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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les chants du crépuscule, 1835

XXXIX. Date Lilia

Victor Hugo· 2 distiquess, alexandrins, 58 vers

Oh ! si vous rencontrez‖ quelque part sous les cieuxUne femme au front pur,‖ au pas grave, aux doux yeux,Que suivent quatre enfants‖ dont le dernier chancelle,Les surveillant bien tous,‖ et, s'il passe auprès d'elleQuelque aveugle indigent‖ que l'âge appesantit,Mettant une humble aumône‖ aux mains du plus petit ;Si, quand la diatribe‖ autour d'un nom s'élance,Vous voyez une femme‖ écouter en silence,Et douter, puis vous dire :‖ — Attendons pour juger.Quel est celui de nous‖ qu'on ne pourrait charger ?On est prompt à ternir‖ les choses les plus belles.La louange est sans pieds‖ et le blâme a des ailes. —Si, lorsqu'un souvenir,‖ ou peut-être un remords,Ou le hasard vous mène‖ à la cité des morts,Vous voyez, au détour‖ d'une secrète allée,Prier sur un tombeau‖ dont la route est foulée,Seul avec des enfants,‖ un être gracieuxQui pleure en souriant‖ comme l'on pleure aux cieux ;Si de ce sein brisé‖ la douleur et l'extaseS'épanchent comme l'eau‖ des fêlures d'un vase ;Si rien d'humain ne reste‖ à cet ange éploré ;Si, terni par le deuil,‖ son œil chaste et sacré,Bien plus levé là-haut‖ que baissé vers la tombe,Avec tant de regret‖ sur la terre retombeQu'on dirait que son cœur‖ n'a pas encor choisiEntre sa mère au ciel‖ et ses enfants ici ;Quand, vers Pâque ou Noël,‖ l'église, aux nuits tombantes,S'emplit de pas confus‖ et de cires flambantes,Quand la fumée en flots‖ déborde aux encensoirsComme la blanche écume‖ aux lèvres des pressoirs,Quand au milieu des chants‖ d'hommes, d'enfants, de femmes,Une âme selon Dieu‖ sort de toutes ces âmes,Si, loin des feux, des voix,‖ des bruits et des splendeurs,Dans un repli perdu‖ parmi les profondeurs,Sur quatre jeunes fronts‖ groupés près du mur sombre,Vous voyez se pencher‖ un regard voilé d'ombreOù se mêle, plus doux‖ encor que solennel,Le rayon virginal‖ au rayon maternel ;

Oh ! qui que vous soyez,‖ bénissez-la. C'est elle !La sœur, visible aux yeux,‖ de mon âme immortelle !Mon orgueil, mon espoir,‖ mon abri, mon recours !Toit de mes jeunes ans‖ qu'espèrent mes vieux jours !C'est elle ! la vertu‖ sur ma tête penchée ;La figure d'albâtre‖ en ma maison cachée ;L'arbre qui, sur la route‖ où je marche à pas lourds,Verse des fruits souvent‖ et de l'ombre toujours ;La femme dont ma joie‖ est le bonheur suprême ;Qui, si nous chancelons,‖ ses enfants ou moi-même,Sans parole sévère‖ et sans regard moqueur,Les soutient de la main‖ et me soutient du cœur ;Celle qui, lorsqu'au mal,‖ pensif, je m'abandonne,Seule peut me punir‖ et seule me pardonne ;Qui de mes propres torts‖ me console et m'absout ;A qui j'ai dit : toujours !‖ et qui m'a dit : partout !Elle ! tout dans un mot !‖ c'est dans ma froide brumeUne fleur de beauté‖ que la bonté parfume !D'une double nature‖ hymen mystérieux !La fleur est de la terre‖ et le parfum des cieux !

18 octobre 1834.

Versification

Forme
2 distiquess (distiques)
Rimes
29((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
2 distiquess
Mots à la rime
a cieux / yeux masculine, classiqueb chancelle / d'elle féminine, classiquec appesantit / petit masculine, classiqued s'élance / silence féminine, classiquee juger / charger masculine, classiquef belles / ailes féminine, classiqueg remords / morts masculine, classiqueh allée / foulée féminine, classiquei gracieux / cieux masculine, classiquej l'extase / vase féminine, classiquek éploré / sacré masculine, classiquel tombe / retombe féminine, classiquem choisi / ici masculine, classiquen tombantes / flambantes féminine, classiqueo encensoirs / pressoirs masculine, classiquep femmes / âmes féminine, classiqueq splendeurs / profondeurs masculine, classiquer sombre / d'ombre féminine, classiques solennel / maternel masculine, classiquea elle / immortelle féminine, classiqueb recours / jours masculine, classiquec penchée / cachée féminine, classiqued lourds / toujours masculine, classiquee suprême / moi-même féminine, classiquef moqueur / cœur masculine, classiqueg m'abandonne / pardonne féminine, classiqueh m'absout / partout masculine, classiquei brume / parfume féminine, classiquej mystérieux / cieux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les feuilles d’automne ‒ Les chants du crépuscule, Paris, Classique Garnier, 1950· numérisation poesies.net· Sources