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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les années funestes, 1898

XLI. Après seize ans

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 111 vers

I

L'empire est un succès.‖ Quel beau commencement !Paris vaut une messe‖ et coûte un faux serment ;Ce n'est pas cher. Seize ans‖ de gloire ! une jonchéeDe lauriers et de fleurs,‖ et l'histoire est trichée.Tant pis pour elle. Hurrah !‖ plus d'émeute à Roubaix.Le sultan à la France‖ offre huit chevaux bais ;On en attellera‖ le carrosse du sacre.Nul revenant ne vient‖ rabâcher le massacre ;Les morts du Deux-Décembre‖ ont le sommeil profond.Les institutions‖ de bienfaisance vont,Et Saint-François-Régis‖ sourit dans l'atmosphère.Le crédit mobilier‖ est une bonne affairePour les Pereire ; et Fould,‖ quoique mort, est vivantDans tout ce qu'on achète‖ et dans tout ce qu'on vend,Compris la conscience,‖ et dans les phénomènes,De l'enregistrement,‖ du timbre et des domaines.L'emprunt met une pièce‖ aux déficits. Fort bien.Le vieux Paris, Sauval, Du Breul, Félibien,Se sauvent effarés‖ devant Haussmann qui pioche.Au bambino du ciel‖ l'empire offre son mioche ;Le pape, doux parrain,‖ donne un récépissé.Le droit est un vieux mot,‖ peu su, mal prononcé ;La justice est un pont‖ qu'on passe avec péage ;Quand les Communiqués‖ pleuvent, c'est un nuageDe vérités qui crève, et, non sans quelque ennui,Le journal se secoue,‖ arrosé malgré lui ;L'honneur, qui pour bien vivre‖ a plus d'une recette,Est un fils que Tartuffe‖ eut jadis de MacetteQuant à la probité,‖ c'est une bague au doigt ;Ayez cet ornement,‖ si bon vous semble. On voitLe temps qu'il fait au juge‖ ainsi qu'au baromètre.Tout ce qu'un crime peut‖ au bon ordre promettre,L'empire l'a tenu.‖ Le peuple est au repos ;Les Turennes manquant,‖ on a des chassepots ;Tout rit. L'esprit humain‖ est las ; l'armée est forte.Lui, règne.Mais Dieu dit : Le châtiment m’importe.Nous l’aurons.

II

Vous l’avez. Que vous faut-il de plus ?Quoi donc ! ne voit-on pas‖ commencer le reflux ?Hier triste, Aujourd'hui‖ lugubre, et Demain pire.Derrière ce châssis‖ mal peint qu'on nomme empire,Les ténèbres ; un puits‖ d'ignorance, un cachotD'opprobre, en bas la faim,‖ la banqueroute en haut,Paphos pourrie offerte‖ à ceux qui rêvaient Sparte,Deuil, cendre, et tout au fond‖ l'accusé Bonaparte ;Si l’on tâche de voir un peu l’autre côtéDu triomphe, et l'envers‖ de la prospérité,On aperçoit cela.‖ Que vous faut-il encore ?Le hibou ne croasse‖ et Troplong ne péroreQue la nuit. La nuit sourde‖ est leur milieu joyeux.Donc il fait nuit. Voyez‖ la lueur de leurs yeux.Sans doute on parle fort dans les régions hautesDes succès qu'on remporte,‖ ici, là, sur ces côtes,Dans ce désert, là-bas,‖ en Cochinchine, ailleurs,Partout ; on a de quoi‖ se railler des railleurs,On est vêtu de pourpre,‖ et l'historiographeDu manteau de César‖ pourra dorer l'agrafe.Bien. Soit. — Tournez la page‖ et voyez le verso.Le sépulcre est déjà‖ visible en ce berceau.

Nous eûmes du bonheur‖ au jeu ; mais notre caisseA des fêlures, fuit,‖ penche, et son niveau baisseComme une eau qui se vide‖ en d'obscurs entonnoirs ;L'azur du Livre Bleu‖ se pique de points noirs ;Sadowa nous surprend,‖ Luxembourg nous échappe ;Que faire ? s'incliner.‖ La Providence frappe.La main est divine. Oui.‖ Le soufflet est prussien.Notre pape in petto,‖ le petit Lucien,A tout l'air d'un fruit sec.‖ Du Vulturne à la Sprée,Toute la monarchie‖ en masse est délabrée.Czars mal portants, sultans‖ malades, archiducsPeu chanceux, pape aveugle‖ et sanglant, rois caducs.Est-ce que ces voleurs‖ de peuples, ces gueux princes,Ces grecs du trône, entr'eux‖ s'escroquant des provinces,N'entendent point craquer‖ sous leurs pas le plancher ?Mané Thécel Pharès‖ commence à s'ébaucher.Couza fuit, François fuit,‖ Maximilien tombe.Le trône est une trappe‖ ouverte sur la tombe.Le dur Mexique lutte‖ armé du talion,Car la louve espagnole‖ allaita ce lion,Et sa liberté fauve‖ ignore la clémence ;Dans cette ombre, hélas, erre‖ une femme en démence ;Les contre-coups lointains‖ deviennent sérieuxEt, dans on ne sait quel‖ brouillard mystérieuxOù pleure Hécube, ou rit‖ Cassandre, où rôde Électre,L'empereur assassin‖ songe à l'empereur spectre.Il décline par où‖ naguère il triomphait.Que de revers ! Comptez. Qu’est-ce que son forfait ?Un cachot sur nos fronts ;‖ sous ses pieds un abîme.Il sent se lézarder‖ sinistrement son crime.N’est-ce, pas assez ?— Non.— Que voulez-vous donc ?— Tout.

III

Tout. Les tyrans à bas‖ et les hommes debout.Tout. La fin. Ce qu'il faut‖ à notre âpre insomnie,C'est la captivité‖ du genre humain finie,C'est le souffle orageux‖ des clairons, c'est l'échoDes trompettes jetant‖ à terre Jéricho,C'est le débordement‖ des Tibres et des Rhônes,C'est l'écroulement vaste‖ et farouche des trônes,C'est leur dernière armée‖ en fuite à l'horizon !Ce qu'il nous faut, c'est l'âme‖ écrasant sa prison,C'est le peuple arrachant‖ sa chaîne avec furie,C'est l'Amour criant : Guerre !‖ et la sainte PatrieCriant : Peuples, j'abdique,‖ et suis l'Humanité !C'est la Paix disant : Passe‖ avant moi, Liberté !C'est en nos cœurs gonflés‖ la colère profonde,C'est l'épée en nos mains‖ pour délivrer le monde,C'est l'imbécile amas‖ des rois séditieuxA nos pieds, et l'aurore‖ immense dans les cieux !

H. H. 2 décembre 1867.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
53((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a commencement / serment masculine, classiqueb jonchée / trichée féminine, classiquec Roubaix / bais masculine, classiqued sacre / massacre féminine, classiquee profond / vont masculine, classiquef l'atmosphère / affaire féminine, classiqueg vivant / vend masculine, classiqueh phénomènes / domaines féminine, classiquei bien / Félibien masculine, classiquej pioche / mioche féminine, classiquek récépissé / prononcé masculine, classiquel péage / nuage féminine, classiquem ennui / lui masculine, classiquen recette / Macette féminine, classiqueo doigt / voit masculine, classiquep baromètre / promettre féminine, classiqueq repos / chassepots masculine, classiquer forte / règne / m’importe féminine, classiquea l’aurons / plus / reflux masculine, classiqueb pire / empire féminine, classiquec cachot / haut masculine, classiqued Sparte / Bonaparte féminine, classiquee côté / prospérité masculine, classiquef encore / pérore féminine, classiqueg joyeux / yeux masculine, classiqueh hautes / côtes féminine, classiquei ailleurs / railleurs masculine, classiquej l'historiographe / l'agrafe féminine, classiquek verso / berceau masculine, classiquea caisse / baisse féminine, classiqueb entonnoirs / noirs masculine, classiquec échappe / frappe féminine, classiqued prussien / Lucien masculine, classiquee Sprée / délabrée féminine, classiquef archiducs / caducs masculine, classiqueg princes / provinces féminine, classiqueh plancher / s'ébaucher masculine, classiquei tombe féminine, classiquej talion / lion masculine, classiquek clémence / démence féminine, classiquel sérieux / mystérieux masculine, classiquem Électre / spectre féminine, classiquen triomphait / forfait masculine, classiqueo abîme / crime féminine, classiquep assez / Non / donc / Tout / debout masculine, classiqueb insomnie / finie féminine, classiquec l'écho / Jéricho masculine, classiqued Rhônes / trônes féminine, classiquee l'horizon / prison masculine, classiquef furie / Patrie féminine, classiqueg l'Humanité / Liberté masculine, classiqueh profonde / monde féminine, classiquei séditieux / cieux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

111 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources