine, classiquea pas / tranquille / immobile féminine, classiqueb muet / aboya / huait masculine, classiquea approchait / stryge / prodige féminine, classiqueb devant / levant masculine, classiquea fantôme / dormait / dôme féminine, classiqueb comprit / esprit masculine, classiquea même / suprême féminine, classiqueb vit / venait masculine, classiqueb mesure / masure féminine, classiquec gravat / levât masculine, classiqueb flamme / trame féminine, classiquec noirs / miroirs masculine, classiqued visage / passage féminine, classiquee Golgotha / jeta masculine, classiquef profonde / monde féminine, classiqueb illimité / Fatalité masculine, classiquec voile / l'étoile féminine, classiqued suis / nuits masculine, classiquee phares / t'égares féminine, classiquef lieux / oublieux masculine, classiqueg s'aventure / sépulture féminine, classiquei cendre / prendre féminine, classiquej forêt / lèverait masculine, classiquek onglée / aveuglée féminine, classiquel firmament / châtiment masculine, classiquem créature / nature féminine, classiquen Satan / Léviathan masculine, classiqueo atome / fantôme féminine, classiqueb dédain / soudain masculine, classiquec obscure / mesure féminine, classiqued décroissait / poussait masculine, classiquee fange / l'ange féminine, classiquef flottant / instant masculine, classiqueg fournaise / braise féminine, classiqueh plus / reflux masculine, classiqueb morte / porte féminine, classiquea toujours / nuit / construit masculine, classiqueb humaine / amène féminine, classiqueb flottaient / pleura / étaient masculine, classiqueb étoiles / toiles féminine, classiquec méchant / penchant masculine, classiquee genoux / doux masculine, classiquef sphères / misères féminine, classiqueb perdit / maudit masculine, classiquec brille / fille féminine, classiqued dis / paradis masculine, classiquee sacrée / crée féminine, classiquef enfoui / Oui masculine, classiqueg difformes / dormes féminine, classiqueh firmament / seulement masculine, classiquei Père / repaire féminine, classiquej élus / plus masculine, classiquek d'écume / brume féminine, classiquel j'entends / temps masculine, classiquem nombre / l'ombre féminine, classiquen désespéré / pré masculine, classiqueo ensemble / tremble féminine, classiquep moi / effroi masculine, classiquea souille / J'agenouille féminine, classiqueb l'espoir / noir masculine, classiquec l'anathème / t'aime féminine, classiqued soutient / vient masculine, classiquee mange / ange féminine, classiquef l'immensité / Beauté masculine, classiqueg surnaturelle / elle féminine, classiqueh nuit / conduit masculine, classiquei Lui-même / diadème féminine, classiquej envahi / Adonaï masculine, classiquek roue / secoue féminine, classiquel front / s'interrompt masculine, classiquem dictames / âmes féminine, classiquen forêt / t'entourait masculine, classiqueo noire / gloire féminine, classiquep azurs / purs masculine, classiqueq d'étincelles / d'ailes féminine, classiquer charmant / l'éblouissement masculine, classiques archange / phalange féminine, classiquet constellations / traversions masculine, classiqueu d'astres / pilastres féminine, classiquev nouveau-né / infortuné masculine, classiquea plonge / songe féminine, classiquec Ève / sève féminine, classiqued l'alcyon / création masculine, classiquee funeste / peste féminine, classiquef fleurs / douleurs masculine, classiqueg gouverne / caverne féminine, classiqueh maintenant / l'espionnant masculine, classiquei naufrage / rage féminine, classiquej appartint / atteint masculine, classiquek racines / assassines féminine, classiquel loi / toi masculine, classiquem magnanime / crime féminine, classiquen démons / limons masculine, classiqueo traîtres / maîtres féminine, classiquep forçats / dressas masculine, classiqueq sublimes / pâlîmes féminine, classiquer rois / croix masculine, classiquea misère / serre féminine, classiqueb commencé / insensé masculine, classiquec courrouce / douce féminine, classiqued châtiment / tourment masculine, classiquee souffre / soufre féminine, classiquef l'avouer / échouer masculine, classiqueg base / écrase féminine, classiqueh présent / gisant masculine, classiquei saigne / plaigne féminine, classiqueb pleurer / toi / éclairer masculine, classiqueb chaîne / humaine féminine, classiquec calmant / accablement masculine, classiquee jour / vautour masculine, classiquef répandre / tendre féminine, classiqueg Abel / Babel masculine, classiqueh spirales / sépulcrales féminine, classiquei fermais / Permets masculine, classiquej sombre / l'ombre féminine, classiquek mal / baptismal masculine, classiqueb reparaisse / caresse féminine, classiquec Consens / innocents masculine, classiqued souffrance / Délivrance féminine, classiquee cieux / factieux masculine, classiquef sphère / faire féminine, classiqueg d'infini / béni masculine, classiqueh j'aille / bataille féminine, classiquei raison / l'horizon masculine, classiquej roule / croule féminine, classiquek qu'enfin / faim masculine, classiquel démence / immense féminine, classiquea parlait / lait masculine, classiqueb ouverte / verte féminine, classiquec moment / éperdument masculine, classiqued s'efface / face féminine, classiquee ténébreux / entr'eux masculine, classiquef armées / fermées féminine, classiqueg noircis / sourcils masculine, classiqueh inconnue / nue féminine, classiquei enfin / séraphin masculine, classiquej fièvres / lèvres féminine, classiquek souleva / Va masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

1253 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources