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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les années funestes, 1898

XXXI. L’empereur à Compiègne

Victor Hugo· 27 quatrains, tétrasyllabes et alexandrins, 108 vers

Cet homme est dans les fleurs ;‖ il a, s'il fuit la ville,Saint-Cloud, Biarritz,Compiègne, autant d'azur‖ que l'aigle, autant d'idylleQue Lycoris ;

Autour de lui les dieux‖ rayonnent dans des marbres ;Les prés, les blés,Les champs brillent au loin,‖ et les paons sous les arbresSont étoilés ;

En voyant ce front vil‖ qu'aucuns remords n'émeuvent,Cet œil vitreux ;Que pensent les lauriers ?‖ Qu'est-ce que les lys peuventSe dire entre eux ?

On ne s'explique pas‖ pourquoi le myrte encenseL’homme de sang,Et comment à subir‖ une telle présenceAvril consent.

Les bois respectueux‖ ont l'air de dire : sire !À ce larron ;Ils ne refusent rien‖ au maître, et s'il désireUn liseron ;

Un iris, un bleuet‖ candide, une pervenche,Ils les lui font ;Est-ce que la nature ignore la revanche,O ciel profond !

Est-ce qu'il est permis‖ de se donner pour tâcheLe mal, l'horreur,D'être un fourbe, un escroc,‖ un gueux, un drôle, un lâche,Un empereur,

De jeter sur Paris‖ la mort fauve et hagarde,Le faux serment,L'effroi, sans que personne‖ ait l'air d'y prendre gardeAu firmament,

Sans qu'un puissant témoin‖ fasse aux étoiles signeDe moins briller,Au mois de mai d'avoir‖ moins de parfum, au cygneDe s'envoler,

Sans qu'on entende au loin‖ gronder le flot sonore,Le vent huer,Et sans qu'on voie autour‖ du coupable l'auroreDiminuer ;

Sans qu'au nom de l'honneur,‖ de l'auguste justice,Des saintes lois,Et du grand ciel, la ronce‖ indignée avertisseL'ombre des bois,

Et sans que le printemps‖ distingue entre un faussaire,D'où sont venusTous nos pleurs, tous nos maux,‖ tous nos deuils, et Glycère,Nymphe aux pieds nus !

Il a parfaitement‖ oublié tous ses crimes,Le sang versé,Son serment, son honneur,‖ son âme, et les abîmesDu noir passé ;

Il a saisi le peuple‖ et la loi dans sa serre,Joué son jeu,Et fait la quantité‖ de forfaits nécessairePour être un dieu ;

Les bonzes, les cadis,‖ sous leur robe de femme,Le trouvent grand ;C'est tout au plus s'il sait‖ combien il est infâme,Et s'il comprend ;

Il est l'idole informe‖ et vague qu'on encense ;Ses yeux font peur ;On devine qu'il est‖ plein de toute-puissanceA sa stupeur ;

Car c'est bien surprenant‖ d'être un tel misérable,Et que les roisSoient petits devant vous‖ plus qu'au pied de l'érableL'herbe des bois.

Ah ! quand un homme a fait‖ tout ce qu'a fait cet homme,Quand il est là,Lui qui livra ta Rome,‖ ô Caton, à la RomeDe Loyola,

Lui qui fit faire un pas‖ monstrueux en arrièreÀ la raison,Lui que guette la Prusse,‖ espionne et guerrière,À l'horizon,

Lui qui, mettant un vote‖ imbécile à la placeDes droits trahis,Règne contre le peuple‖ et par la populaceSur mon pays,

Lui par qui, dans un jour‖ de deuil, d'abîme et d'ombre,Tout se perdit,Il semble qu'il faudrait‖ un rugissement sombreSur ce bandit !

Il semble que les champs‖ devraient être lugubresEt mécontents,Et qu'il devrait sortir‖ des forêts insalubresUn faux printemps ;

Eh bien, non ! mai l'accepte‖ et floréal l'accueille,Et ce perversNe fait pas perdre un nid,‖ une branche, une feuilleAux buissons verts ;

Et l'entrée en enfer‖ due à ce misérable,C'est ce jardin,Le lys, l’églantier, l’orme, et le cèdre et l’érable ;O lâche éden !

Il est dans le printemps,‖ il est dans la natureComme chez lui.Jamais par une plus‖ monstrueuse ouvertureLe mal n'a lui.

Le sort est vil ; de nous‖ toujours, traître et fantasque,Il s'est joué ;Mais jamais jusqu'ici‖ l'on n'avait vu ce masqueSi dénoué.

Et c'est l'étonnement‖ des prophètes moroses,De toi, martyr,De toi, penseur, que tant‖ de crime à tant de rosesPuisse aboutir.

Versification

Forme
27 quatrains (quatrains)
Rimes
27(abab)
Mètre
Tétrasyllabes et alexandrins (54 de 4, 54 de 12)· profil 4, 6+6
Strophes
27 quatrains
Mots à la rime
a ville / d'idylle féminine, classiqueb Biarritz / Lycoris masculine, classiquea marbres / arbres féminine, classiqueb blés / étoilés masculine, classiquea n'émeuvent / peuvent féminine, classiqueb vitreux / eux masculine, classiquea encense / présence féminine, classiqueb sang / consent masculine, non classiquea sire / désire féminine, classiqueb larron / liseron masculine, classiquea pervenche / revanche féminine, classiqueb font / profond masculine, classiquea tâche / lâche féminine, classiqueb l'horreur / empereur masculine, classiquea hagarde / garde féminine, classiqueb serment / firmament masculine, classiquea signe / cygne féminine, classiqueb briller / s'envoler masculine, classiquea sonore / l'aurore féminine, classiqueb huer / Diminuer masculine, classiquea justice / avertisse féminine, classiqueb lois / bois masculine, classiquea faussaire / Glycère féminine, classiqueb venus / nus masculine, classiquea crimes / abîmes féminine, classiqueb versé / passé masculine, classiquea serre / nécessaire féminine, classiqueb jeu / dieu masculine, classiquea femme / infâme féminine, classiqueb grand / comprend masculine, classiquea encense / toute-puissance féminine, classiqueb peur / stupeur masculine, classiquea misérable / l'érable féminine, classiqueb rois / bois masculine, classiquea homme / Rome féminine, classiqueb là / Loyola masculine, classiquea arrière / guerrière féminine, classiqueb raison / l'horizon masculine, classiquea place / populace féminine, classiqueb trahis / pays masculine, classiquea d'ombre / sombre féminine, classiqueb perdit / bandit masculine, classiquea lugubres / insalubres féminine, classiqueb mécontents / printemps masculine, classiquea l'accueille / feuille féminine, classiqueb pervers / verts masculine, classiquea misérable / l’érable féminine, classiqueb jardin / éden masculine, classiquea nature / ouverture féminine, classiqueb lui masculine, classiquea fantasque / masque féminine, classiqueb joué / dénoué masculine, classiquea moroses / roses féminine, classiqueb martyr / aboutir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

108 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources