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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La légende des siècles, 1883· XIII L’amour

L’Amour

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 44 vers

Quoi ! le libérateur‖ qui par degrés desserreLa double chaîne noire,‖ ignorance et misère,Le balayeur qui jette‖ au vent le préjugé,Quoi ! l'immense marcheur,‖ jamais découragé,Le Progrès, qui de flamme‖ éblouit le vulgaire,Détrône l'échafaud‖ et muselle la guerre,Qui fait avec les mœurs‖ des ratures aux lois,Change en romain l'étrusque,‖ en français le gaulois,Crée et brise, sans cesse‖ use l'un contre l'autreLes mensonges, et va,‖ rapide et ferme apôtre,Lui, dont la chaude haleine‖ émeut l'homme troublé,Quoi ! lui, le destructeur‖ flamboyant, étoilé,De l'antique caverne‖ et de l'antique geôle,Il n'a pu fondre encor‖ la glace que d'un pôle !Quoi ! celles qui de l'âme‖ élèvent le niveauEt qui n'ont qu'à passer‖ pour faire un ciel nouveau,Quoi ! du pur idéal‖ ces comètes errantes,Ces guerrières du bien,‖ ces vastes conquérantes,Les révolutions,‖ archanges de clarté,N'ont mis que la moitié‖ de l'homme en liberté !L'autre est encore aux fers,‖ et c'est la plus divine.

Doux oiseaux qui chantez‖ là-bas dans la ravine,Quand donc lèvera-t-on‖ l'écrou du triste amour ?

O rossignol de l'ombre,‖ alouette du jour,Vous, gais pillards des blés,‖ des seigles et des orges,Moineaux, vous, amoureux‖ de l'azur, rouges-gorges,Fauvettes qui planez‖ de l'aube jusqu'au soir,C'est pour vous, n'est-ce pas ?‖ une douleur de voirQue la porte de l'air‖ s'est brusquement ferméeAu moment où les cœurs‖ à travers la raméeS'envolaient, tendre essaim‖ vers le ciel bleu poussé,Et que la vieille cage‖ horrible du passé,Où toujours notre effort‖ retombe et nous ramène,Tient par une aile encor‖ cette pauvre âme humaine !O libres oiseaux, fiers,‖ charmants, purs, sans ennuis,Vous dites à l'aurore,‖ aux fleurs, à l'astre, aux nuits :— Est-ce qu'on ne peut pas‖ aimer quand on est homme ?

Et l'aube où Dieu se montre,‖ et l'astre où Dieu se nomme,La nuit qui fait tomber‖ ses soupirs les plus douxDu nid des rossignols‖ dans le trou des hiboux,Les fleurs dont les parfums‖ dans les rayons se fondent,Et les herbes, les eaux,‖ les pierres vous répondent,D'une si douce voix‖ qu'on ne peut l'exprimer :— O bons petits oiseaux,‖ tout est fait pour aimer !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a desserre / misère féminine, classiqueb préjugé / découragé masculine, classiquec vulgaire / guerre féminine, classiqued lois / gaulois masculine, classiquee l'autre / apôtre féminine, classiquef troublé / étoilé masculine, classiqueg geôle / pôle féminine, classiqueh niveau / nouveau masculine, classiquei errantes / conquérantes féminine, classiquej clarté / liberté masculine, classiquek divine / ravine féminine, classiqueb amour / jour masculine, classiqueb orges / rouges-gorges féminine, classiquec soir / voir masculine, classiqued fermée / ramée féminine, classiquee poussé / passé masculine, classiquef ramène / humaine féminine, classiqueg ennuis / nuits masculine, classiqueh homme / nomme féminine, classiqueb doux / hiboux masculine, classiquec fondent / répondent féminine, classiqued l'exprimer / aimer masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources