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La légende des siècles, 1877· VII Le cid exilé

Le Cid exilé

Victor Hugo· strophes variées, alexandrins, 323 vers

I

Le Cid est exilé. Qui se souvient du Cid ?Le roi veut qu'on l'oublie ;‖ et Reuss, Almonacid,Graos, tous ses exploits‖ ressemblent à des songes ;Les rois maures chassés‖ ou pris sont des mensonges ;Et quant à ces combats‖ puissants qu'il a livrés,Pancorbo, la bataille‖ illustre de GivrezQui semble une volée‖ effrayante d'épées,Coca, dont il dompta‖ les roches escarpées,Gor où le Cid pleurait‖ de voir le jour finir,C'est offenser le roi‖ que de s'en souvenir.Même il est malséant‖ de parler de Chimène.

Un homme étant allé‖ visiter un domaineDans les pays qui sont‖ entre l'Èbre et le Cil,Du côté que le Cid‖ habite en son exil,A passé par hasard‖ devant son écurie ;Le duc Juan, dont cet homme‖ est serf en Asturie,Bon courtisan, l'a fait‖ à son retour punirPour avoir entendu‖ Babieça hennir.

Donc, chacun l'a pour dit,‖ n'est pas sujet fidèleQui parle de Tortose‖ et de la citadelleOù le glorieux Cid‖ arbora son drapeau ;Dire ces mots : Baxa,‖ Médina del Campo,Vergara, Salinas,‖ Mondragon-les-Tours-Noires,Avec l'intention‖ de nommer des victoires,Ce n'est point d'un loyal‖ Espagnol ; qu'autrefoisUn homme ait fait lâcher‖ au comte Odet de FoixLes infantes d'Irun,‖ Payenne et Manteline ;Que cet homme ait sauvé‖ la Castille orpheline ;Qu'il ait dans la bataille‖ été le grand cimier ;Que les maures, foulés‖ par lui comme un fumier,L'admirent, et, vaincus,‖ donnent son nom célèbreAu ruisseau Cidacos‖ qui se jette dans l'Èbre ;Qu'il ait rempli du bruit‖ de ses fiers pas vainqueursAstorga, Zamora,‖ l'Aragon, tous les cœurs ;Qu'il ait traqué, malgré‖ les gouffres et les pièges,L'horrible Abdulmalic‖ dans la sierra des Neiges,En janvier, sans vouloir‖ attendre le dégel ;Qu'il ait osé défendre‖ aux notaires d'UrgelDe dater leurs contrats‖ de l'an du roi de France ;Que cet homme ait pour tous‖ été la délivrance,Allant, marchant, courant,‖ volant de tous côtés,Effarant l'ennemi‖ dans ces rapidités ;Qu'on l'ait vu sous Lorca,‖ figure surhumaine,Et devant Balbastro,‖ dans la même semaine ;Qu'il ait, sur la tremblante‖ échelle des hasards,Calme, donné l'assaut‖ à tous les alcazars,Toujours ferme, et toujours,‖ à Tuy comme à Valence,Fier dans le tourbillon‖ sombre des coups de lance,C'est possible ; mais l'ombre‖ est sur cet homme-là ;Silence, Est-ce après tout‖ grand-chose que cela ?Le pont Matamoros‖ peut vous montrer ses brèches :Mais, s'il parle du Cid‖ vainqueur, bravant les flèches,On fera démolir‖ le pont Matamoros !Le roi ne veut pas plus‖ qu'on nomme le hérosQue le pape ne veut‖ qu'on nomme la comète ;Il n'est pas démontré‖ que l'aigle se permetteDe faire encor son nid‖ dans ce mont Muradal,Qui fit de Tizona‖ la sœur de Durandal.

II

Du reste, comme il faut‖ des héros pour la guerre,Le roi, cassant le Cid,‖ a trouvé bon d'en faire ;Il en a fait. L'Espagne‖ a des hommes nouveaux.Alvar Rambla, le duc‖ Nuño Saz y Calvos,Don Gil, voilà les noms‖ dont la foule s'effare ;Ils sont dans la lumière,‖ ils sont dans la fanfare ;Leur moindre geste s'enfle‖ au niveau des exploits ;Et, dans leur antichambre,‖ on entend quelquefoisLes pages, d'une voix‖ féminine et hautaine,Dire : — Ah oui-da, le Cid !‖ c'était un capitaineD'alors. Vit-il encor,‖ ce Campéador-là ?

Le Cid n'existe plus‖ auprès d'Alvar Rambla ;Gil, plus grand que le Cid,‖ dans son ombre le cache ;Nuño Saz engloutit‖ le Cid sous son panache ;Sur Achille tombé‖ les myrmidons ont crû ;Et du siècle du Cid‖ le Cid a disparu.

L'exil, est-ce l'oubli‖ vraiment ? Une mémoireQu'un prince étouffe est-elle‖ éteinte pour la gloire ?Est-ce à jamais qu'Alvar,‖ Nuño, Gil, nains heureux,Éclipsent le grand Cid‖ exilé derrière eux ?

Quand le voyageur sort‖ d'Oyarzun, il s'étonne,Il regarde, il ne voit,‖ sous le noir ciel qui tonne,Que le mont d'Oyarzun,‖ médiocre et pelé :— Mais ce Pic du Midi,‖ dont on m'avait parlé,Où donc est-il ? Ce Pic,‖ le plus haut des Espagnes,N'existe point. S'il m'est‖ caché par ces montagnes,Il n'est pas grand. Un peu‖ d'ombre l'anéantit. —Cela dit, il s'en va,‖ point fâché, lui petit,Que ce mont qu'on disait‖ si haut ne soit qu'un rêve.Il marche, la nuit vient,‖ puis l'aurore se lève,Le voyageur repart,‖ son bâton à la main,Et songe, et va disant‖ tout le long du chemin :— Bah ! s'il existe un Pic‖ du Midi, que je meure !La montagne Oyarzun‖ est belle, à la bonne heure ! —Laissant derrière lui‖ hameaux, clochers et tours,Villes et bois, il marche‖ un jour, deux jours, trois jours ;— Le genre humain dirait‖ trois siècles ; — il s'enfonceDans la lande à travers‖ la bruyère et la ronce ;Enfin, par hasard, las,‖ inattentif, distrait,Il se tourne, et voici‖ qu'à ses yeux reparaît,Comme un songe revient‖ confus à la pensée,La plaine dont il sort‖ et qu'il a traverséeL'église et la forêt,‖ le puits et le gazon ;Soudain, presque tremblant,‖ là-bas, sur l'horizonQue le soir teint de pourpre‖ et le matin d'opale,Dans un éloignement‖ mystérieux et pâle,Au-delà de la ville‖ et du fleuve, au-dessusD'un tas de petits monts‖ sous la brume aperçusOù se perd Oyarzun‖ avec sa butte informe,Il voit dans la nuée‖ une figure énorme ;Un mont blême et terrible‖ emplit le fond des cieux ;Un pignon de l'abîme,‖ un bloc prodigieuxSe dresse, aux lieux profonds‖ mêlant les lieux sublimes ;Sombre apparition‖ de gouffres et de cimes,Il est là ; le regard‖ croit, sous son porche obscur,Voir le nœud monstrueux‖ de l'ombre et de l'azur,Et son faîte est un toit‖ sans brouillard et sans voileOù ne peut se poser‖ d'autre oiseau que l'étoile ;C’est le Pic du Midi.L’Histoire voit le Cid.

III

Grande nouvelle. Émoi‖ dans tout Valladolid.Quoi ? Qu'est-ce donc ? Le roi‖ se dément ! Le roi cède !Alphonse a pour maîtresse‖ une fille assez laide,Et qui, par cela même,‖ on ne sait pas pourquoi,Fait tout ce qu'elle veut‖ de la raison du roi,Au point qu'elle en pourrait‖ tirer des choses sages.Cette fille a-t-elle eu‖ quelques mauvais présages ?Ou bien le roi du peuple‖ entend-il la rumeur ?Est-il las des héros‖ qu'il a faits par humeur ?Finit-il par trouver‖ cette gloire trop plate ?Craint-il que tout à coup‖ une guerre n'éclateQui soit vraiment méchante‖ et veuille un vrai héros ?Le certain, c'est qu'après‖ le combat de taureauxSon altesse un dimanche‖ a dit dans la chapelle :— Ruy Diaz de Bivar‖ revient. Je le rappelle.Je le veux, — Ils sont là‖ plus d'un esprit subtil ;Pourtant pas un n'a dit :‖ Mais le Cid voudra-t-il ?N'importe, il plaît au roi‖ de revoir ce visage.Pour éblouir le Cid,‖ il charge du messageUn roi, l'homme entre tous‖ vénéré dans sa cour,Son vassal, son parent,‖ le roi d'Acqs-en-Adour,Santos le Roux, qu'on nomme‖ aussi le Magnanime,Parce qu'étant tuteur‖ d'Atton, comte de Nîme,Il le fit moine, et prit‖ sa place, et confisquaSes biens pour les donner‖ au couvent de Huesca.

IV

Ce sont de braves cœurs‖ que les gens de la plaine ;Ils chantent dans les blés‖ un chant bizarre et fou ;Et quant à leurs habits‖ faits de cuir et de laine,Boire les use au coude‖ et prier, au genou.

Étant fils du sang basque,‖ ils ont cet avantageSur les froids espagnols‖ murés dans leurs maisons,Qu'ils préfèrent à l'eau,‖ fût-elle prise au Tage,Le vin mystérieux‖ d'où sortent les chansons.

Ils sont hospitaliers,‖ prodigues, bons dans l'âme.L'homme dit aux passants :‖ Entrez, les bienvenus !Pour un petit enfant‖ qu'elle allaite, la femmeMontre superbement‖ deux seins de marbre nus.

Lorsque l'homme est aux champs,‖ la femme reste seule.N'importe, entrez ! passants,‖ le lard est sur l'étal,Mangez ! Et l'enfant joue,‖ et dans un coin l'aïeuleRaccommode un vieux cistre‖ aux cordes de métal.

Quelques-uns sont bergers‖ dans les grands terrains vagues,Champs que les bataillons‖ ont légués aux troupeaux,Mer de plaines ayant‖ les collines pour vagues,Où César a laissé‖ l'ombre de ses drapeaux.

Là passent des bœufs roux‖ qui sonnent de la cloche,Avertissant l'oiseau‖ de leur captivité ;L'homme y féconde un sol‖ plus âpre que la roche,Et de cette misère‖ extrait de la fierté.

L'égyptienne y rôde‖ et suspend en guirlandesSur sa robe en lambeaux‖ les bleuets du sillon ;La fleur s'offre aux gypsis‖ errantes dans ces landes,Car, fille du fumier,‖ elle est sœur du haillon.

Là, tout est rude ; août‖ flamboie et janvier gèle ;Le zingaro regarde,‖ en venant boire aux puits,Les fonds mouillés que font‖ les seaux sur la margelle,Tout cercle étant la forme‖ effrayante des nuits.

Là, dans les grès hideux,‖ l'ermite fait sa grotte.Lieux tristes ! le boucher‖ y vient trois fois par an ;Le grelot des moutons‖ y semble la marotteDont l'animal, fou sombre,‖ amuse Dieu tyran.

Peu d'herbe ; les brebis‖ paissent exténuées ;Le pâtre a tout l'hiver‖ sur son toit de roseauxLe bouleversement‖ farouche des nuéesQuand les hydres de pluie‖ ouvrent leurs noirs naseaux.

Ces hommes sont vaillants.‖ Âmes de candeur pleines,Leur regard est souvent‖ fauve, jamais moqueur ;Rien ne gêne le souffle‖ immense dans les plaines ;La liberté du vent‖ leur passe dans le cœur.

Leurs filles qui s'en vont‖ laver aux cressonnières,Plongent leur jambe rose‖ au courant des ruisseaux ;On ne sait, en entrant dans leurs maisons tanières,Si l'on voit des enfants‖ ou bien des lionceaux.

Voisins du bon proscrit,‖ ils labourent, ils sèment,A l'ombre de la tour‖ du preux Campéador ;Contents de leur ciel bleu,‖ pauvres, libres, ils aimentLe Cid plus que le roi,‖ le soleil plus que l'or.

Ils récoltent au bas‖ des monts, comme en Provence,Du vin qu'ils font vieillir‖ dans des outres de peau ;Le fisc, quand il leur fait‖ payer leur redevance,Leur fait l'effet du roi‖ qui leur tend son chapeau.

Les rayons du grand Cid‖ sur leurs toits se répandent ;Il est l'auguste ami‖ du chaume et du grabat ;Car avec les héros‖ les laboureurs s'entendent ;L'épée a sa moisson,‖ le soc a son combat ;

La charrue est de fer‖ comme les pertuisanes ;Les victoires, sortant‖ du champ et du hallier,Parlent aux campagnards‖ étant des paysannes,Et font le peuple avec‖ la gloire familier.

Ils content que parfois‖ ce grand Cid les arrête,Les fait entrer chez lui,‖ les nomme par leur nom,Et que, lorsqu'à l'étable‖ ils attachent leur bête,Babieça n'est pas‖ hautaine pour l'ânon.

Le barbier du hameau‖ le plus proche raconteQue parfois chez lui vient‖ le Cid paisible et franc,Et, vrai ! qu'il s'assied là‖ sur l'escabeau, ce comteEt ce preux qui serait,‖ pour un trône, trop grand.

Le barbier rase bien‖ le héros, quoiqu'il tremble ;Puis, une loque est là‖ pour tous ceux qui viendront ;Le Cid prend ce haillon,‖ torchon du peuple, et sembleEssuyer le regard‖ des princes sur son front.

Comment serait-il fier‖ puisqu'il a tant de gloire ?Les filles dans leur cœur‖ aiment cet Amadis ;La main blanche souvent‖ jalouse la main noireQui serre ce poing fort,‖ plein de foudres jadis.

Ils se disent, causant,‖ quand les nuits sont tombées,Que cet homme si doux,‖ dans des temps plus hardis,Fut terrible, et, géant,‖ faisait des enjambéesDes tours de Pampelune‖ aux clochers de Cadix.

Il n'est pas un d'entre eux‖ qui ne soit prêt à suivrePartout ce Ruy Diaz‖ comme un céleste esprit,En mer, sur terre, au bruit‖ des trompettes de cuivre,Malgré le groupe blond‖ des enfants qui sourit.

Tels sont ces laboureurs.‖ Pour défendre l'Espagne,Ces rustres au besoin‖ font plus que des infants ;Ils ont des chariots‖ criant dans la campagne,Et sont trop dédaigneux‖ pour être triomphants.

Ils cultivent les blés‖ où chantent les cigales ;Pélage lui jadis‖ les voyait accourir,Et jamais ne trouva‖ leurs âmes inégalesAu danger, quel qu'il fût,‖ quand il fallait mourir.

V

Ruy Diaz de Bivar‖ est leur plus belle gerbe.Dans un beau train de guerre‖ et de chevaux fougueux,Don Santos traversa‖ leurs villages, superbe,Avec le bruit d'un roi‖ qui passe chez des gueux.

On ne le suivit point‖ comme on fait dans les villes ;Nul ne le harangua,‖ ces hommes aux pieds nusAyant la nuque dure‖ aux saluts inutilesEt se dérangeant peu‖ pour des rois inconnus.

— Je suis l'ami du roi,‖ disait-il avec gloire ;Et nul ne s'inclinait‖ que le corrégidor ;Le lendemain, ayant‖ grand'soif et voulant boire,Il dit : — Je suis l'ami‖ du Cid Campéador.

Don Santos traversa‖ la plaine vaste et rude,Et l'on voyait au fond‖ la tour du fier banni ;C'est là qu'était le Cid.‖ Le ciel, la solitude,Et l'ombre, environnaient‖ sa grandeur d'infini.

Quand Santos arriva,‖ Ruy, qui sortait de table,Était dans l'écurie‖ avec Babieça ;Et Santos apparut‖ sur le seuil de l'étable ;Ruy ne recula point,‖ et le roi s'avança.

La jument, grasse alors‖ comme un cheval de moine,Regardait son seigneur‖ d'un regard presque humain ;Et le bon Cid, prenant‖ dans l'auge un peu d'avoine,La lui faisait manger‖ dans le creux de sa main.

VI

Le roi Santos parla‖ de sa voix la plus haute :— « Cid, je viens vous chercher.‖ Nous vous honorons tous.Vous avez une épine‖ au talon, je vous l'ôte.Voici pourquoi le roi‖ n'est pas content de vous :

« Votre allure est chez lui‖ si fière et si guerrière,Que, tout roi qu'est le roi,‖ son altesse a souventL'air de vous annoncer‖ quand vous marchez derrière,Et de vous suivre, ô Cid,‖ quand vous marchez devant.

« Vous regardez fort mal‖ toute la servidumbre.Cid, vous êtes Bivar,‖ c'est un noble blason ;Mais le roi n'aime pas‖ que quelqu'un fasse une ombrePlus grande que la sienne‖ au mur de sa maison.

« Don Ruy, chacun se plaint :‖ — Le Cid est dans la nue ;Du sceptre à son épée‖ il déplace l'effroi ;Ce sujet-là se tient‖ trop droit ; il diminueL'utile tremblement‖ qu'on doit avoir du roi. —

« Vous n'êtes qu'à peu près‖ le serviteur d'Alphonse ;Quand le roi brise Arcos,‖ vous sauvez Ordoñez ;Vous retirez l'épée‖ avant qu'elle s'enfonce ;Le roi dit : Frappe. Alors,‖ vous, Cid, vous pardonnez.

« Qui s'arrête en chemin‖ sert à demi son maître ;Jamais d'un vain scrupule‖ un preux ne se troubla ;La moitié d'un ami,‖ c'est la moitié d'un traître ;Et ce n'est pas pour vous,‖ Cid, que je dis cela.

« Enfin, et j'y reviens,‖ vous êtes trop superbe ;Le roi jeta sur vous‖ l'exil comme un rideau ;Rayon d'astre, soyez‖ moins lourd pour lui, brin d'herbe,Ce qui d'abord est gloire‖ à la fin est fardeau.

« Vous êtes au-dessus‖ de tous, et cela gêne ;Quiconque veut briller‖ vous sent comme un affront,Tant Valence, Graos,‖ Givrez et CarthagèneFont d'éblouissement‖ autour de votre front.

« Tel mot, qui par moments‖ tombe de vous, fatigueSon altesse à la cour,‖ à la ville, au Prado ;Le creusement n'est pas‖ moins importun, Rodrigue,De la goutte d'orgueil‖ que de la goutte d'eau.

« Je ne dis pas ceci‖ pour vous, Cid redoutable.Vous êtes sans orgueil,‖ étant de bonne foi ;Si j'étais empereur,‖ vous seriez connétable ;Mais seulement tâchez‖ de faire cas du roi.

« Quand vous lui rapportez,‖ vainqueur, quelque province,Le roi trouve, et ceci‖ de nous tous est compris,Que jamais un vassal‖ n'a salué son prince,Cid, avec un respect‖ plus semblable au mépris.

« Votre bouche en parlant‖ sourit avec tristesse ;On sent que le roi peut‖ avoir Burgos, Madrid,Tuy, Badajoz, Léon,‖ soit ; mais que son altesseN'aura jamais le coin‖ de la lèvre du Cid.

« Le vassal n'a pas droit‖ de dédain sur le maître.On vous tire d'exil ;‖ mais, Cid, écoutez-moi,Il faut dorénavant‖ qu'il vous convienne d'êtreAussi grand devant Dieu,‖ moins haut devant le roi.

« Pour apaiser l'humeur‖ du roi, fort légitime,Il suffit désormais‖ que le roi, comme il sied,Sente qu'en lui parlant‖ vous avez de l'estime. »Babieça frappait‖ sa litière du pied,

Les chiens tiraient leur chaîne‖ et grondaient à la porte,Et le Cid répondit au roi Santos le Roux :— Sire, il faudrait d'abord‖ que vous fissiez en sorteQue j'eusse de l'estime‖ en vous parlant à vous.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
71[aa] 45[abab]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a Cid / Almonacid masculine, classiqueb songes / mensonges féminine, classiquec livrés / Givrez masculine, classiqued d'épées / escarpées féminine, classiquee finir / souvenir masculine, classiquef Chimène / domaine féminine, classiqueb Cil / exil masculine, classiquec écurie / Asturie féminine, classiqued punir / hennir masculine, classiquea fidèle / citadelle féminine, classiqueb drapeau / Campo masculine, classiquec Mondragon-les-Tours-Noires / victoires féminine, classiqued qu'autrefois / Foix masculine, classiquee Manteline / orpheline féminine, classiquef cimier / fumier masculine, classiqueg célèbre / l'Èbre féminine, classiqueh vainqueurs / cœurs masculine, classiquei pièges / Neiges féminine, classiquej dégel / d'Urgel masculine, classiquek France / délivrance féminine, classiquel côtés / rapidités masculine, classiquem surhumaine / semaine féminine, classiquen hasards / alcazars masculine, classiqueo Valence / lance féminine, classiquep homme-là / cela masculine, classiqueq brèches / flèches féminine, classiquer Matamoros / héros masculine, classiques comète / permette féminine, classiquet Muradal / Durandal masculine, classiquea guerre / faire féminine, classiqueb nouveaux / Calvos masculine, classiquec s'effare / fanfare féminine, classiqued exploits / quelquefois masculine, classiquee hautaine / capitaine féminine, classiquef Campéador-là / Rambla masculine, classiqueb cache / panache féminine, classiquec crû / disparu masculine, classiquea mémoire / gloire féminine, classiqueb heureux / eux masculine, classiquea s'étonne / tonne féminine, classiqueb pelé / parlé masculine, classiquec Espagnes / montagnes féminine, classiqued l'anéantit / petit masculine, classiquee rêve / lève féminine, classiquef main / chemin masculine, classiqueg meure / heure féminine, classiqueh tours / jours masculine, classiquei s'enfonce / ronce féminine, classiquej distrait / reparaît masculine, classiquek pensée / traversée féminine, classiquel gazon / l'horizon masculine, classiquem d'opale / pâle féminine, classiquen au-dessus / aperçus masculine, classiqueo informe / énorme féminine, classiquep cieux / prodigieux masculine, classiqueq sublimes / cimes féminine, classiquer obscur / l'azur masculine, classiques voile / l'étoile féminine, classiquet Midi / Cid / Valladolid masculine, classiqueb cède / laide féminine, classiquec pourquoi / roi masculine, classiqued sages / présages féminine, classiquee rumeur / humeur masculine, classiquef plate / n'éclate féminine, classiqueg héros / taureaux masculine, classiqueh chapelle / rappelle féminine, classiquei subtil / voudra-t-il masculine, classiquej visage / message féminine, classiquek cour / d'Acqs-en-Adour masculine, classiquel Magnanime / Nîme féminine, classiquem confisqua / Huesca masculine, classiquea plaine / laine féminine, classiqueb fou / genou masculine, classiquea avantage / Tage féminine, classiqueb maisons / chansons masculine, classiquea l'âme / femme féminine, classiqueb bienvenus / nus masculine, classiquea seule / l'aïeule féminine, classiqueb l'étal / métal masculine, classiquea vagues féminine, classiqueb troupeaux / drapeaux masculine, classiquea cloche / roche féminine, classiqueb captivité / fierté masculine, classiquea guirlandes / landes féminine, classiqueb sillon / haillon masculine, classiquea gèle / margelle féminine, classiqueb puits / nuits masculine, classiquea grotte / marotte féminine, classiqueb an / tyran masculine, classiquea exténuées / nuées féminine, classiqueb roseaux / naseaux masculine, classiquea pleines / plaines féminine, classiqueb moqueur / cœur masculine, classiquea cressonnières / tanières féminine, classiqueb ruisseaux / lionceaux masculine, classiquea sèment / aiment féminine, classiqueb Campéador / l'or masculine, classiquea Provence / redevance féminine, classiqueb peau / chapeau masculine, classiquea répandent / s'entendent féminine, classiqueb grabat / combat masculine, classiquea pertuisanes / paysannes féminine, classiqueb hallier / familier masculine, classiquea arrête / bête féminine, classiqueb nom / l'ânon masculine, classiquea raconte / comte féminine, classiqueb franc / grand masculine, non classiquea tremble / semble féminine, classiqueb viendront / front masculine, classiquea gloire / noire féminine, classiqueb Amadis / jadis masculine, classiquea tombées / enjambées féminine, classiqueb hardis / Cadix masculine, classiquea suivre / cuivre féminine, classiqueb esprit / sourit masculine, classiquea l'Espagne / campagne féminine, classiqueb infants / triomphants masculine, classiquea cigales / inégales féminine, classiqueb accourir / mourir masculine, classiquea gerbe / superbe féminine, classiqueb fougueux / gueux masculine, classiquea villes / inutiles féminine, classiqueb nus / inconnus masculine, classiquea gloire / boire féminine, classiqueb corrégidor / Campéador masculine, classiquea rude / solitude féminine, classiqueb banni / d'infini masculine, classiquea table / l'étable féminine, classiqueb Babieça / s'avança masculine, classiquea moine / d'avoine féminine, classiqueb humain / main masculine, classiquea haute / l'ôte féminine, classiqueb tous / vous masculine, classiquea guerrière / derrière féminine, classiqueb souvent / devant masculine, classiquea servidumbre / ombre féminine, équivalenteb blason / maison masculine, classiquea nue / diminue féminine, classiqueb l'effroi / roi masculine, classiquea d'Alphonse / s'enfonce féminine, classiqueb Ordoñez / pardonnez masculine, classiquea maître / traître féminine, classiqueb troubla / cela masculine, classiquea superbe / d'herbe féminine, classiqueb rideau / fardeau masculine, classiquea gêne / Carthagène féminine, classiqueb affront / front masculine, classiquea fatigue / Rodrigue féminine, classiqueb Prado / d'eau masculine, classiquea redoutable / connétable féminine, classiqueb foi / roi masculine, classiquea province / prince féminine, classiqueb compris / mépris masculine, classiquea tristesse / altesse féminine, classiqueb Madrid / Cid masculine, classiquea maître / d'être féminine, classiqueb écoutez-moi / roi masculine, classiquea légitime / l'estime féminine, classiqueb sied / pied masculine, classiquea porte / sorte féminine, classiqueb Roux / vous masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

323 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources