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un seul est le mot juste.

La légende des siècles, 1883· V L’échafaud

L’échafaud

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 54 vers

C'était fini. Splendide,‖ étincelant, superbe,Luisant sur la cité‖ comme la faulx sur l'herbe,Large acier dont le jour‖ faisait une clarté,Ayant je ne sais quoi‖ dans sa tranquillitéDe l'éblouissement‖ du triangle mystique,Pareil à la lueur‖ au fond d'un temple antique,Le fatal couperet‖ relevé triomphait.Il n'avait rien gardé‖ de ce qu'il avait faitQu'une petite tache‖ imperceptible et rouge.

Le bourreau s'en était‖ retourné dans son bouge,Et la peine de mort,‖ remmenant ses valets,Juges, prêtres, était‖ rentrée en son palais,Avec son tombereau‖ terrible dont la roue,Silencieuse, laisse‖ un sillon dans la boue,Qui se remplit de sang‖ sitôt qu'elle a passé.

La foule disait : bien !‖ car l'homme est insensé,Et ceux qui suivent tout,‖ et dont c'est la manière,Suivent même ce char‖ et même cette ornière.

J'étais là. Je pensais.‖ Le couchant empourpraitLe grave hôtel de ville‖ aux luttes toujours prêt,Entre Hier qu'il médite‖ et Demain dont il rêve.L'échafaud achevait,‖ resté seul sur la Grève,La journée en voyant‖ expirer le soleil.

Le crépuscule vint,‖ aux fantômes pareil.Et j'étais toujours là,‖ je regardais la hache,La nuit, la ville immense‖ et la petite tache.

A mesure qu'au fond‖ du firmament obscurL'obscurité croissait‖ comme un effrayant mur,L'échafaud, bloc hideux‖ de charpentes funèbres,S'emplissait de noirceur‖ et devenait ténèbres ;Les horloges sonnaient,‖ non l'heure, mais le glas ;Et toujours, sur l'acier,‖ quoique le coutelasNe fût plus qu'une forme‖ épouvantable et sombre,La rougeur de la tache‖ apparaissait dans l'ombre.Un astre, le premier‖ qu'on aperçoit le soir,Pendant que je songeais,‖ montait dans le ciel noir.

Sa lumière rendait‖ l'échafaud plus difforme.L'astre se répétait‖ dans le triangle énorme ;Il y jetait, ainsi‖ qu'en un lac, son reflet,Lueur mystérieuse‖ et sacrée ; il semblaitQue sur la hache horrible,‖ aux meurtres coutumière,L'astre laissait tomber‖ sa larme de lumière.Son rayon, comme un dard‖ qui heurte et rebondit,Frappait le fer d'un choc‖ lumineux ; on eût ditQu'on voyait rejaillir‖ l'étoile de la hache.Comme un charbon tombant‖ qui d'un feu se détache,Il se répercutait‖ dans ce miroir d'effroi,Sur la justice humaine‖ et sur l'humaine loi,De l'éternité calme‖ auguste éclaboussure.— Est-ce au ciel que ce fer‖ a fait une blessure ?Pensai-je. Sur qui donc‖ frappe l'homme hagard ?Quel est donc ton mystère,‖ ô glaive ? — Et mon regardErrait, ne voyant plus‖ rien qu'à travers un voile,De la goutte de sang‖ à la goutte d'étoile.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
27((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a superbe / l'herbe féminine, classiqueb clarté / tranquillité masculine, classiquec mystique / antique féminine, classiqued triomphait / fait masculine, classiquee rouge / bouge féminine, classiqueb valets / palais masculine, classiquec roue / boue féminine, classiqued passé / insensé masculine, classiqueb manière / ornière féminine, classiquea empourprait / prêt masculine, classiqueb rêve / Grève féminine, classiquec soleil / pareil masculine, classiqueb hache / tache féminine, classiquea obscur / mur masculine, classiqueb funèbres / ténèbres féminine, classiquec glas / coutelas masculine, classiqued sombre / l'ombre féminine, classiquee soir / noir masculine, classiquea difforme / énorme féminine, classiqueb reflet / semblait masculine, classiquec coutumière / lumière féminine, classiqued rebondit / dit masculine, classiquee hache / détache féminine, classiquef d'effroi / loi masculine, classiqueg éclaboussure / blessure féminine, classiqueh hagard / regard masculine, classiquei voile / d'étoile féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources