Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La légende des siècles, 1883· XVIII

Paroles de géant

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 49 vers

Je suis votre vaincu,‖ mais, regardez ma taille,Dieux, je reste montagne‖ après votre bataille ;Et moi qui suis pour vous‖ un sombre encombrement,A peine je vous vois‖ au fond du firmament.Si vous existez, soit. Je dors.Vous, troglodytes,Hommes qui ne savez‖ jamais ce que vous dites,Vivants qui fourmillez‖ dans de l'ombre, indistincts,Ayant déjà les vers‖ de terre en vos instincts,Vous qu'attend le sépulcre‖ et qui rampez d'avance,Sachez que la prière‖ est une connivence,Et ne me plaignez pas !‖ Nains promis aux linceuls,Tremblez si vous voulez,‖ mais tremblez pour vous seuls !Quant à moi, que Vénus,‖ déesse aux yeux de grue,Que Mars bête et sanglant,‖ que Diane bourrue,Viennent rire au-dessus‖ de mon sinistre exilOu faire un froncement‖ quelconque de sourcil,Que dans mon ciel farouche‖ et lourd l'Olympe ébaucheSon tumulte mêlé‖ de crime et de débauche,Qu'il raille le grand Pan,‖ croyant l'avoir tué,Que Jupiter joyeux,‖ tonnant, infatué,Démuselle les vents‖ imbéciles, dérègleL'éclair et l'aquilon,‖ et déchaîne son aigle,Cela m'est bien égal‖ à moi qui suis trois foisPlus haut que n'est profond‖ l'océan plein de voix.Hommes, je ris des nœuds‖ dont la peur vous enlace.Tous ces olympiens‖ sont de la populace.Ah ! certes, ces passants,‖ que vous nommez les dieux,Furent de fiers bandits‖ sous le ciel radieux ;Les montagnes, avec‖ leurs bois et leurs vallées,Sont de leur noir viol‖ toutes échevelées,Je le sais, et, resté‖ presque seul maintenant,Je suis par la grandeur‖ de ma chute gênant ;Non, je ne les crains pas ;‖ et, quant à leurs approches,Je les attends avec‖ des roulements de roches,Je les appelle gueux‖ et voleurs, c'est leur nom,Et ne veux pas savoir‖ s'ils sont contents ou non.O vivants, il paraît‖ qu'à la haine tenaces,Ces dieux me font de loin,‖ dans l'ombre, des menaces.Soit, j'oublie et je songe ;‖ et je m'informe peuSi l'éclair que je vois‖ est la lueur d'un dieu.J'ai ma flûte et j'en joue‖ au penchant des montagnes,Je m'ajoute aux sommets‖ au-dessus des campagnes,Et je laisse les dieux‖ bruire et bougonner.Croit-on que je prendrai‖ la peine de tournerLa tête dans les bois‖ et sur les hautes cimes,Que je m'effarerai‖ dans les forêts sublimes,Et que j'interromprai‖ mon rêve et ma chanson,Pour un roucoulement‖ de foudre à l'horizon ?

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a taille / bataille féminine, classiqueb encombrement / firmament masculine, classiquec dors / troglodytes / dites féminine, classiqued indistincts / instincts masculine, classiquee d'avance / connivence féminine, classiquef linceuls / seuls masculine, classiqueg grue / bourrue féminine, classiqueh exil / sourcil masculine, classiquei ébauche / débauche féminine, classiquej tué / infatué masculine, classiquek dérègle / aigle féminine, classiquel fois / voix masculine, classiquem enlace / populace féminine, classiquen dieux / radieux masculine, classiqueo vallées / échevelées féminine, classiquep maintenant / gênant masculine, classiqueq approches / roches féminine, classiquer nom / non masculine, classiques tenaces / menaces féminine, classiquet peu / dieu masculine, classiqueu montagnes / campagnes féminine, classiquev bougonner / tourner masculine, classiquew cimes / sublimes féminine, classiquex chanson / l'horizon masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources