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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La fin de satan, 1886· Livre deuxième Le gibet

Le gibet Iii

Victor Hugo· alexandrins, 1420 vers

III Le triomphe

C'est ainsi que chantait,‖ devant le ciel qui brille,Le jeune homme alternant‖ avec la jeune fille,Un groupe des enfants‖ du bourg de Bethphagé.Au-delà d'un vallon‖ de brume submergé,On distinguait des tours,‖ un mur blanc, une porte ;C'était Jérusalem.‖ L'encens que l'aube apporte,Les souffles purs, les fleurs‖ s'éveillant dans les bois,Les rayons, se mêlaient‖ à l'ivresse des voix ;Et c'était à côté‖ du chemin de la ville.Hors du village, et près‖ de la borne du Mille,Tout en allant aux champs,‖ ils s'étaient rencontrés ;L'herbe était verte, et l'aube‖ éblouissait les prés ;Les hommes avaient dit :‖ Trêve au travail austère !Et les femmes avaient‖ posé leur cruche à terre,Et, sereins, ils s'étaient‖ mis à chanter, tandisQue les oiseaux poussaient‖ des cris du paradis ;Une aïeule riait‖ au seuil d'une masure ;Trois laboureurs hâlés,‖ pour marquer la mesure,Frappaient la terre avec‖ le manche de leur faulx ;Les vierges, au front pur‖ comme un lys sans défauts,Songeaient, et, l'œil noyé,‖ la bouche haletante,Regardaient l'horizon‖ dans une vague attente.Tout à coup, au moment‖ où les femmes en chœurJetaient aux forêts l'hymne‖ enflammé de leur cœurQue marquait la cadence‖ agreste des faucilles,Quelqu'un dit : — Écoutez !‖ paix ! — Et les jeunes fillesS'arrêtèrent, le doigt‖ sur la bouche, entendantDerrière le coteau‖ brûlé du jour ardent,D'autres voix qui chantaient,‖ douces comme des âmes :

— « Le bien-aimé, celui‖ que vous attendez, femmes,« C'est celui-ci qui passe‖ et que nous amenons.« Le triomphe nous a‖ choisis pour compagnons,« La lumière permet‖ que nous marchions près d'elle,« Et nous menons le maître‖ à son peuple fidèle,« Voici le bien-aimé‖ des âmes ! et celui« Sur qui la grande étoile‖ éblouissante a lui !« Toutes les majestés‖ forment son diadème ;« Il pourrait foudroyer,‖ il préfère qu'on l'aime ;« Il console Rachel,‖ il relève Sara ;« Il marche entre la joie‖ et la gloire ; il sera« Comme un bouquet de myrrhe‖ entre deux seins célestes ;« Son sceptre anéantit‖ dans les rayons les restes« Du vieux monde terrible‖ où se tord le serpent ;« Son nom divin est comme‖ une huile qu'on répand ;« Au-dessus de sa tête,‖ étonnement des anges,« Le ciel est un murmure‖ immense de louanges ;« Il est plus glorieux‖ qu'Alexandre, et plus beau« Que Salomon qui tient‖ un lys dans son tombeau ;« Il a pour champ la terre,‖ et l'esprit pour domaine ;« Il vient ôter la nuit‖ de dessus l'âme humaine ;« Il fera reculer‖ l'Hydre qui triomphait,« Il transfigurera‖ le monde stupéfait ;« L'abîme le regarde‖ et l'aurore l'approuve ;« Le grondement du tigre‖ et le cri de la louve,« La haine, la fureur‖ soulevant un pavé,« La guerre, se tairont‖ devant son doigt levé.« Dans son immensité‖ Moloch s'écroule et sombre.« Il est sans tache, il est‖ sans borne, il est sans nombre ;« Il produit, en fixant‖ au ciel son œil béni,« La disparition‖ du mal dans l'infini.« Les chars de Pharaon‖ près de lui sont de l'ombre.« Il est plus radieux‖ que Nemrod n'était sombre ;« Il brille plus qu'Ammon‖ à qui rien ne manquait,« Et dont le trône était‖ le centre d'un banquet ;« Il dépasse Cyrus,‖ debout sur son pilastre.« Peuple, toute son âme‖ est une clarté d'astre.« C'est un roi ; plus qu'un roi.‖ C'est lui le Conquérant,« C'est lui l'élu, c'est lui‖ le vrai, c'est lui le grand !« Gloire à lui ! Le soleil‖ le voit, l'ombre l'écoute. »Alors on aperçut,‖ au détour de la route,Un homme qui venait‖ monté sur un ânon.

Cet homme, dont chacun‖ se redisait le nom,Était le même à qui‖ naguère un prêtre blêmeAvait jeté du haut‖ du temple l'anathème.Il avait les cheveux‖ partagés sur le front ;Des femmes qui riaient‖ et qui dansaient en rond,Le suivaient, et de fleurs‖ elles étaient couvertes,Et des petits enfants‖ portaient des branches vertes ;Et de partout, des champs,‖ des toits, des bois obscurs,Et de Jérusalem‖ dont on voyait les murs,Sortait la foule, gaie,‖ heureuse, pêle-mêle ;Des mères lui montraient‖ leur fils à la mamelle,Et les vieillards criaient :‖ Hosanna ! Quelques-unsSoufflaient sur des réchauds‖ où brûlaient des parfums ;Il s'avançait avec‖ le calme du mystère ;Et ces hommes louaient‖ cet homme, et sur la terreÉtendaient leurs habits‖ pour qu'il passât dessus ;Quelques lambeaux de pourpre‖ à la hâte coususFaisaient une bannière‖ en avant du cortège ;Et tous disaient : — Que Dieu‖ le Père le protège !Voilà celui qui vient‖ pour nous rendre meilleurs ! —Lui, pensif, regarda‖ Jérusalem, les fleurs,Le soleil au plus haut‖ des cieux comme une fête,Ces tapis sous ses pieds,‖ ces rameaux sur sa tête,Et les femmes chanter,‖ et le peuple accourir,Et sourit, en disant :‖ Je vais bientôt mourir.

IV Le devoir

Marie était assise‖ entre Thomas et Jude ;Et le maître debout‖ disait : — La solitudeEst un rayon d'en haut‖ qu'on met dans son esprit ;Mais le sauveur va droit‖ au peuple et s'y meurtrit ;Dieu livre le Messie‖ aux multitudes viles ;La palme ne croit pas‖ aux déserts, mais aux villes ;Malheur à qui se cache‖ et malheur à qui fuit !Laissons mûrir sur nous‖ la mort ainsi qu'un fruit ;Et ne la troublons pas‖ dans sa lente croissance ;Dieu, quand il juge un homme‖ en sa toute-puissance,Voit ce qu'il a vécu‖ moins que ce qu'il a fait ;Au soleil de la mort‖ David se réchauffait ;Ce serait mal aimer‖ un frère que lui dire :Recule ! quand vers Dieu‖ le sépulcre l'attire ;Et ce serait haïr‖ et perdre son enfantQue l'ôter du chemin‖ funeste et triomphant ;Le calice est amer,‖ mais l'exemple est utile ;Et c'est pourquoi je suis‖ venu dans cette ville.

Ainsi parlait le fils‖ et la mère écoutait.

V Deux différentes manières d’aimer

C'est l'heure où le ramier‖ rentre au nid et se tait.

Une femme se hâte‖ en une rue étroite ;Elle regarde à gauche,‖ elle regarde à droite,Et marche. S'il faisait‖ moins sombre au firmament,On pourrait à ses doigts‖ distinguer vaguementLe cercle délicat‖ des bagues disparues ;Son pied blanc n'est pas fait‖ pour le pavé des rues ;Elle porte un long voile‖ aux plis égyptiensPlein de rayons nouveaux‖ et de parfums anciens ;Jeune et blonde, elle est belle‖ entre toutes les femmes ;Elle a dans l'œil des pleurs‖ semblables à des flammes ;C’est Madeleine, sœur de Lazare.

Elle court.Près de son pas céleste‖ un oiseau serait lourd.Où va-t-elle ?

Il est nuit, et personne ne passe.

Une lumière brille‖ en une maison basse.

Une autre femme, grave,‖ est debout sut le seuil.Son front est gris ; elle est‖ sévère sans orgueil,Douce comme un enfant‖ et grande comme un sage.Elle pleure et médite ;‖ on voit sur son visageLa résignation‖ au sacrifice noir ;On dirait la statue‖ en larmes du devoir ;Le cœur tremblant s'appuie‖ en elle à l'âme forte ;C’est la mère.

Elle a l’air de garder cette porte.

Madeleine l'aborde,‖ et presque avec des crisLui parle, et s'épouvante,‖ et tord ses bras meurtris.

— Mère, ouvre-moi. Je viens.‖ Il s'agit de sa vie.Me voici. J'ai couru‖ de peur d'être suivie.On creuse l'ombre autour‖ de ton fils. Je te disQue je sens fourmiller‖ les serpents enhardis.J'ai connu les démons,‖ du temps que j'étais belle ;Je sais ce que l'enfer‖ met dans une prunelle ;Je viens de voir passer‖ Judas ; cela suffit.C'est un calculateur‖ de fraude et de profit ;C'est un monstre. Ouvre-moi,‖ que j'entre chez le maître.Le temps presse. Il sera‖ trop tard demain peut-être.Il faut que ce soir même‖ il fuie, et que jamaisIl ne revienne ! ô mère !‖ et, si tu le permets,Je vais l'emmener, moi !‖ Ces prêtres sont infâmes !Manquer sa mission,‖ ne point sauver les âmes,Que nous importe, à nous‖ les femmes qui l'aimons !Il sera mieux avec‖ les tigres dans les montsQue dans Jérusalem‖ avec les prêtres. Mère,Qu'il renonce au salut‖ des hommes, sa chimère,Qu'il fuie ! Oh ! n'est-ce pas ?‖ nous baisons ses talons,Et qu'il vive, voilà‖ tout ce que nous voulons.Ces juifs l'égorgeront !‖ Demande à ma sœur MartheSi c'est vrai, s'il n'est pas‖ nécessaire qu'il parte.Laisse-moi l'arracher‖ à son affreux devoir !Oh ! te figures-tu‖ cela, mère ? le voirSaisi, lié, tué‖ peut-être à coups de pierre !O Dieu ! le voir saigner,‖ lui, ce corps de lumière !Ouvre-moi. Je sais bien‖ qu'il est dans ta maisonPuisque je vois sa lampe‖ à travers la cloison.O mère, laisse-moi‖ l'implorer pour que viteIl s'en aille et s'échappe‖ et qu'il prenne la fuite !A quoi songes-tu donc‖ que tu ne réponds rien ?Si tu veux, à nous deux,‖ nous le sauverons bien !Veux-tu te joindre à moi‖ pour arracher notre angeAu gouffre monstrueux‖ de ce devoir étrange,Aux bourreaux, à Judas,‖ son hideux compagnon ?

La mère en sanglotant‖ lui fait signe que non.

VI Après la pâque

On était aux grands jours‖ où le temple flamboie,Où les petits enfants‖ s'éveillent pleins de joie ;La Pâque était venue.‖ On avait dans les foursCuit le pain sans levain‖ qu'on vend aux carrefours.

Or Jésus-Christ était‖ sur la montagne obscure ;Au lieu même où plus tard‖ fut un temple à MercureBâti par Adrien,‖ détruit par Constantin.

C'était le soir ; Jésus‖ avait dit le matinAux disciples rangés‖ autour de lui : « — Vous, Jacques,« Vous, Pierre, vous, Thomas,‖ voici le jour de Pâques ;« Vous irez dans la ville‖ où des gens passeront ;« Vous trouverez un homme‖ ayant sa cruche au front ;« À l'endroit où cet homme‖ ira, quel qu'il puisse être,« Vous irez à sa suite,‖ et vous direz : — Le Maître« Vient faire ici la Pâque.‖ — Et pour cette raison« Le maître du logis‖ donnera sa maison.« Il sied que Dieu toujours‖ nous mène où bon lui semble.« Et nous célébrerons‖ la Pâque tous ensemble.

Et cela s'était fait‖ ainsi qu'il l'avait dit.

Ce que la Cène vit‖ et ce qu'elle entenditEst écrit, dans le livre‖ où pas un mot ne change,Par les quatre hommes purs‖ près de qui l'on voit l'ange,Le lion, et le bœuf,‖ et l'aigle, et le ciel bleu ;Cette histoire par eux‖ semble ajoutée à DieuComme s'ils écrivaient‖ en marge de l'abîme ;Tout leur livre ressemble‖ au rayon d'une cime ;Chaque page y frémit‖ sous le frisson sacré ;Et c'est pourquoi la terre‖ a dit : Je le lirai !Les âmes du côté‖ de ce livre mendient,Et vingt siècles penchés‖ dans l'ombre l'étudient.

C'était donc le soir même‖ où cet être divinVenait de partager‖ le gâteau sans levain ;Christ, assis, lui treizième,‖ au centre de la table,— Et ce noir chiffre Treize‖ est resté redoutable, —Avait rompu le pain,‖ versé le vin, disant :« Mangez, voici ma chair ;‖ buvez, voici mon sang. »Puis il avait repris :‖ « Allons où Dieu nous mène ! »Et tous étaient allés‖ en sortant de la CèneAu jardin qui fleurit‖ derrière le Cédron.

Ce torrent, que jamais‖ n'a touché l'aviron,Coulait hors de la ville‖ au pied d'une colline.Les pâtres y montraient‖ la cave sibyllineDe Lilith, femme spectre,‖ amante du démon ;C'est près de ce coteau‖ que le prêtre SimonFit creuser le canal‖ à laver les hosties ;Des sources y versaient,‖ à travers les orties,Une eau qui de la ville‖ emplissait les viviers ;Et ce lieu s'appelait‖ le Mont des Oliviers.

On venait sur ce mont‖ aux époques de jeûnes.

Une plantation‖ d'oliviers alors jeunesLe couvrait en effet,‖ jetant aux verts sentiersUne ombre qui faisait‖ durer les églantiers.Christ y vint, murmurant‖ tout bas : Que Dieu m'assiste !Et ce qui s'y passa‖ ce soir-là fut si triste,Si lâche et si fatal‖ qu'aujourd'hui ce jardinEst voisin de l'enfer‖ comme du ciel l'Éden.

Voici ce que Jésus‖ disait sur la montagne ;« Ce qu'on perd sur la terre‖ au ciel on le regagne.

« Qui regarde en arrière‖ et s'étonne de peu,« Celui-là n'est pas propre‖ au royaume de Dieu.

« Dieu se dévoile assez‖ pour que l'homme le voie.

« Je suis moins grand que lui,‖ mais c'est lui qui m'envoie.« Quand je parle, c'est lui‖ qui dit ce que je dis.

« Si vous vous aimez bien,‖ voilà le paradis.

« Soyez bons. Dieu choisit‖ ceux que je lui désigne.

« Il est le vigneron,‖ et moi je suis la vigne.« Il viendra, comme il fit‖ pour Job et pour Amos,« Une serpe à la main,‖ émonder mes rameaux,« Et, gardant les féconds,‖ coupera les stériles.

« Enseignez tendrement‖ le peuple dans les villes,« Souriez, n'ayez point‖ entre vous de débats.

« Quand vous êtes parmi‖ les tombes, parlez bas ;« Car au fond du sépulcre‖ une oreille est ouverte ;« Ceux qu'on croit endormis‖ sous la grande herbe verte,« Écoutent, et vos voix‖ leur parlent dans les vents,« Et sachez que c'est là‖ la maison des vivants.

« Qui maudit doit trembler.‖ Ne faites rien trop vite.« Esdras, voyant l'enfant‖ d'une femme maudite,« Le prit et le jeta‖ tout vivant dans la mer« Par l'effet surprenant‖ d'un zèle trop amer.« Dieu l’a puni.

Marchez dans la route tracée.« Aimez. N'enviez pas‖ à d'autres leur pensée ;« Il faut se contenter‖ des lumières qu'on a ;« L'un est plus sage et l'autre‖ est plus doux ; Dieu donna« Plus de fruit au figuier,‖ plus d'ombre au sycomore.« Croyez. »

Il ajouta d’autres choses encore ;Puis soudain il dit, pâle‖ et d'un frisson saisi :

— Allons ! celui qui doit‖ me vendre est près d'ici.

VII Commencement de l’angoisse

Alors il s'éloigna‖ de près d'un jet de pierre,Et se mit à genoux,‖ et fit une prière.

Il resta longtemps seul‖ et comme plein d'effroi.

Il disait : — « Écartez‖ ce calice de moi,« Seigneur ! S'il faut mourir‖ pourtant, que la mort vienne !« Que votre volonté‖ soit faite, et non la mienne. »

Le reste dans le ciel‖ ténébreux se perdit.

Les disciples dormaient.‖ Christ revint, et leur dit :

— Quoi donc ! vous n'avez pu‖ même veiller une heure !

Il reprit :

— C’est ainsi qu’il convient que je meure.Cela doit être, et nul‖ au monde n'y peut rien.Je suis venu pour être‖ abandonné. C'est bien.Il faut qu'on me rejette‖ ainsi qu'un misérable.

On distinguait au loin‖ le temple vénérableBâti par Salomon‖ sur le mont Moria.

— Pardon pour tous ! dit Christ.‖ Mais Pierre s'écria :

— Si quelqu'un vous délaisse‖ et vous quitte, ô mon maître,Ce ne sera pas moi,‖ car je suis votre prêtre.Que le tombeau pour vous‖ s'ouvre, j'y descendrai.

Jésus lui répondit,‖ calme, tandis qu'André,Jude et Thomas tournaient‖ vers lui leurs têtes grises :

— Vous m'aurez renié,‖ vous Pierre, à trois reprisesQue le coq n'aura pas‖ encor chanté trois fois.

VIII Christ voit ce qui arrivera

Il alla de nouveau‖ prier au fond du bois.

Il songeait, et sa voix disait :

— Mon âme est tristeJusqu'à la mort ; et l'homme‖ en moi tremble et résiste ;Je frémis comme Job,‖ je crains comme Judith.

Puis il parla si bas‖ que Dieu seul entendit.

Soudain il s'écria,‖ pâle comme un prophète :

— Deuil, lamentation‖ et douleur sur ta tête,O Balaath qu'emplit‖ un peuple querelleur !Malheur, Corozaïm !‖ Bethsaïde, malheur !Parce que vous avez‖ dédaigné mes oracles,Parce que si j'avais‖ fait les mêmes miracles,Crié le même appel‖ et le même pardonDans Ninive aux cent tours,‖ dans Tyr et dans Sidon,On aurait vu pleurer‖ Ninive, et Tyr descendreDe son trône, et Sidon‖ vêtir le sac de cendre !C'est fini. Je vous vois‖ désertes. Vous voilàMuettes comme un lac‖ dont toute l'eau coula.Vos jardins ont l'odeur‖ des charniers insalubres.Tout croule. Vos palais‖ sont devenus lugubresSous le passage obscur‖ des châtiments divins ;Ce sont des pans de mur‖ inutiles et vains ;Les mâchoires des morts‖ ne sont pas plus terribles.Malheur ! on ne voit plus‖ le grain sortir des cribles ;Plus de fille de joie‖ assise sur son lit ;On n'entend plus cracher‖ les passants ; l'herbe emplitLes sentiers que suivaient‖ les mulets et les zèbres.Le plein midi ne fait‖ qu'augmenter vos ténèbres ;On a beau peindre en blanc‖ le sépulcre, il est noir.Le soleil est présent‖ à votre désespoir ;Vos décombres sont pleins‖ d'antres épouvantables.O Moïse, ils ont fait‖ une fêlure aux tables,Ils ont brisé la loi ;‖ c'est bien, mourez. Assez !Vous serez si tremblants,‖ peuples, et si chassésQue vous ferez sous terre‖ une seconde ville.Comme sous le pressoir‖ on voit déborder l'huile,Le sang en longs ruisseaux‖ jaillit sous le talonDes princes écrasant‖ Ruben et Zabulon ;Isaachar et Lévi‖ sont abolis. PartageEt désert, comme après‖ la chute de Carthage.On vend un peuple ainsi‖ qu'une bête au marché.Malheur, Jérusalem !‖ ô maison du péché,Malheur ; tu seras morte‖ entre les cités mortes ;Les rois feront sculpter‖ un pourceau sur tes portes ;Tu seras une ville‖ infâme et sans témoin,Qu'il sera défendu‖ de regarder de loin.La femme pleurera‖ d'être grosse ou nourrice.Qui te verra croira‖ qu'il voit la cicatriceDes tonnerres au front‖ du monde châtié ;Et tu seras l'endroit‖ où finit la pitié.

Quand il eut ainsi fait‖ des reproches aux villes,Il s’approcha des siens et dit :

— Soyez tranquilles ;Ce n'est pas à présent‖ votre jour, c'est le mien.Tout est bon si ma mort‖ enseigne, tout est bienSi dans la vérité‖ l'homme se désaltère.Or je m'élèverai‖ de dessus cette terreEt j'attirerai tout‖ à moi du haut du ciel.Christ finit le combat‖ commencé par Michel.

Son œil devint étrange‖ et semblait voir des chosesAu fond de son esprit‖ confusément écloses.

— Les trois femmes en deuil‖ dans la tombe entreront,Marchant l'une après l'autre,‖ humbles, courbant le frontA cause du lieu bas‖ et de l'entrée étroite,Et verront un jeune homme‖ assis dans l'angle à droiteQui leur dira, serein‖ comme un soleil levant :« Pourquoi donc chez les morts‖ cherchez-vous le vivant ?

La vision d'un être‖ inouï qui se lèveDans un sépulcre avec‖ la lumière du rêve,Fera fuir les soldats‖ pleins d'un effroi sacré.

Trois jours après ma mort‖ je ressusciterai ;Mais quand j'apparaîtrai‖ blanc près de la fontaine,Vous me verrez ainsi‖ qu'une forme incertaine ;Madeleine croira‖ que c'est le jardinier ;Thomas commencera‖ par douter et nier,Mais les trous de mes pieds‖ le forceront à croire ;Et quand il aura mis‖ dans ma blessure noireSon doigt qu'il ôtera‖ tiède et mouillé de sang,Il s'en ira songer‖ dans l'ombre en frémissant.

Priez. Ne livrez point‖ ma doctrine aux querelles.Est-ce que les épis‖ sont pour les sauterelles ?Quand je serai parti,‖ vous répandrez ma loi.Beaucoup se tromperont,‖ l'erreur naîtra de moi.L'ombre est noire toujours‖ même tombant des cygnes.

Quand je ne serai plus‖ vous verrez de grands signes.Les ténèbres croîtront‖ sur le front d'Israël ;On entendra parler‖ une voix dans le ciel,Et tous regarderont‖ l'ombre extraordinaire :Luc dira : c'est un ange ;‖ et Jean, c'est le tonnerre.

Je porterai les cœurs‖ ainsi que des fardeaux ;Des laboureurs feront‖ des sillons sur mon dos ;Ces laboureurs, c'est vous ;‖ et votre œuvre est austère.L'homme n'a rien, ni sac‖ plein d'or, ni coin de terre,Qu'il puisse regarder‖ ici-bas comme sien.Allez sans hésiter‖ dire au pharisien :« Prends garde à cette fange‖ immonde où tu te vautres ! »Soyez doux. Aimez-vous‖ toujours les uns les autres.

En cet instant Jésus‖ tressaillit, se parlaA lui-même, et, fermant‖ les yeux, dit : le voilà.

Judas parut suivi‖ d'hommes armés d'épées.

IX Judas

Et Judas s'approchant,‖ blême et les mains crispées,Baisa Christ.

Et le ciel sacré fut obscurci.

— Mon ami, dit Jésus,‖ que viens-tu faire ici ?

Puis il reprit, tourné vers Dieu :

— Tu m’abandonnes ;Mais je ne perds aucun‖ de ceux que tu me donnes,Seigneur. Ma mort suffit,‖ et seul je la subis.Le pasteur doit périr‖ en sauvant les brebis.

Et, désignant du doigt‖ ses disciples, le maîtreDit aux soldats :

— Le Christ est facile à connaître.Je suis celui qu'on cherche‖ et dont on a souci.Me voilà. Prenez-moi.‖ Laissez aller ceux-ci.

Or Simon surnommé‖ Pierre avait une épée,Il cria :— Dieu par qui Jézabel fut frappée,Viens défendre ton Christ,‖ ô Dieu qui châtiasHérode pour avoir‖ fait mourir Mathias !

Et, levant son épée,‖ il vint droit à la troupe,Et blessa le premier‖ qui s'offrit dans le groupe,Un nommé Malchus, aide‖ et garde du bourreau.— Remettez, dit Jésus,‖ votre épée au fourreau.Qui frappe avec le glaive‖ est frappé par le glaive.Il reprit : — Puisqu'on a‖ commencé, qu'on achève. —Et se mit de lui-même‖ au milieu des soldats.Il ne regardait rien,‖ pour épargner Judas.Quelqu'un du temple dit :‖ — Marchons. L'heure s'écoule.— Vous pouviez me saisir‖ tous les jours dans la foule,Dit Jésus, en offrant‖ aux cordes ses poignets ;Quand j'allais dans le temple‖ et lorsque j'enseignais,J'étais sous votre main.‖ Vous n'aviez qu'à l'étendre ;Et c'est par trahison‖ que vous venez me prendre !Et vous venez la nuit‖ comme pour un voleur !Je pourrais dire à Dieu :‖ Père, apparaissez-leur !Et vous entendriez‖ accourir les tempêtes,Et vous verriez, tremblants,‖ au-dessus de vos têtes,S'ouvrir et flamboyer‖ l'ombre, et des millionsD'anges, et tout l'abîme‖ avec tous ses lions !Et si j'ajoutais : Viens‖ toi-même ! vos prunellesVerraient soudain, parmi‖ les foudres éternelles,Sortir de la nuée‖ un front prodigieux !Mais il ne convient pas‖ que j'appelle les cieux ;Faites ; car c'est ici‖ votre heure, et la puissanceDes ténèbres, et Dieu‖ vous livre l'innocence ;Et tout doit s'accomplir‖ ainsi qu'il est écrit.

Alors on acheva‖ de lier Jésus-Christ ;Et le chef dit : — Il faut‖ l'emmener. Ce qu'ils firent.Et tous ceux que cet homme‖ avait aimés, s'enfuirent.

X Lilith-Isis

Ô Jean, visionnaire‖ effaré de Pathmos,Comme tu te cachais‖ derrière les rameaux,Avec saint Marc, alors‖ jeune et l'un des lévites,En vous penchant parmi‖ les arbres noirs, vous vîtesSur la colline un être‖ effrayant, vague, seul,Debout dans le frisson‖ livide d'un linceul ;C'était de l'ombre ayant‖ la forme d'une femme ;Cet être guettait Christ‖ dans cette troupe infâme,Comme s'il était là‖ pour une mission ;Or la bande aperçut,‖ en rentrant dans Sion,Cette femme fixant‖ sur eux dans les ténèbresSes deux yeux qui semblaient‖ deux étoiles funèbres ;Un d'eux, que le Toldos‖ appelle Eddon-Azir,Courut vers elle, et comme‖ il allait la saisir,L'être, pareil aux feux‖ fuyant dans l'ossuaire,Disparut, lui laissant‖ dans les mains le suaire.

Et plus tard, les soldats,‖ contant après l'arrêtComment ils avaient pris‖ Jésus de Nazareth,Dirent qu'ils avaient vu‖ sur la montagne sombreLa fille de Satan,‖ la grande femme d'ombre,Cette Lilith qu'on nomme‖ Isis au bord du Nil.

XI Jésus chez Anne

Jésus lié marchait‖ disant : Ainsi soit-il !

On le mena d'abord‖ chez Anne, ancien grand-prêtre,Pour qu'il attendit là‖ l'heure de comparaître,Des servantes, des gueux,‖ des vendeurs de poissons,Des sacrificateurs‖ vêtus de caleçons,Le flot des curieux‖ qui passe et qui repasse,Entouraient Christ assis‖ dans une salle basse ;Il était nuit ; mais Anne,‖ étant levé déjà,Descendit, vint trouver‖ Christ, et l'interrogea.Et Christ lui répondit :‖ — Interrogez la foule.J'ai versé mon esprit‖ comme une eau qui s'écoule.Prêtre, j'ai deux témoins :‖ l'homme et le firmament.Parlez-leur. J'enseignais‖ partout publiquement.Et quant à mon royaume,‖ il n'est pas de la terre.Je n'ai rien à vous dire‖ et n'ai rien à vous taire.Qu'est-ce que vous venez‖ demander à présent ? —Un soldat le frappa‖ de sa verge en disant :— Est-ce ainsi qu'on répond‖ à notre ancien grand-prêtre ?— Si j'ai mal dit, tu peux‖ blâmer, dit le doux maître ;Mais si j'ai bien parlé,‖ pourquoi me frappes-tu ?Anne disait, s'étant‖ à la hâte vêtu :— J'ai froid. — Et tous criaient :‖ — C'est un impie ! Exemple !Châtiment ! il a dit‖ qu'il détruirait le temple,Seigneur, et qu'en trois jours‖ il le rebâtirait.— Peuple, le tribunal‖ prononcera l'arrêt,Dit Anne, et non pas moi :‖ car je n'en suis plus membre.

Et, leur laissant leur proie,‖ il rentra dans sa chambre.

Alors, ayant bandé‖ les yeux du patient,Ils l'outragèrent, tous‖ pêle-mêle, et criant :— Devine qui te frappe !‖ et prophétise, ô sage !Dis-nous quel est celui‖ qui te crache au visage ?Fais sécher, si tu peux,‖ le poing qui te meurtrit,Messie !

Et les valets souffletaient Jésus-Christ.

XII Les dix-neuf

Le jour est loin encor,‖ pas un rayon n'effleureL'orient froid et noir,‖ mais on devance l'heure.

Les juges, dont l'orgueil‖ est d'aller lentement,Montent au tribunal‖ d'un air calme et dormant.Le grand-prêtre en souliers,‖ les prêtres en sandales,Marchent tous à la file‖ et traversent les dalles.Chacun d'eux a son nom‖ sur sa chaise gravé.Le Gabbatha, qu'on nomme‖ aussi le Haut-Pavé,Est le palais lugubre‖ où le tribunal siège.

Devant la porte, un vase,‖ où sur l'eau flotte un liège,Semble dire au passant,‖ qui songe avec effroi :L'eau c'est le peuple, et rien‖ ne submerge la loi.

Le sanhédrin, sous qui‖ la Judée est courbée,Ébauché par Moïse,‖ accru par Macchabée,Depuis qu'il a subi‖ l'arrogant examenDu préteur Gabinus,‖ œil du sénat romain,Se réfugie, ainsi‖ qu'une orfraie effarée,Dans une sorte d'ombre‖ inquiète et sacrée ;Jadis le peuple vil‖ qui fourmille au soleilParfois apercevait‖ cet austère appareilQue la loi triste emplit‖ de sa vague colère,Les tables, les gradins,‖ la chambre circulaire,Les docteurs dans leur chaire‖ assis sur les hauteurs,Les scribes dans leur stalle‖ aux genoux des docteurs,Et l'essaim des enfants‖ aux robes incarnates,Les lévites, épars‖ à terre sur les nattes ;Maintenant tout est clos.‖ C'est loin de tous les yeuxQue le Prince s'assied,‖ spectre mystérieux,Ayant le Père à droite,‖ ayant le Sage à gauche ;C'est dans l'obscurité‖ qu'on laboure et qu'on fauche ;Rome pouvant entendre,‖ on cache les débats ;Le sanhédrin se mure‖ et la loi parle bas.

Donc depuis Gabinus,‖ ce sénat de prièreQui s'assemble au lieu dit‖ le Conclave de Pierre,Ce sanhédrin qui fait‖ une haie à la loi,Qui seul sait le comment‖ et seul dit le pourquoi,Pour punir le blasphème‖ a commis dix-neuf juges.Ces dix-neuf, devant qui‖ l'impie est sans refuges,Comme Dieu sur l'Horeb‖ sont sur le Gabbatha.

La salle est large et haute.‖ Oliab la sculpta.La nuit ne sort jamais‖ de ce lieu sans fenêtres.Une lampe suffit‖ au front blême des prêtres.Dix-neuf chaises de cèdre,‖ au fond du cintre obscur,Mêlent leur double étage‖ aux ténèbres du mur ;On sent que là, vertu,‖ crime, innocence et vice,Tremblent devant cette ombre‖ humaine, la justice.

La poussière des ans,‖ près du plafond, ternitUn chérubin ouvrant‖ six ailes de granit.

Les taffilins, nommés‖ par les grecs phylactères,Couvrent la voûte ; à l'or‖ de leurs saints caractères,Textes brumeux épars‖ sur des plaques de fer,La lampe par instant‖ arrache un vague éclair.

Les juges, les voici :‖ huit scribes, tête nue ;Quatre docteurs qu'emplit‖ la science inconnue,Ceints du taled, l'esprit‖ hors du monde réel ;Et, mêlés aux docteurs,‖ sept anciens d'Israël,Vêtus de blanc, pensifs‖ sous leurs turbans à mitres.

Sabaoth luit dans l'œil‖ de ces sombres arbitres.

En montant à sa place,‖ ainsi qu'Aaron faisait,Chaque juge récite‖ à voix haute un verset ;On dirait que la loi‖ farouche les enivre.

Le sciamas tient les clefs ;‖ le cazan tient le livre.

L'œil fixé sur le texte‖ écrit par David roi,Les deux hommes nommés‖ les Époux de la LoiLisent, en alternant‖ d'une grave manière,L'un la première page‖ et l'autre la dernière.

La lampe a quatre bras‖ comme celle d'Endor.

Un degré de sithim‖ étoilé de clous d'orExhausse un large trône‖ en ivoire où présideCaïphe destiné‖ dans l'ombre au suicide.Ses souliers sont de pourpre‖ et sa robe est de lin ;Autour de chaque bras‖ il porte un taffilinOù l'on peut lire un vers‖ résumant la doctrine ;Et le rational‖ qu'il a sur la poitrineMêle à la majesté‖ de ses sacrés habitsTous les noms des tribus‖ gravés sur des rubis ;Le grand-prêtre est assis,‖ fatal comme un prophète ;Et l'on voit remuer‖ vaguement sur sa tête,Comme au vent de la nuit‖ brille et tremble un fanal,La tiare, clarté‖ du sombre tribunal.

La rumeur des versets‖ qu'on récite s'apaise ;On se tait ; chaque juge‖ est assis dans sa chaise.

Christ est debout devant‖ ces hommes ténébreux ;Son œil inépuisable‖ en rayons luit sur eux.

XIII La chose jugée

L'huissier du dogme dit :‖ — Silence ! on délibère.Gloire au Dieu saint ! et gloire‖ à l'empereur Tibère !

Rosmophim parle. Il dit :‖ — « L'homme que vous voyez« Rit des lois et des saints‖ par Dieu même envoyés ;« Il se croit plus grand qu'eux‖ et se prétend Messie.« Il se dit Roi des Juifs.‖ Il ment. L'arche est noircie,« O Prêtres, par la nuit‖ qui sort de ses discours.« Cet homme doit mourir.‖ Nos pères ont toujours« Fait creuser des tombeaux‖ par la loi violée.

Josaphat crie : — « A mort‖ l'homme de Galilée !

« — Observons la loi, dit‖ Achias de Membré.« Il faut que par le prêtre‖ au prince il soit livré,« Et qu'Hérode l'envoie‖ à Pilate. A quoi servent« Des lois que ni le roi‖ ni le juge n'observent ?

Joseph de Ramatha‖ dit : « L'homme est innocent. »

« — L’exil, dit Potiphar.

— Non, dit Samech, du sang ! »

Et Nicodemus dit :‖ — « Il faut d'abord qu'on prouve.

« — D'abord, répond Teras,‖ qu'on le tue ! et qu'on trouve,« Demain, puisque cet homme‖ a dit : nous sommes trois ;« Deux voleurs pour l'aller‖ compléter sur la croix ;

« — Qu'il meure, dit Riphar,‖ dans les formes prescrites. »

Gamaliel se lève.‖ Il est le chef des rites ;Et ce maître inflexible‖ a vu le premier volDu jeune aigle effrayant‖ qui plus tard fut saint Paul.Il parle, l'œil au ciel :‖ — « L'indulgence est un leurre.« Juste ou non, attaquant‖ les lois, il faut qu'il meure.

« — Non, réplique Joram,‖ j'absous ! Je pense, moi,« Que les arrêts trop durs‖ font mal vivre la loi ;« Il sied qu'à l'accusé‖ le juge compatisse ;« Sur la sévérité‖ des juges la justice« Pleure comme l'enfant‖ sut le pain noir qu'il mord.

« — Ce langage est payen,‖ dit Saréas. La mort.

« — Mort ! dit Élieris ;‖ il prêche le ravage.

« — Mort ! répète Diras ;‖ il combat l'esclavage.

Et Sabinti s'indigne‖ au nom du sanhédrin ;Il atteste le vase‖ aux douze bœufs d'airain,Et crie : « — A mort ! qu'il meure !‖ ou l'arche est abattue ! »

Simon, qui fut plus tard‖ lépreux, dit : « — Qu'on le tue. »

Le sénateur Mesa‖ se lève après Simon :« — S'il dit vrai, c'est un dieu ;‖ s'il ment, c'est un démon.« Donc il faut qu'on l'adore‖ ou bien qu'on l'extermine.

« — Dieu, dit Ptoloméus,‖ peut avoir sa vermine.

Et Rabam jette un cri‖ dans la rumeur perdu :« — Ne le condamnez pas‖ sans l'avoir entendu ! »

La sagesse commence‖ et finit au pontife ;Tout arrêt doit venir du grand-prêtre.

CaïpheSe lève le dernier,‖ la double corne au front ;Dressant cette tiare‖ où toujours brillerontLes deux rayons du chef‖ de la terre promise,Sombre, et plus ressemblant‖ à Satan qu'à Moïse,Il dit :

« — Mieux vaut la mort d’un homme que la mort« D'un peuple, et du viol‖ des lois le gibet sort ;« Il faut punir. Sinon,‖ malheur ! Quiconque hésite« Est une âme de nuit‖ que le démon visite ;« Le juge indulgent suit‖ le crime comme un chien ;« Celui qui ne sait pas‖ ces choses ne sait rien.

Puis, à demi tourné‖ vers Jésus, il ajoute :

« — Sa voix fera peut-être‖ écrouler cette voûte.« Pourtant, parle. Est-il vrai‖ que tu te sois vanté« D'être le fils de Dieu‖ saint dans l'éternité ?

Christ répondit : — C'est vous,‖ ô prêtre, qui le dites.

Et, comme on pouvait voir‖ confusément écritesDes sentences au mur‖ que le temps effaçait,Calme, il montrait du doigt‖ aux juges ce verset :

« Le sage adore Dieu.‖ Quiconque est esprit, l'aime.« Le soleil n'est nié‖ dans la sphère suprême« Ni par l'astre Allioth,‖ ni par l'étoile Algol.« Quand Dieu luit, refuser‖ de croire, c'est un vol.« Celui qui nie est fils‖ de celui qui dérobe. »

Caïphe dit : Blasphème !‖ et déchira sa robe,Quoique cela lui fût‖ défendu par la loi.Et, pâle, il s’écria :

« — Paix à quiconque a foi !« Moi, Caïphe, courbé‖ sous le Seigneur, je pense« Qu'on doit au mal la peine,‖ au bien la récompense,« Et qu'il faut éclairer‖ ceux qu'un fourbe a déçus,« Et je condamne à mort‖ l'homme appelé Jésus. »

Un prêtre casse en deux‖ une baguette noire.

Caïphe se rassied‖ sur son trône d'ivoire.

On emmène Jésus.

Les juges restent seuls ;Leurs robes dans la nuit‖ paraissent des linceuls ;Tous font silence autour‖ de Caïphe en prière.

XIV La fidélité du meilleur

Une servante vint‖ dans la cour et vit PierreQui se chauffait, ouvrant‖ ses mains devant le feu :

— Vous étiez, lui dit-elle,‖ un des gens de ce dieu,De ce Jésus, car c'est‖ le nom dont on le nomme.

— Et Pierre répondit :‖ — Femme, quel est cet homme ?Je ne le connais point.

Alors le coq chanta.

Cependant les bourreaux,‖ au haut du Golgotha,Creusaient la terre afin‖ d'y planter la potence.

Dans la cour du grand-prêtre‖ et parmi l'assistance,Pierre pensait.

Quelqu’un tout à coup l’appelaEt cria : — Vous étiez‖ avec cet homme-là.

Pierre dit : — Je ne sais‖ ce que vous voulez dire.

Une femme, un moment‖ après, se prit à rire,Disant : — Vous connaissez‖ l'homme qu'on juge ici.Car vous êtes venu‖ de Galilée aussi.

Sur quoi Pierre jura‖ d'une exécrable sorte :— Non ! je n’ai jamais vu cet homme !

Sur la porteLe coq chanta.

La nuit couvrait les noirs chemins.

Pierre, se souvenant,‖ prit son front dans ses mainsEt se mit à pleurer‖ amèrement dans l'ombre.

XV L’autre chaise d’ivoire

Les scribes, les docteurs,‖ les prêtres en grand nombre,Entourent, précédés‖ d'un lévite crieur,Dans la cour du prétoire‖ un porche extérieurQui sous son dôme abrite‖ une chaise d'ivoire.

Cette chaise a l'aspect‖ farouche de la gloire ;Et l'on y sent le droit‖ que donne au conquérantLe peuple qu'on massacre‖ et la ville qu'on prend.A cette chaise monte‖ un escalier de bronze.

Ils sont tous là, les Cent,‖ les Dix-Neuf et les Onze.

Derrière eux, et tombant‖ parfois sur le genou,Vient Jésus qu'un soldat‖ traîne par un licouComme un muletier tire‖ une bête de somme.

L'avertisseur public,‖ un avocat de Rome,Le vieux Némurion‖ Plancus, grammairienDe la loi, que plus tard‖ fit changer Adrien,Parle et dit ce qu'il faut‖ qu'on évite ou qu'on suive :

Un homme est arrêté‖ par les juifs ; la loi juiveLe condamne ; les juifs‖ peuvent le lapider ;C'est leur droit ; cela dit,‖ qu'ont-ils à demander ?La lapidation‖ leur paraît trop rapide ;Ils veulent qu'on le cloue‖ et non qu'on le lapide ;Ils viennent supplier‖ qu'on mène l'homme en croix.Or ceci touche Rome,‖ et César, et ses droits.Doit-on crucifier‖ l'homme ? voilà l'affaire.D'où vient que pour ce juif‖ le sanhédrin préfèreA leur supplice hébreu‖ le supplice romain ?Est-il rebelle ? est-il‖ voleur de grand chemin ?Cela n'est point prouvé‖ par les juifs : c'est leur culteQui semble avoir souffert‖ de l'homme quelque insulte ;Or jamais un dieu juif‖ ne recevra d'affrontDont César sentira‖ la rougeur à son front.Un blasphémateur juif‖ est-il un parricide ?Ce sanhédrin le dit ;‖ que le préteur décide.Ces peuples, après tout,‖ respectent le tribun ;S'ils tiennent à la mort‖ honteuse de quelqu'un,César clément leur peut‖ accorder cette grâce.

Pendant que Plancus parle,‖ un murmure s'amasseDans l'auditoire plein‖ de gestes et de voix ;Tous les prêtres hagards‖ éclatent à la fois :

— Préteur ! c'est ton devoir‖ de crucifier l'homme !Il s'est dit Roi des Juifs ;‖ il est rebelle à Rome ;Notre dogme est ici‖ d'accord avec ta loi ;Et c'est nier César‖ que de s'affirmer roi.

Un licteur sous le porche‖ écoute sans colère.

Derrière le licteur‖ est l'homme consulaire,Ponce Pilate, assis,‖ distrait, calme, indolent.

Son pied chaussé de pourpre‖ est sur du marbre blanc ;Ce marbre, qui l'exhausse‖ au fond de la coupole,Pour les romains l'honore‖ et pour les juifs l'isole ;Et nul autre que lui‖ ne touche du talonCette dalle que fit‖ placer là Corbulon,Proconsul en l'an deux‖ du consulat d'Octave.Pilate, ancien préfet‖ dans le pays batave,Fut si fidèle au temps‖ de la rébellionQu'Auguste lui donna‖ sa villa de Lyon.Il est procurateur,‖ lieutenant consulaire.Le port de Tyr lui paie‖ un talent par galère ;Il possède à Cythère‖ en Grèce, un revenuQue lui doivent, le droit‖ de César retenu,Les chercheurs de corail‖ et les pêcheurs d'éponges.Sa femme Procula‖ sait le secret des songes.C'est un homme d'esprit‖ prudent, d'âge moyen.Le peuple juif méprise‖ en tremblant ce payen.Pilate autour du front‖ porte trois bandelettesDont une est écarlate‖ et deux sont violettes ;Sa laticlave blanche‖ à bandes rouges pendSur un nain familier‖ entre ses pieds rampant ;Dans son ombre un greffier‖ écrit sur une table ;Quand on parle trop haut,‖ le licteur redoutableFait un signe, le bruit‖ des voix contrariantLe préteur assoupi‖ comme un roi d'orient.

Et, sculptée au dossier‖ de sa chaise curule,Pendant que de ces cœurs,‖ où tant de haine brûle,Sort le gibet infâme‖ entrevu vaguement,Au-dessus des avis,‖ des voix, du jugement,Au-dessus de ce tas‖ de scribes et de prêtres,Sur tous ces noirs complots,‖ sur tous ces regards traîtres,Sur tous ces vils orgueils,‖ l'âpre louve d'airainDresse son bâillement‖ sinistre et souverain.

XVI Rosmophim

Les fossoyeurs de croix‖ piochent sur le Calvaire.Le brouillard, ce manteau‖ de deuil du ciel sévère,Couvre le mont, où, seuls,‖ ces hommes, loin du bruit,Dans l'ombre, ont travaillé‖ presque toute la nuit.On entend le Cédron‖ dont les eaux sont très grosses.Ils s'arrêtent après‖ avoir creusé deux fosses.Et l'un d'eux, le plus vieux,‖ dit aux autres : — Je croisQue c'est tout ; nous n'avons‖ d'ordres que pour deux croix,Pour deux larrons qu'on doit‖ mettre à mort dans les fêtes ;Dismas et Gestas ; or,‖ les deux fosses sont faites.Un prêtre en ce moment,‖ Rosmophim de Joppé,Qui vient de survenir,‖ d'ombres enveloppé,Sort de la brume ainsi‖ qu'un tigre sort de l'antre,Et leur dit :— Creusez-en une troisième au centre.

XVII Pire que judas

Alors Judas sentit‖ le poids des trente écus.Par le mal qu'ils ont fait‖ les hommes sont vaincus.Il vint au temple et vit‖ Caïphe sur la porte,Et, lui montrant le sac,‖ il dit : — Je le rapporte.J'ai vendu l'innocent ;‖ reprends ton or. Malheur !Caïphe ! reprends tout.‖ — Je serais un voleur.Garde ton sac, va-t'en !‖ répondit le grand-prêtre.J'ai l'homme, et toi l'argent.‖ Tout est comme il doit être.Tu dois être content.‖ — Non. Je suis réprouvé !Dit Judas, et, jetant‖ l'argent sur le pavé,Il cria : — Je rends tout.‖ Voilà toute la somme !Et les prêtres riaient ;‖ et ce malheureux hommeS'en alla dans un lieu‖ sinistre et se pendit.

Où ? dans quel vil ravin ?‖ dans quel recoin maudit ?Comment ce criminel‖ subit-il sa sentence ?De quel arbre effrayant‖ fit-il une potence ?Est-ce à quelque vieux clou‖ d'un mur qui pourrissaitQu'il attacha le nœud‖ vengeur ? Nul ne le sait.Cette corde à jamais‖ flotte dans les ténèbres.

XVIII Le champ du potier

Oh ! des champs sont fatals,‖ des charniers sont célèbres,Des plaines et des mers‖ sont sanglantes, parfoisDes vallons ont la marque‖ effroyable des roisL'odeur des attentats,‖ la trace des carnages ;Des crimes monstrueux,‖ comme des personnages,Ont traversé des bois‖ ou des rochers, qu'on voitAvec peur, en mettant‖ sur ses lèvres son doigt,Ascalon est hideux,‖ Josaphat est austère,Le lac Asphalte est noir ;‖ mais pas un lieu sur terreNe te passe en horreur,‖ funèbre Haceldama !Les vases qu'un potier‖ de ta fange formaTremblent dans la lueur‖ trouble des catacombesEt blêmissent ainsi‖ que des urnes de tombes ;Sans doute, dans l'endroit‖ implacable et profond,Ce sont ces vases-là‖ que portent sur le frontLes spectres, quand ils vont‖ puiser de l'ombre au gouffre.Ton nom semble tragique‖ et fait d'un mot qui souffre,Haceldama ! ce mot‖ crie ainsi qu'un blessé.

Le sac de Judas fut‖ des prêtres ramassé.

Or ils cherchaient un lieu‖ de sépulture vilePour les gentils mourant‖ par hasard dans la ville,Afin que l'étranger‖ restât toujours dehors,Et ne fût pas chez lui,‖ même étant chez les morts.Ils choisirent l'enclos‖ du potier solitaire.

Les trente écus dont fut‖ payé ce coin de terreAvaient déjà servi‖ pour payer Jésus-Christ.

Et ce lieu depuis lors est nocturne.

Il fleurit.Il verdoie, et l'aurore‖ en s'éveillant le touche,Rien ne peut dissiper‖ sa nuit ; il est farouche.Il appartient au deuil,‖ au silence, au regardFixe et terrifiant‖ de l'infini hagard ;Une chauve-souris‖ éternelle l'effleure ;Toujours quel que soit l'astre‖ et quelle que soit l'heure,L'œil dans ce champ lugubre‖ entrevoit à demiL'épouvantable argent‖ par Judas revomi ;On sent là remuer‖ des linceuls invisibles,Le sang pend goutte à goutte‖ aux brins d'herbes terribles,Des vols mystérieux‖ de larves font du ventSur le front du songeur‖ ténébreux et rêvant,Et de vagues blancheurs‖ frissonnent dans la brumeHélas !

XIX Ecce homo

C’était, le jour de Pâque, une coutumeFort ancienne, où les juifs‖ et Rome étaient d'accord,Que le peuple, parmi‖ les condamnés à mort,Choisit un misérable‖ auquel on faisait grâce.

Prés du palais, lieu sombre‖ où la foule s'entasse,Se pressait, comme autour‖ des ruches les essaims,Le peuple de la ville‖ et des pays voisinsQu'un licteur contenait‖ du manche de sa hache.Les paysans, menant‖ par la corde leur vache,Les femmes apportant‖ au marché leurs paniers,Devant le seuil, gardé‖ par douze centeniers,S'arrêtaient, éclairés‖ par l'aurore vermeille.La rumeur de la fête‖ avait depuis la veilleVers les quatre coteaux‖ de Sion dirigéLes habitants d'Aser‖ et ceux de Bethphagé,Ceux de naïm et ceux‖ d'Émath ; et sur la placeChaque faubourg avait‖ versé sa populace ;On y voyait aller‖ et venir, sans bâton,Gais, l'œil joyeux, des gens‖ qui jadis, disait-on,Blêmes, et mendiant‖ aux portes des boutiques,Étaient aveugles, sourds,‖ boiteux, paralytiques,Et que l'homme appelé‖ le Christ avait guéris.C'était la même foule‖ aux tumultueux crisQui, naguère, agitant‖ au vent des branches vertes,Et les âmes à Dieu‖ toutes grandes ouvertes,Battant des mains, chantant‖ des cantiques, couraitDans les chemins devant‖ Jésus de Nazareth.Plusieurs l'avaient béni‖ comme un dieu qu'on écoute ;Et, pour avoir jeté‖ leurs manteaux sur sa route,Ils avaient de la terre‖ encore à leurs habits.Deux hastati de Rome,‖ aux casques bien fourbis,Se promenaient devant‖ la porte du prétoire ;Et des marchandes d'eau‖ vendaient au peuple à boire,Et les petits enfants‖ jouaient aux osselets.

Tout à coup apparut‖ sur le seuil du palaisChrist couronné d'épine‖ et vêtu d'écarlate ;Il avait un roseau‖ dans la main ; et Pilate,Le leur montrant, leur dit : Voilà l’homme.

Le ChristSe taisait, l’œil au ciel.

Et Pilate reprit :— C'est aujourd'hui qu'on laisse‖ un misérable vivre.Peuple, lequel des deux‖ veux-tu que je délivre :Barabbas, ou Jésus‖ nommé Christ ; — Barabbas ;Cria le peuple. Alors,‖ au-dessous de leur pas,Ils crurent tous entendre‖ on ne sait quel tonnerreRouler… — C'était quelqu'un‖ qui riait sous la terre.

Ainsi jugeaient les juifs‖ sous l'œil froid des romains.

Ponce Pilate songe‖ et se lave les mains.

XX La marche au supplice

La première heure allait‖ finir quand de la geôleJésus sortit, portant‖ une croix sur l'épaule ;On avait délié‖ les cordes du poignet ;Ayant été battu‖ de verges, il saignait ;On le huait ; la loi‖ frappe, le peuple accable ;La croix, démesurée,‖ écrasante, implacable,Dont la cognée à peine‖ avait taillé les nœuds,Était faite d'un bois‖ féroce et vénéneux,Et qui semblait avoir‖ déjà commis des crimes.

La foule, allant, courant,‖ mangeant les pains azymes,Chantant, montrait les poings‖ à Christ des deux côtésDe la route où marchaient‖ ses pas ensanglantés ;Des vierges, reflétant‖ l'aube sur leur visage,L'insultaient, et battaient‖ des mains sur son passage,Et riaient des cailloux‖ déchirant ses talons ;Et l'on voyait des tas‖ de têtes d'enfants blondsAux portes des maisons,‖ pour la fête fleuries.

Quelques disciples, fronts‖ baissés, les trois Maries,Sa mère, le suivaient‖ de loin dans le trajet.

L'œil sinistre de Jean‖ dans les gouffres plongeait.Le jour, blême, fuyait.‖ L'attente était profonde.

Quatre anges se tenaient‖ aux quatre coins du monde ;Ces anges arrêtaient‖ au vol les quatre vents,Pour qu'aucun vent ne pût‖ souffler sur les vivants,Ni troubler le sommet‖ des montagnes de marbre,Ni soulever un flot,‖ ni remuer un arbre.

XXI Ténèbres

Barabbas stupéfait est libre.Sous les plisD'un brouillard monstrueux‖ dont les cieux sont remplis,La ville est un chaos‖ de maisons et de rues.Des geôliers tout à l'heure,‖ en paroles bourruesRacontant l'aventure‖ entre eux confusément,Ont ouvert son cachot,‖ rompu son ferrement,Puis ont dit : — Va ; le peuple‖ a fait grâce ! — De sorteQu'il ne sait rien, sinon‖ qu'on a poussé la porte,Que le ciel est tout noir,‖ que nul ne le poursuit,Et qu'il peut s'envoler‖ dans l'ombre, oiseau de nuit.Ce choix qui fait mourir‖ Jésus et le fait vivre,Tout ce récit, lui semble‖ un vin dont il est ivre ;Il erre dans la ville,‖ il y rampe, il en sort,Comme parfois on voit‖ marcher quelqu'un qui dort.Quelle route prend-il ;‖ La première venue.Il avance, il hésite‖ et cherche, et continue,Et ne sait pas, devant‖ l'obscure immensité ;Il a derrière lui‖ les murs de la cité,Mais il ne les voit pas ;‖ son front troublé s'incline ;Il ne s'aperçoit point‖ qu'il monte une colline ;Monter, descendre, aller,‖ venir, hier, aujourd'hui,Qu'importe ; il rôde, ayant‖ comme un nuage en lui ;Il erre, il passe, avec‖ de la brume éternelleEt du songe et du gouffre‖ au fond de sa prunelle.Il se dit par moments :‖ c'est moi qui marche. Oui.Tout est si ténébreux‖ qu'il est comme ébloui.

Le chemin qu'au hasard‖ il suit, rampe et s'enfonceAux flancs d'un mont où croît‖ à peine quelque ronce,Et Barabbas pensif,‖ gravissant le rocher,Sans voir où vont ses pas‖ laisse ses pieds marcher ;La vague horreur du lieu‖ plaît à cette âme louve ;Or, tout en cheminant,‖ de la sorte, il se trouveSur un espace sombre‖ et qui semble un sommet ;Il s'arrête, puis tend‖ les mains, et se remetA rôder à travers‖ la profondeur farouche.

Tout en marchant, il heurte‖ un obstacle ; il le touche ;— Quel est cet arbre ; où donc‖ suis-je ; dit Barabbas.Le long de l'arbre obscur‖ il lève ses deux brasSi longtemps enchaînés‖ qu'il les dresse avec peine.— Cet arbre est un poteau,‖ dit-il. Il y promèneSes doigts par la torture‖ atroce estropiés ;Et tout à coup, hagard,‖ pâle, il tâte des pieds.Comme un hibou surpris‖ rentre sous la feuillée,Il retire sa main ;‖ elle est toute mouillée ;Ces pieds sont froids, un clou‖ les traverse, et de sangEt de fange et d'horreur‖ tout le bois est glissant ;Barabbas éperdu‖ recule ; son œil s'ouvreÉpouvanté, dans l'ombre‖ épaisse qui le couvre,Et, par degrés, un blême‖ et noir linéamentS'ébauche à son regard‖ sous l'obscur firmament ;C’est une croix.

En bas on voit un vase où plongeUne touffe d'hysope‖ entourant une éponge ;Et, sur l'affreux poteau,‖ nu, sanglant, les yeux morts,Le front penché, les bras‖ portant le poids du corps,Ceint de cordes de chanvre‖ autour des reins nouées,Le flanc percé, les pieds‖ cloués, les mains clouées,Meurtri, ployé, pendant,‖ rompu, défiguré,Un cadavre apparaît,‖ blanc, et comme éclairéDe la lividité‖ sépulcrale du rêve ;Et cette croix au fond‖ du silence s'élève.

Barabbas, comme un homme‖ en sursaut réveillé,Tressaillit. C'était bien‖ un gibet, froid, souillé,Effroyable, fixé‖ par des coins dans le sable.Il regarda. L'horreur‖ était inexprimable ;Le ciel était dissous‖ dans une âcre vapeurOù l'on ne sentait rien‖ sinon qu'on avait peur ;Partout la cécité,‖ la stupeur, une fuiteDe la vie, éclipsée,‖ effrayée, ou détruite ;Linceul sur Josaphat,‖ suaire sur Sion ;L'ombre immense avait l'air‖ d'une accusation ;Le monde était couvert‖ d'une nuit infamante ;C'était l'accablement‖ plus noir que la tourmente ;Pas une flamme, pas‖ un souffle, pas un bruit.Pour l'œil de l'âme, avec‖ ces lettres de la nuitQui rendent la pensée‖ insondable lisible,Une main écrivait‖ au fond de l'invisible :Responsabilité‖ de l'homme devant Dieu.Le silence, l'espace‖ obscur, l'heure, le lieu,Le roc, le sang, la croix,‖ les clous, semblaient des juges ;Et Barabbas, devant‖ cette ombre sans refugesFrémit comme devant‖ la face de la loi,Et, regardant le ciel,‖ lui dit : ce n'est pas moi ;

Puis, fantôme lui-même‖ en cette nuit stagnante,Larve tout effarée‖ et toute frissonnante,Pâle, il se rapprocha‖ lentement du gibet ;Et, tout en y marchant,‖ craintif, il se courbait,Plus chancelant qu'un mât‖ sur la vague mouvante,Fauve, et comme attiré,‖ malgré son épouvante,Par l'espèce de jour‖ qui sortait de ce mort.Spectre, il montait, avec‖ une sorte d'effort,Vers l'autre spectre, vague‖ ainsi qu'un crépuscule ;Et cet homme avançait‖ de l'air dont on recule,Inquiet, hérissé,‖ comme agité du vent,Et prêt à fuir après‖ chaque pas en avant.Jésus mort répandait‖ un rayonnement blême :La mort comme n'osant‖ s'achever elle-même,Laissait flotter, au trou‖ morne et sanglant des yeux,Le reste d'un regard‖ tendre et mystérieux ;Son front triste semblait‖ s'éclairer à mesureQue cet homme approchait‖ d'une marche mal sûre ;Quand Barabbas fut près,‖ la prunelle brilla.Si quelque ange, venu‖ des cieux, eût été là,Il eût cru voir ramper‖ dans l'horreur d'une tombeUn serpent fasciné‖ par l'œil d'une colombe.

Et le bandit, courbé‖ sous l'épaississementDe la brume croissant‖ de moment en moment,Contemplait, et la terre‖ avait l'air orpheline ;L’ombre songeait.

Alors, sur cette âpre colline,Et sous les vastes cieux‖ désolés et ternis,Comme si le frisson‖ des pensers infinisTombait de cette croix‖ ouvrant ses bras funèbres,On ne sait quel esprit‖ entra dans les ténèbresDe cet homme, et le fit‖ devenir effrayant.Un feu profond jaillit‖ de son œil foudroyant ;L'âme immense d'Adam,‖ couché sous le Calvaire,Sembla soudain monter‖ dans ce voleur sévère,Il éleva la voix‖ tout à coup, du côtéOù les monts s'enfonçaient‖ dans plus d'obscurité,Cachant Jérusalem‖ sous le brouillard perdue,Et pendant qu'il parlait,‖ jetant dans l'étendue,L'anathème, les cris,‖ les plaintes, les affronts,Quelque chose qu'on vit‖ plus tard sur d'autres fronts,Une langue de flamme,‖ au-dessus de sa têteBrillait et volait, comme‖ en un vent de tempête ;Et Barabbas debout,‖ transfiguré, tremblant,Terrible, cria :

— Peuple, affreux peuple sanglant,Qu'as-tu fait ; Ô Caïn,‖ Dathan, Nemrod, vous autres,Quel est ce crime-ci‖ qui passe tous les nôtres ;Voilà donc ce qu'on fait‖ des justes ici-bas ;Populace ! à ses pieds‖ jadis tu te courbas,Tu courais l'adorer‖ sur les places publiques,Tu voyais sur son dos‖ deux ailes angéliques,Il était ton berger,‖ ton guide, ton soutien.Dès qu'un homme paraît‖ pour te faire du bien,Peuple, et pour t'apporter‖ quelque divin message,Pour te faire meilleur,‖ plus fort, plus doux, plus sage,Pour t'ouvrir le ciel sombre,‖ espérance des morts,Tu le suis d'abord, puis,‖ tout à coup, tu le mords,Tu le railles, le hais,‖ l'insultes, le dénigres ;O troupeau de moutons‖ d'où sort un tas de tigres ;Quel prix pour tant de saints‖ et sublimes combats ;Celui-ci, c'est Jésus ;‖ ceci, c'est Barabbas.L'archange est mort, et moi,‖ l'assassin, je suis libre ;Ils ont mis l'astre avec‖ la fange en équilibre,Et du côté hideux‖ leur balance a penché.Quoi ; d'une part le ciel,‖ de l'autre le péché ;Ici, l'amour, la paix,‖ le pardon, la prière,La foudre évanouie‖ et dissoute en lumière,Les malades guéris,‖ les morts ressuscités,Un être tout couvert‖ de vie et de clartés ;Là, le tueur, sous qui‖ l'épouvante se creuse,Tous les vices, le vol,‖ l'ombre, une âme lépreuse,Un brigand, d'attentats‖ sans nombre hérissé… —Oh ; si c'était à moi‖ qu'on se fût adressé,Si, quand j'avais le cou‖ scellé dans la muraille,Pilate était venu‖ me trouver sur ma paille,S'il m'avait dit : « Voyons,‖ on te laisse le choix,C'est une fête, il faut‖ mettre quelqu'un en croix,Ou Christ de Galilée,‖ ou toi la bête fauve ;Réponds, bandit, lequel‖ des deux veux-tu qu'on sauve ; »J'aurais tendu mes poings‖ et j'aurais dit : clouez ;Cieux ; les rois sont bénis,‖ les prêtres sont loués,Le vêtement de gloire‖ est sur l'âme de cendre ;Un gouffre était béant,‖ l'homme vient d'y descendre ;Un crime restait vierge,‖ il vient de l'épouser ;Oh ; Caïn maintenant‖ tue avec un baiser ;C'est fini ; le dragon‖ règne, le mal se fonde,On ne chantera plus‖ dans la forêt profonde,Les hommes n'auront plus‖ d'aurore dans leur cœur,L'amour est mort, le deuil‖ lamentable est vainqueur,La dernière lueur‖ s'éteint dans la nature ;Eux-même ont de leur main‖ fait cette fermetureDe la pierre effroyable‖ et sourde du tombeau ;Puisque le vrai, le pur,‖ le saint, le bon, le beau,Est là sur ce poteau,‖ tout est dit, rien n'existe.L'homme est dorénavant‖ abominable et triste,Cette croix va couvrir‖ d'échafauds les sommets ;Ce monde est de la proie ;‖ il aura désormaisL'obscurité pour loi,‖ pour juge l'ignorance ;Vaincre sera pour lui‖ la seule différence ;La mise en liberté‖ des monstres lui convient ;Cette bête, la Nuit‖ scélérate, le tient.Le mal ne serait pas‖ s'il n'avait pas une âme ;Cette chaîne d'horreur‖ qui, dans ce monde infâme,Commencée à César,‖ s'achève à Barabbas,Dépasse l'homme et va‖ dans l'ombre encor plus bas ;Et, comme le serpent‖ s'enfle sous la broussaille,Je sens un être affreux‖ qui sous terre tressaille.Sois content, toi, là-bas,‖ sous nos pieds ; J'aperçoisAu fond de cette brume‖ et devant cette croixTon grincement de dents,‖ ce rire des ténèbres.Et toi, vil monde, à race‖ humaine, qui célèbresLes rites de l'enfer‖ sur des autels d'effroi,Tremble en tes profondeurs ;‖ j'entends autour de toiLa réclamation‖ des gueules de l'abîme.Je demande à genoux‖ pardon à ta victime ;Genre humain, ta noirceur‖ en est là maintenantQue le gibet saisit‖ l'apôtre rayonnant,Que sous le poids de l'ombre‖ abjecte, l'aube expire,Et que lui, le meilleur,‖ périt sous moi, le pire ;Oh ; je baise sa croix‖ et ses pieds refroidis,Et, monstrueusement‖ sauvé par toi, je dis :Malheur sur toi !

Malheur, monde impur, lâche et rude ;Monde où je n'ai de bon‖ que mon ingratitude,Sois maudit par celui‖ que tu viens d'épargner ;Puisse à jamais ce Christ‖ sur ta tête saigner ;Qu'un déluge d'opprobre‖ et de deuil t'engloutisse,Homme, plus prompt à choir‖ du haut de la justiceQue l'éclair à tomber‖ du haut du firmament ;Sois maudit dans ces clous,‖ dans ce gibet fumant,Dans ce fiel ! sois maudit‖ dans ma chaîne brisée ;Sois damné, monde à qui‖ le sang sert de rosée,Pour m'avoir délivré,‖ pour l'avoir rejeté,Monde affreux qui fais grâce‖ avec férocité,Toi dont l'aveuglement‖ crucifie et lapide,Toi qui n'hésites pas‖ sur l'abîme, et, stupide,N'as pas même senti‖ frissonner un cheveuDans ce choix formidable‖ entre Satan et Dieu ;

III Le crucifix

Depuis ce jour, pareille‖ au damné qui rend compte,La morne humanité,‖ sur qui pèse la honteDes justes condamnés‖ et des méchants absous,Est comme renversée‖ en arrière au-dessousD'une vision triste,‖ éternelle et terrible.Un Calvaire apparaît‖ dans la nuée horribleQue tout le genre humain‖ regarde fixement ;Une lividité‖ de crâne et d'ossementCouvre ce mont difforme‖ où monte un homme pâle ;L'homme porte une croix,‖ et l'on entend son râle,Ses pieds dans les cailloux‖ saignent, ses yeux noyésPleurent, pleins de crachats‖ qu'on n'a pas essuyés,Le sang colle et noircit‖ ses cheveux sur sa tempe ;Et l'homme, que la croix‖ accable, tombe, rampe,Se traîne, et sur ses mains‖ retombe, et par momentNe peut plus que lever‖ son front lugubrement.

Et l'œil du genre humain‖ frémissant continueDe regarder monter‖ cet homme dans la nue.

Une tourbe le suit ;‖ il arrive au plateau ;D'infâmes poings crispés‖ arrachent son manteau ;Cris féroces ; va donc !‖ pas de miséricorde ;Il va, montrant son dos‖ rouge de coups de corde,Hué par l'aboiement‖ et mordu par les crocsD'on ne sait quel vil peuple,‖ envieux des bourreaux ;Au milieu des affronts‖ il est comme une cible.On étend l'homme, nu‖ comme un Adam terrible,Sur le gibet qu'il a‖ traîné dans le chemin ;On enfonce des clous‖ dans ses mains ; chaque mainJette un long flot de sang‖ à celui qui la cloue,Et le bourreau blasphème‖ en essuyant sa joue ;La foule rit. On cloue‖ après les mains, les pieds ;Le marteau maladroit‖ meurtrit ses doigts broyés ;On appuie à son front‖ la couronne d'épines ;Puis, entre deux bandits‖ expiant leurs rapines,On élève la croix‖ en jurant, en frappant,En secouant le corps‖ qui se disloque et pend ;Le sang le long du bois‖ en ruisseaux rouges coule ;Et la mère est en bas‖ qui gémit ; et la fouleRit : — Voyons, dieu Jésus,‖ descends de cette croix ; —Une éponge de fiel‖ se dresse. — As-tu soif ? bois ; —Le peuple horrible a l'air‖ du loup dans le repaire ;Et le grand patient‖ dit : — Pardonnez-leur, Père,Car ces infortunés‖ ne savent ce qu'ils font.

Et voici que la terre‖ avec le ciel se fond.Nuit ! ô nuit ; tout frémit,‖ même le prêtre louche.Et soudain, à ce cri‖ qui sort de cette bouche :— Élohim ; Élohim ;‖ lamma sabacthani ! —On voit un tremblement‖ au fond de l'infini,Et comme un blême éclair‖ qui tressaille et qui sombreDans l'immobilité‖ formidable de l'ombre.

Et pendant que les cœurs,‖ les mains jointes, les yeux,Sont éperdus devant‖ ce gibet monstrueux,Pendant que, sous la brume‖ épouvantable où trembleCe crime qui contient‖ tous les crimes ensemble,Brume où Judas recule,‖ où chancelle la croix,Où le centurion‖ s'étonne et dit : je crois ;Pendant que, sous le poids‖ de l'action maudite,Sous Dieu saignant, l'effroi‖ du genre humain médite,Des voix parlent, on voit‖ des songeurs bégayants,La pitié se déchire‖ en récits effrayants.La tradition, fable‖ errante qu'on recueille,Entrecoupée ainsi‖ que le vent dans la feuille,Apparaît, disparaît,‖ revient, s'évanouit,Et, tournoyant sur l'homme‖ en cette étrange nuit,La légende sinistre,‖ éparse dans les bouches,Passe, et dans le ciel noir‖ vole en haillons farouches ;Si bien que cette foule‖ humaine a la stupeurDu fait toujours présent‖ là-haut dans la vapeur,Vrai, réel, et pourtant‖ traversé par des rêves.

« Comme il montait, suant‖ et piqué par les glaives,« Une femme eut pitié,‖ le voyant prêt à choir,« Et l'essuya, posant‖ sur son front un mouchoir ;« Or, quand elle rentra‖ chez elle, cette femme« Vit sur le mouchoir sombre‖ une face de flamme. »

« Comme il continuait‖ de monter, tout en sang,« Il s'arrêta, livide,‖ épuisé, fléchissant« Sous la croix exécrée‖ et l'infâme anathème,« Un homme lui cria :‖ marche ; — Marche toi-même,« Dit Jésus-Christ. Et l'homme‖ est errant à jamais. »

« Un des voleurs lui dit :‖ — Faux dieu ; tu blasphémais !« Es-tu dieu ; Sauve-nous‖ et sauve-toi toi-même ;« L'autre voleur cria :‖ — Jésus ; je crois ! je t'aime !« Souviens-toi qu'un mourant‖ s'est à toi confié !« Alors, levant ses yeux‖ vers ce crucifié,« Jésus agonisant‖ parvint à lui sourire :« — Homme, pour avoir dit‖ ce que tu viens de dire,« O voleur sur la croix‖ misérable expirant,« Tu vas entrer aux cieux,‖ et tu seras plus grand« Qu'un empereur portant‖ la couronne et le globe. »

« Ils se sont partagé‖ le manteau, mais la robe« N'ayant pas de couture,‖ ils l'ont jouée aux dés. »

« De six à neuf, les monts‖ furent d'ombre inondés ;« Toute la terre fut‖ couverte de ténèbres ;« Comme si quelque main‖ eût ployé ses vertèbres,« Il baissa tout à coup‖ la tête, et dans ses yeux« Lugubres apparut‖ la profondeur des cieux ;« Et, poussant un grand cri,‖ Jésus expira. L'ombre« Monta, fumée infâme,‖ aux étoiles sans nombre ;« Dans le temple, les bœufs‖ d'airain firent un pas,« Le voile se fendit‖ en deux du haut en bas.« Hors des murs, il se fit‖ un gouffre où se dressèrent« D'affreux êtres sur qui‖ les rochers se resserrent« Et que la vaste fange‖ inconnue enfouit ;« Et tout devint si noir‖ que tout s'évanouit ;« Les sépulcres, s'ouvrant‖ subitement, restèrent« Béants, montrant leur cave‖ où les taupes déterrent« Les squelettes couchés‖ dans des draps en lambeaux ;« Des morts pâles, étant‖ sortis de leurs tombeaux,« Furent vus par plusieurs‖ personnes dans la ville. »

Ainsi sur ce troupeau‖ frémissant, immobile,Lugubre et stupéfait,‖ qu'on nomme Humanité,Tombent, du fond de l'ombre‖ et de l'éternité,On ne sait quels lambeaux‖ de chimère et d'histoireEt de songe, où l'enfer‖ mêle sa lueur noire.Et l'on a peur du ciel‖ qui saigne à l'orient.Et l'ouragan est plein‖ de spectres s'écriant :O nations ; le meurtre‖ éternel se consomme ;Et, parmi tous les mots‖ que peut prononcer l'hommePas un, si frissonnant‖ qu'il fût, ne suffiraitA peindre cette horreur‖ de tombe et de forêt,Le sourd chuchotement‖ des quatre évangélistes,Et l'agitation‖ des grandes ailes tristesQu'en ce gouffre de deuil‖ et de rébellionDressent l'aigle, le bœuf,‖ l'archange et le lion.

Dix-huit cents ans ont pu‖ s'écouler sans que l'homme,Autour duquel mouraient‖ Byzance, Athène et Rome,Et passait Charlemagne‖ et montait Mahomet,Ait quitté du regard‖ cette croix, ce sommet,Cette blancheur sanglante,‖ et ces lueurs divinesSous l'entrelacement‖ monstrueux des épines ;Et sans qu'il ait cessé‖ d'entendre un seul momentL'immense cri jeté‖ dans le noir firmament,Et lisible à jamais‖ sur ce sombre registre,Et le déchirement‖ du grand voile sinistre,Et dans l'obscurité‖ consciente, au-dessusDe ce gibet où pend‖ l'être appelé Jésus,Au-dessus des songeurs‖ étudiant les bibles,Le sanglot effrayant‖ des bouches invisibles.

Quand donc pourra-t-on dire :‖ Hommes, le mal n'est plus ;Quand verra-t-on finir‖ le flux et le reflux ;

O nuit ! ce qui sortit‖ de Jésus, c'est Caïphe.

Le tigre, ayant encor‖ de ce sang à la griffe,Remonta sur l'autel‖ et dit : je suis l'agneau.Christ, ce libérateur,‖ ne brisa qu'un anneauDe la chaîne du mal,‖ du meurtre et de la guerre ;Lui mort, son dogme, hélas !‖ servit à la refaire ;La tiare s'accrut‖ de son gibet. Jésus,Dans les cieux au-delà‖ du sépulcre aperçus,S'en alla, comme Abel,‖ comme Job, comme Élie ;Quand il eut disparu,‖ l'œuvre étant accomplie,En même temps qu'au loin‖ se répandait sa loi :« — Vivez ! aimez ; marchez !‖ délivrez ! ayez foi ! — »Le serpent relevait‖ son front dans les décombres,Et l'on vit, ô frisson !‖ ô deuil ! des prêtres sombresAiguiser des poignards‖ à ses préceptes saints,Et de l'assassiné‖ naître des assassins !Ghisleri, Borgia,‖ Caraffa, Dominique !… —Faites donc que jamais‖ l'homme ne soit inique,Et que jamais le prêtre,‖ impie et solennel,N'emploie à quelque usage‖ infâme l'Éternel !

La flagellation‖ du Christ n'est pas finie.Tout ce qu'il a souffert‖ dans sa lente agonie,Au mont des oliviers‖ et dans les carrefours,Sous la croix, sur la croix,‖ il le souffre toujours.Après le Golgotha,‖ Jésus, ouvrant son aile,A beau s'être envolé‖ dans l'étoile éternelle ;Il a beau resplendir,‖ superbe et gracieux,Dans la sérénité‖ magnifique des cieux,Dans la gloire, parmi‖ les archanges solaires,Au-dessus des douleurs,‖ au-dessus des colères,Au-dessus du nuage‖ âpre et confus des jours ;Chaque fois que sur terre‖ et dans nos temples sourdsEt dans nos vils palais,‖ des docteurs et des scribesVersent sur l'innocent‖ leurs lâches diatribes,Chaque fois que celui‖ qui doit enseigner, ment,Chaque fois que d'un traître‖ il jaillit un serment,Chaque fois que le juge,‖ après une prière,Jette au peuple ce mot :‖ Justice ! et, par-derrière,Tend une main hideuse‖ à l'or mystérieux,Chaque fois que le prêtre,‖ époussetant ses dieux,Chante au crime Hosanna,‖ bat des mains aux désastres,Et dit : gloire à César !‖ Là-haut, parmi les astres,Dans l'azur qu'aucun souffle‖ orageux ne corrompt,Christ frémissant essuie‖ un crachat sur son front.— Torquemada, j'entends‖ le bruit de ta cognée.Tes bras sont nus, ta face‖ est de sueur baignée ;À quoi travailles-tu‖ seul dans ton noir sentier ; —Torquemada répond :‖ — Je suis le charpentier.Et j'ai la hache au poing‖ dans ce monde où nous sommes.— Qu'est-ce donc que tu fais ;‖ — Un bûcher pour les hommes— Avec quel bois ; — Avec‖ la croix de Jésus-Christ.

Après avoir courbé‖ sous la loi qui flétritEt sous la loi qui tue,‖ hélas ! cet être auguste,Après avoir cloué‖ sur le gibet ce justeD'où ruisselle le sang‖ et d'où le pardon sort,Devant l'obscurité‖ des sentences de mort,Devant l'affreux pouvoir‖ d'ôter la vie, et d'êtreCelui qui fait mourir,‖ mais qui ne fait pas naître,Devant le tribunal,‖ devant le cabanon,Devant le glaive, l'homme‖ a-t-il reculé ? non.Sous cette croix que charge‖ une horreur inconnue,Ce qu'on nomme ici-bas‖ Justice, continue.Ce spectre aveugle et sourd,‖ dont l'ombre est le manteau,A peine se souvient‖ d'avoir à ce poteauAttaché cette immense‖ innocence étoilée.

En présence du bien,‖ du mal, dans la mêléeDes fautes, des erreurs,‖ où le juste périt,Pas un juge n'a peur‖ de ce mot : Jésus-Christ !Le Calvaire n'a point‖ découragé la Grève ;Montfaucon à côté‖ du Golgotha s'élève ;Et le Messie a pu‖ mourir sans éclairer.L'homme n'a pas cessé‖ de se dénaturerDans le tragique orgueil‖ de condamner son frère.L'ouverture hideuse,‖ infâme, téméraire,Du sépulcre au milieu‖ des lois, c'est là le port ;Et le noir genre humain‖ s'abrite dans la mort.Tristes juges ! ô deuil !‖ quoi ! pas un ne s'arrête !Le grand spectre qui porte‖ au-dessus de sa têteL'écriteau ténébreux‖ et flamboyant : INRI,Pâle, éploré, sanglant,‖ fouetté, percé, meurtri,Pend devant eux au bois‖ de la croix douloureuse,Tandis que chaque mot‖ prononcé par eux, creuseUne fosse dans l'ombre‖ et dresse un échafaud :A mort cet homme ! à mort‖ cette femme ! il le faut !A mort le fils du peuple !‖ à mort l'enfant du chaume !— Vous ne voyez donc pas‖ mes clous ! dit le fantôme.Et que de justes morts !‖ Que de bons condamnés !Que de saints, d'un arrêt‖ infâme couronnés !O martyre ! escalade‖ horrible du supplice !Le meurtre fier, sacré,‖ public ; la loi complice !Flots du sang innocent !‖ Si, sur quelque sommet,L'homme des anciens jours,‖ Jacob se rendormait,Il reverrait encore‖ une ascension d'anges,Pensifs, purs, tout baignés‖ de lumières étranges,Montant l'un après l'autre,‖ ayant de l'orientEt de l'immensité‖ sur leur front souriant,Ceux-ci levant leurs mains,‖ ceux-là dressant leur aile,Calmes, éblouissants,‖ sereins, et cette échelle,Sœur de celle que l'ombre‖ à ses yeux dérobait,Hélas, n'aboutit pas‖ au ciel, mais au gibet.

Oh ! puisque c'est ainsi‖ que les choses sont faites,Puisque toujours la terre‖ égorge ses prophètes,Qu'est-ce qu'on doit penser‖ et croire, ô vastes cieux !Contre la vérité‖ le prêtre est factieux ;Tous les cultes, soufflant‖ l'enfer de leurs narines,Mâchent des ossements‖ mêlés à leurs doctrines ;Tous se sont proclamés‖ vrais sous peine de mort ;Pas un autel sur terre,‖ hélas, n'est sans remord.Les faux dieux ont partout‖ laissé leur cicatriceA la nature, sainte‖ et suprême matrice ;Partout l'homme est méchant,‖ cœur vil sous un œil fier,Et mérite la chute‖ immense de l'éclair ;Toute divinité‖ dans ses mains dégénèreEn idole, et devient‖ digne aussi du tonnerre.Qui donc a tort ; qui donc‖ a raison ; que penser ;Dieu semble chaque jour‖ plus avant s'enfoncerDans la profondeur sourde‖ et fatale du vide ;Le Zend est ténébreux ;‖ le Talmud est livide ;Nul ne sait ce qu'un temple,‖ et le dieu qu'on y sent,Aime mieux voir fumer,‖ de l'encens, ou du sang ;Toute église a le meurtre‖ infiltré dans ses dalles ;Les chaires font en bas‖ d'inutiles scandales,Les foudres font en haut‖ d'inutiles éclats ;Ce qu'on doit faire avec‖ ce qu'on doit croire, hélas !Presque toujours conteste‖ et rarement s'accorde.L'abîme profond s'ouvre ;‖ un dogme est une cordeQui pend dans l'ombre énorme‖ et se perd dans le puits.

Ainsi mourut Jésus ;‖ et les peuples depuis,Atterrés, ont senti‖ que l'inconnu lui-mêmeLeur était apparu‖ dans cet Homme Suprême,Et que son évangile‖ était pareil au ciel.Le Golgotha, funeste‖ et pestilentiel,Leur semble la tumeur‖ difforme de l'abîme ;Fauve, il se dresse au fond‖ mystérieux du crime ;Et le plus blême éclair‖ du gouffre est sur ce lieuOù la religion,‖ sinistre, tua Dieu.

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a brille / fille féminine, classiqueb Bethphagé / submergé masculine, classiquec porte / apporte féminine, classiqued bois / voix masculine, classiquee ville / Mille féminine, classiquef rencontrés / prés masculine, classiqueg austère / terre féminine, classiqueh tandis / paradis masculine, classiquei masure / mesure féminine, classiquej faulx / défauts masculine, classiquek haletante / attente féminine, classiquel chœur / cœur masculine, classiquem faucilles / filles féminine, classiquen entendant / ardent masculine, classiqueo âmes / femmes féminine, classiqueb amenons / compagnons masculine, classiquec d'elle / fidèle féminine, classiqued celui / lui masculine, classiquee diadème / l'aime féminine, classiquef Sara / sera masculine, classiqueg célestes / restes féminine, classiqueh serpent / répand masculine, classiquei anges / louanges féminine, classiquej beau / tombeau masculine, classiquek domaine / humaine féminine, classiquel triomphait / stupéfait masculine, classiquem l'approuve / louve féminine, classiquen pavé / levé masculine, classiqueo sombre / nombre féminine, classiquep béni / l'infini masculine, classiqueq l'ombre / sombre féminine, classiquer manquait / banquet masculine, classiques pilastre / d'astre féminine, classiquet Conquérant / grand masculine, classiqueu l'écoute / route féminine, classiquev ânon / nom masculine, classiqueb blême / l'anathème féminine, classiquec front / rond masculine, classiqued couvertes / vertes féminine, classiquee obscurs / murs masculine, classiquef pêle-mêle / mamelle féminine, classiqueg Quelques-uns / parfums masculine, classiqueh mystère / terre féminine, classiquei dessus / cousus masculine, classiquej cortège / protège féminine, classiquek meilleurs / fleurs masculine, classiquel fête / tête féminine, classiquem accourir / mourir masculine, classiquea Jude / solitude féminine, classiqueb esprit / meurtrit masculine, classiquec viles / villes féminine, classiqued fuit / fruit masculine, classiquee croissance / toute-puissance féminine, classiquef fait / réchauffait masculine, classiqueg dire / l'attire féminine, classiqueh enfant / triomphant masculine, classiquei utile / ville féminine, classiquea écoutait / tait masculine, classiquea étroite / droite féminine, classiqueb firmament / vaguement masculine, classiquec disparues / rues féminine, classiqued égyptiens / anciens masculine, classiquee femmes / flammes féminine, classiquea Lazare / court / lourd masculine, classiquea elle / passe / basse féminine, classiquea seuil / orgueil masculine, classiqueb sage / visage féminine, classiquec noir / devoir masculine, classiqued forte / mère / porte féminine, classiquea cris / meurtris masculine, classiquea vie / suivie féminine, classiqueb dis / enhardis masculine, classiquec belle / prunelle féminine, classiqued suffit / profit masculine, classiquee maître / peut-être féminine, classiquef jamais / permets masculine, classiqueg infâmes / âmes féminine, classiqueh l'aimons / monts masculine, classiquei Mère / chimère féminine, classiquej talons / voulons masculine, classiquek Marthe / parte féminine, classiquel devoir / voir masculine, classiquem pierre / lumière féminine, classiquen maison / cloison masculine, classiqueo vite / fuite féminine, classiquep rien / bien masculine, classiqueq ange / étrange féminine, classiquer compagnon / non masculine, classiquea flamboie / joie féminine, classiqueb fours / carrefours masculine, classiquea obscure / Mercure féminine, classiqueb Constantin / matin masculine, classiqueb Jacques / Pâques féminine, classiquec passeront / front masculine, classiqued être / Maître féminine, classiquee raison / maison masculine, classiquef semble / ensemble féminine, classiquea dit / entendit masculine, classiqueb change / l'ange féminine, classiquec bleu / Dieu masculine, classiqued l'abîme / cime féminine, classiquee sacré / lirai masculine, classiquef mendient / l'étudient féminine, équivalentea divin / levain masculine, classiqueb table / redoutable féminine, classiquec disant / sang masculine, classiqued mène / Cène féminine, non classiquee Cédron / l'aviron masculine, classiqueb colline / sibylline féminine, classiquec démon / Simon masculine, classiqued hosties / orties féminine, classiquee viviers / Oliviers masculine, classiquea jeûnes / jeunes féminine, classiqueb sentiers / églantiers masculine, classiquec m'assiste / triste féminine, équivalented jardin / l'Éden masculine, classiquea montagne / regagne féminine, classiquea peu / Dieu masculine, classiquea voie / m'envoie féminine, classiqueb dis / paradis masculine, classiquea désigne / vigne féminine, classiqueb Amos / rameaux masculine, classiquec stériles / villes féminine, classiqueb débats / bas masculine, classiqueb ouverte / verte féminine, classiquec vents / vivants masculine, classiquea vite / maudite féminine, classiqueb mer / amer masculine, classiquea puni / tracée / pensée féminine, classiqueb a / donna masculine, classiquec sycomore / Croyez / encore féminine, classiqueb saisi / d'ici masculine, classiquea pierre / prière féminine, classiquea d'effroi / moi masculine, classiqueb vienne / mienne féminine, classiquea perdit / dit masculine, classiquea heure / reprit / meure féminine, classiquec misérable / vénérable féminine, classiqueb Moria / s'écria masculine, classiquea maître / prêtre féminine, classiqueb descendrai / qu'André masculine, classiqueb grises / reprises féminine, classiqueb fois / bois masculine, classiquea disait / triste / résiste féminine, équivalenteb Judith / entendit masculine, classiquea prophète / tête féminine, classiqueb querelleur / malheur masculine, classiquec oracles / miracles féminine, classiqued pardon / Sidon masculine, classiquee descendre / cendre féminine, classiquef voilà / coula masculine, classiqueg insalubres / lugubres féminine, classiqueh divins / vains masculine, classiquei terribles / cribles féminine, classiquej lit / emplit masculine, classiquek zèbres / ténèbres féminine, classiquel noir / désespoir masculine, classiquem épouvantables / tables féminine, classiquen Assez / chassés masculine, classiqueo ville / l'huile féminine, classiquep talon / Zabulon masculine, classiqueq Partage / Carthage féminine, classiquer marché / péché masculine, classiques mortes / portes féminine, classiquet témoin / loin masculine, classiqueu nourrice / cicatrice féminine, classiquev châtié / pitié masculine, classiquea villes / dit / tranquilles féminine, classiqueb mien / bien masculine, classiquec désaltère / terre féminine, classiqued ciel / Michel masculine, classiquea choses / écloses féminine, classiquea entreront / front masculine, classiquec levant / vivant masculine, classiquea lève / rêve féminine, classiqueb sacré / jardinier masculine, classiquea ressusciterai / nier masculine, classiqueb fontaine / incertaine féminine, classiqued croire / noire féminine, classiquee sang / frémissant masculine, non classiquea querelles / sauterelles féminine, équivalenteb loi / moi masculine, classiquec cygnes / signes féminine, classiqueb d'Israël / ciel masculine, non classiquec extraordinaire / tonnerre féminine, classiquea fardeaux / dos masculine, classiquec sien / pharisien masculine, classiqued vautres / autres féminine, classiquea parla / voilà masculine, classiquea d'épées / crispées féminine, classiquea Christ / obscurci / ici masculine, classiquea Dieu / m’abandonnes / donnes féminine, classiqueb subis / brebis masculine, classiquea maître / soldats / connaître féminine, classiqueb souci / ceux-ci masculine, classiquea épée / cria / frappée féminine, classiqueb châtias / Mathias masculine, classiquea troupe / groupe féminine, classiqueb bourreau / fourreau masculine, classiquec glaive / achève féminine, classiqued soldats / Judas masculine, classiquee s'écoule / foule féminine, classiquef poignets / j'enseignais masculine, classiqueg l'étendre / prendre féminine, classiqueh voleur / apparaissez-leur masculine, classiquei tempêtes / têtes féminine, classiquej millions / lions masculine, classiquek prunelles / éternelles féminine, classiquel prodigieux / cieux masculine, classiquem puissance / l'innocence féminine, classiquen écrit / Jésus-Christ masculine, classiqueb firent / s'enfuirent féminine, classiquea Pathmos / rameaux masculine, classiqueb lévites / vîtes féminine, classiquec seul / linceul masculine, classiqued femme / infâme féminine, classiquee mission / Sion masculine, classiquef ténèbres / funèbres féminine, classiqueg Eddon-Azir / saisir masculine, classiqueh l'ossuaire / suaire féminine, classiquea l'arrêt / Nazareth masculine, classiqueb sombre / d'ombre féminine, classiquec Nil / soit-il masculine, classiquea grand-prêtre / comparaître féminine, classiqueb poissons / caleçons masculine, classiquec repasse / basse féminine, classiqued déjà / l'interrogea masculine, classiquee foule / s'écoule féminine, classiquef firmament / publiquement masculine, classiqueg terre / taire féminine, classiqueh présent / disant masculine, classiquei grand-prêtre / maître féminine, classiquej frappes-tu / vêtu masculine, classiquek Exemple / temple féminine, classiquel rebâtirait / l'arrêt masculine, classiquem membre / chambre féminine, classiquea patient / criant masculine, classiquec meurtrit / Messie / Christ masculine, classiquea n'effleure / l'heure féminine, classiquea lentement / dormant masculine, classiqueb sandales / dalles féminine, classiquec gravé / Haut-Pavé masculine, classiqued siège / liège féminine, classiqueb effroi / loi masculine, classiquea courbée / Macchabée féminine, classiqueb examen / romain masculine, classiquec effarée / sacrée féminine, classiqued soleil / appareil masculine, classiquee colère / circulaire féminine, classiquef hauteurs / docteurs masculine, classiqueg incarnates / nattes féminine, classiqueh yeux / mystérieux masculine, classiquei gauche / fauche féminine, classiquea prière / Pierre féminine, classiqueb loi / pourquoi masculine, classiquec juges / refuges féminine, classiqued Gabbatha / sculpta masculine, classiqueb fenêtres / prêtres féminine, classiquec obscur / mur masculine, classiqued vice / justice féminine, classiquea ternit / granit masculine, classiquea phylactères / caractères féminine, classiqueb fer / éclair masculine, classiquea nue / inconnue féminine, classiqueb réel / d'Israël masculine, classiquec mitres / arbitres féminine, classiquea faisait / verset masculine, classiqueb enivre / livre féminine, classiquea roi / Loi masculine, classiqueb manière / dernière féminine, classiquea d'Endor / d'or masculine, classiqueb préside / suicide féminine, classiquec lin / taffilin masculine, classiqued doctrine / poitrine féminine, classiquee habits / rubis masculine, classiqueg fanal / tribunal masculine, classiquea s'apaise / chaise féminine, classiquea ténébreux / eux masculine, classiquea délibère / Tibère féminine, classiquea voyez / envoyés masculine, classiqueb Messie / noircie féminine, classiquec discours / toujours masculine, classiqued violée / Galilée féminine, classiquea Membré / livré masculine, classiqueb servent / n'observent féminine, classiquea innocent / Potiphar / sang masculine, classiquea prouve / trouve féminine, classiqueb trois / croix masculine, classiquea prescrites / rites féminine, classiqueb vol / Paul masculine, classiquec leurre / meure féminine, non classiquea moi / loi masculine, classiqueb compatisse / justice féminine, classiquec mord / mort masculine, classiquea ravage / l'esclavage féminine, équivalentea sanhédrin / d'airain masculine, classiqueb abattue / tue féminine, classiquea Simon / démon masculine, classiqueb l'extermine / vermine féminine, classiquea perdu / entendu masculine, classiquea pontife / prêtre / Caïphe féminine, classiqueb front / brilleront masculine, classiquec promise / Moïse féminine, classiquea dit / mort / sort masculine, classiqueb hésite / visite féminine, classiquec chien / rien masculine, classiquea ajoute / voûte féminine, classiqueb vanté / l'éternité masculine, classiquea dites / écrites féminine, classiqueb effaçait / verset masculine, classiquea l'aime / suprême féminine, classiqueb Algol / vol masculine, classiquec dérobe / robe féminine, classiqueb loi / s’écria / foi masculine, classiqueb pense / récompense féminine, classiquec déçus / Jésus masculine, classiquea noire / d'ivoire féminine, classiquea Jésus / seuls / linceuls masculine, classiqueb feu / dieu masculine, classiqueb nomme / homme féminine, classiquea point / chanta / Golgotha masculine, classiqueb potence / l'assistance féminine, classiquea pensait / l’appela / homme-là masculine, classiquea dire / rire féminine, classiqueb ici / aussi masculine, classiquea sorte / homme / porte féminine, classiquea chanta / chemins / mains masculine, classiqueb l'ombre / nombre féminine, classiqueb crieur / extérieur masculine, classiquec d'ivoire / gloire féminine, classiqueb conquérant / prend masculine, classiquec bronze / Onze féminine, classiquea genou / licou masculine, classiqueb somme / Rome féminine, classiqueb grammairien / Adrien masculine, classiquec suive / juive féminine, classiqueb lapider / demander masculine, classiquec rapide / lapide féminine, classiqued croix / droits masculine, classiquee l'affaire / préfère féminine, classiquef romain / chemin masculine, classiqueg culte / insulte féminine, classiqueh d'affront / front masculine, classiquei parricide / décide féminine, classiquej tribun / quelqu'un masculine, classiquek grâce / s'amasse féminine, classiqueb voix / fois masculine, classiquea l'homme / Rome féminine, classiqueb loi / roi masculine, classiquea colère / consulaire féminine, classiqueb indolent / blanc masculine, classiqueb coupole / l'isole féminine, classiquec talon / Corbulon masculine, classiqued d'Octave / batave féminine, classiquee rébellion / Lyon masculine, classiquef consulaire / galère féminine, classiqueg revenu / retenu masculine, classiqueh d'éponges / songes féminine, classiquei moyen / payen masculine, classiquej bandelettes / violettes féminine, classiquek pend / rampant masculine, classiquem contrariant / d'orient masculine, classiquea curule / brûle féminine, classiqueb vaguement / jugement masculine, classiquec prêtres / traîtres féminine, classiqued d'airain / souverain masculine, classiquea Calvaire / sévère féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquec grosses / fosses féminine, classiqued crois / croix masculine, classiquee fêtes / faites féminine, classiquef Joppé / enveloppé masculine, classiqueg l'antre / dit / centre féminine, classiquea écus / vaincus masculine, classiqueb porte / rapporte féminine, classiquec Malheur / voleur masculine, classiqued grand-prêtre / être féminine, classiquee réprouvé / pavé masculine, classiquef somme / homme féminine, classiqueg pendit / maudit masculine, classiqueb sentence / potence féminine, classiquec pourrissait / sait masculine, classiqued ténèbres / célèbres féminine, classiqueb parfois / rois masculine, classiquec carnages / personnages féminine, classiqued voit / doigt masculine, classiquef Haceldama / forma masculine, classiqueg catacombes / tombes féminine, classiqueh profond / front masculine, classiquei gouffre / souffre féminine, classiquej blessé / ramassé masculine, classiquea vile / ville féminine, classiqueb dehors / morts masculine, classiquec solitaire / terre féminine, classiqueb Jésus-Christ / nocturne / fleurit masculine, classiqueb touche / farouche féminine, classiquec regard / hagard masculine, classiqued l'effleure / l'heure féminine, classiquee demi / revomi masculine, classiquef invisibles / terribles féminine, classiqueg vent / rêvant masculine, classiqueh brume / Hélas / coutume féminine, classiqueb d'accord / mort masculine, classiquec grâce / s'entasse féminine, classiqueb essaims / voisins masculine, classiquec hache / vache féminine, classiqued paniers / centeniers masculine, classiquee vermeille / veille féminine, classiquef dirigé / Bethphagé masculine, classiqueg place / populace féminine, classiqueh bâton / disait-on masculine, classiquei boutiques / paralytiques féminine, classiquej guéris / cris masculine, classiquek vertes / ouvertes féminine, classiquel courait / Nazareth masculine, classiquem écoute / route féminine, classiquen habits / fourbis masculine, classiqueo prétoire / boire féminine, classiquep osselets / palais masculine, classiqueb d'écarlate / Pilate féminine, classiquea l’homme / Christ / ciel / reprit masculine, classiqueb vivre / délivre féminine, classiquec Barabbas / pas masculine, classiqued tonnerre / terre féminine, classiquea romains / mains masculine, classiquea geôle / l'épaule féminine, classiqueb poignet / saignait masculine, classiquec accable / implacable féminine, classiqued nœuds / vénéneux masculine, classiquee crimes / azymes féminine, classiqueb côtés / ensanglantés masculine, classiquec visage / passage féminine, classiqued talons / blonds masculine, classiquee fleuries / Maries féminine, classiqueb trajet / plongeait masculine, classiqueb profonde / monde féminine, classiquec marbre / arbre féminine, classiquea libre / plis / remplis masculine, classiqueb rues / bourrues féminine, classiquec confusément / ferrement masculine, classiqued sorte / porte féminine, classiquee poursuit / nuit masculine, classiquef vivre / ivre féminine, classiqueg sort / dort masculine, classiqueh venue / continue féminine, classiquei immensité / cité masculine, classiquej s'incline / colline féminine, classiquek aujourd'hui / lui masculine, classiquel éternelle / prunelle féminine, classiquem Oui / ébloui masculine, classiquea s'enfonce / ronce féminine, classiqueb rocher / marcher masculine, classiquec louve / trouve féminine, classiqued sommet / remet masculine, classiquee farouche / touche féminine, classiqueb Barabbas / bras masculine, classiquec peine / promène féminine, classiqued estropiés / pieds masculine, classiquee feuillée / mouillée féminine, classiquef sang / glissant masculine, classiqueg s'ouvre / couvre féminine, classiqueh linéament / firmament masculine, classiquea croix / plonge / éponge féminine, classiqueb morts / corps masculine, classiquec nouées / clouées féminine, non classiqued défiguré / éclairé masculine, classiquee rêve / s'élève féminine, classiquea réveillé / souillé masculine, classiqueb sable / inexprimable féminine, classiquec vapeur / peur masculine, classiqued fuite / détruite féminine, classiquee Sion / accusation masculine, classiquef infamante / tourmente féminine, classiqueh lisible / l'invisible féminine, classiquei Dieu / lieu masculine, classiquea stagnante / frissonnante féminine, classiqueb gibet / courbait masculine, classiquec mouvante / épouvante féminine, classiqued mort / d'effort masculine, classiquee crépuscule / recule féminine, classiquef vent / avant masculine, classiqueg blême / elle-même féminine, classiquei mesure / sûre féminine, classiquej brilla / là masculine, classiquek tombe / colombe féminine, classiquea l'épaississement / moment masculine, classiqueb orpheline / songeait / colline féminine, classiqueb ternis / infinis masculine, classiquec funèbres / ténèbres féminine, classiqued effrayant / foudroyant masculine, classiquef côté / d'obscurité masculine, classiqueg perdue / l'étendue féminine, classiqueh affronts / fronts masculine, classiquei tête / tempête féminine, classiquej tremblant / cria / sanglant masculine, classiqueb autres / nôtres féminine, classiquec ici-bas / courbas masculine, classiqued publiques / angéliques féminine, classiquee soutien / bien masculine, classiquef message / sage féminine, classiqueg morts / mords masculine, classiqueh dénigres / tigres féminine, classiquei combats / Barabbas masculine, classiquej libre / équilibre féminine, classiquek penché / péché masculine, classiquel prière / lumière féminine, classiquem ressuscités / clartés masculine, classiquen creuse / lépreuse féminine, classiqueo hérissé / adressé masculine, classiquep muraille / paille féminine, classiqueq choix / croix masculine, classiquer fauve / sauve féminine, classiques clouez / loués masculine, classiquet cendre / descendre féminine, classiqueu l'épouser / baiser masculine, classiquev fonde / profonde féminine, classiquew cœur / vainqueur masculine, classiquex nature / fermeture féminine, classiquey tombeau / beau masculine, classiquez n'existe / triste féminine, classiquea sommets / désormais masculine, classiqueb l'ignorance / différence féminine, classiquec convient / tient masculine, classiqued âme / infâme féminine, classiquee Barabbas / bas masculine, classiquef broussaille / tressaille féminine, classiqueg J'aperçois / croix masculine, classiquei d'effroi / toi masculine, classiquej l'abîme / victime féminine, classiquek maintenant / rayonnant masculine, classiquel expire / pire féminine, classiquem refroidis / dis masculine, classiquea toi / rude / ingratitude féminine, classiqueb d'épargner / saigner masculine, classiquec t'engloutisse / justice féminine, classiqued firmament / fumant masculine, classiquee brisée / rosée féminine, classiquef rejeté / férocité masculine, classiqueg lapide / stupide féminine, classiqueh cheveu / Dieu masculine, classiquea compte / honte féminine, classiqueb absous / au-dessous masculine, classiquec terrible / horrible féminine, classiqued fixement / d'ossement masculine, classiquee pâle / râle féminine, classiquef noyés / essuyés masculine, classiqueg tempe / rampe féminine, classiqueh moment / lugubrement masculine, classiquea continue / nue féminine, classiquea plateau / manteau masculine, classiqueb miséricorde / corde féminine, classiquec crocs / bourreaux masculine, classiqued cible / terrible féminine, classiquee chemin / main masculine, classiquef cloue / joue féminine, classiqueg pieds / broyés masculine, classiqueh d'épines / rapines féminine, classiquei frappant / pend masculine, classiquej coule / foule féminine, classiquek croix / bois masculine, classiquel repaire / Père féminine, classiquem font / fond masculine, classiqueb louche / bouche féminine, classiquec sabacthani / l'infini masculine, classiqued sombre / l'ombre féminine, classiquea yeux / monstrueux masculine, classiqueb tremble / ensemble féminine, classiquec croix / crois masculine, classiqued maudite / médite féminine, classiquee bégayants / effrayants masculine, classiquef recueille / feuille féminine, classiqueg s'évanouit / nuit masculine, classiqueh bouches / farouches féminine, classiquei stupeur / vapeur masculine, classiquej rêves / glaives féminine, classiqueb choir / mouchoir masculine, classiquec femme / flamme féminine, classiquea sang / fléchissant masculine, classiqueb anathème / toi-même féminine, classiquec jamais / blasphémais masculine, classiqueb toi-même / t'aime féminine, classiquec confié / crucifié masculine, classiqued sourire / dire féminine, non classiquee expirant / grand masculine, classiquef globe / robe féminine, classiqueb dés / inondés masculine, classiqueb ténèbres / vertèbres féminine, classiquec yeux / cieux masculine, classiqued L'ombre / nombre féminine, classiquee pas / bas masculine, classiquef dressèrent / resserrent féminine, classiqueg enfouit / s'évanouit masculine, classiqueh restèrent / déterrent féminine, classiquei lambeaux / tombeaux masculine, classiquej ville / immobile féminine, classiqueb Humanité / l'éternité masculine, classiquec d'histoire / noire féminine, classiqued l'orient / s'écriant masculine, classiquee consomme / l'homme féminine, classiquef suffirait / forêt masculine, classiqueg évangélistes / tristes féminine, classiqueh rébellion / lion masculine, classiqueb Mahomet / sommet masculine, classiquec divines / épines féminine, classiqued moment / firmament masculine, classiquee registre / sinistre féminine, classiquef au-dessus / Jésus masculine, classiqueg bibles / invisibles féminine, classiquea plus / reflux masculine, classiquea Caïphe / griffe féminine, classiqueb l'agneau / anneau masculine, classiquec guerre / refaire féminine, classiqued Jésus / aperçus masculine, classiquee Élie / accomplie féminine, classiquef loi / foi masculine, classiqueg décombres / sombres féminine, classiqueh saints / assassins masculine, classiquei Dominique / inique féminine, classiquej solennel / l'Éternel masculine, classiquea finie / agonie féminine, classiqueb carrefours / toujours masculine, classiquec aile / éternelle féminine, classiqued gracieux / cieux masculine, classiquee solaires / colères féminine, classiquef jours / sourds masculine, classiqueg scribes / diatribes féminine, classiqueh ment / serment masculine, classiquei prière / par-derrière féminine, classiquej mystérieux / dieux masculine, classiquek désastres / astres féminine, classiquel corrompt / front masculine, classiquem cognée / baignée féminine, classiquen sentier / charpentier masculine, classiqueo sommes / hommes féminine, classiquep Jésus-Christ / flétrit masculine, classiqueb auguste / juste féminine, classiquec sort / mort masculine, classiqued d'être / naître féminine, classiquee cabanon / non masculine, classiquef inconnue / continue féminine, classiqueg manteau / poteau masculine, classiqueh étoilée / mêlée féminine, classiqueb périt / Jésus-Christ masculine, classiquec Grève / s'élève féminine, classiqued éclairer / dénaturer masculine, classiquee frère / téméraire féminine, classiquef port / mort masculine, classiqueg s'arrête / tête féminine, classiqueh INRI / meurtri masculine, classiquei douloureuse / creuse féminine, classiquej échafaud / faut masculine, classiquek chaume / fantôme féminine, classiquel condamnés / couronnés masculine, classiquem supplice / complice féminine, classiquen sommet / rendormait masculine, classiqueo d'anges / étranges féminine, classiquep l'orient / souriant masculine, classiqueq aile / échelle féminine, classiquer dérobait / gibet masculine, classiquea faites / prophètes féminine, classiqueb cieux / factieux masculine, classiquec narines / doctrines féminine, classiqued mort / remord masculine, classiquee cicatrice / matrice féminine, classiquef fier / l'éclair masculine, classiqueg dégénère / tonnerre féminine, classiqueh penser / s'enfoncer masculine, classiquei vide / livide féminine, classiquej sent / sang masculine, classiquek dalles / scandales féminine, classiquel éclats / hélas masculine, classiquem s'accorde / corde féminine, classiquen puits / depuis masculine, classiqueb lui-même / Suprême féminine, non classiquec ciel / pestilentiel masculine, classiqued l'abîme / crime féminine, classiquee lieu / Dieu masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

1420 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources