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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les chants du crépuscule, 1835

VI. Sur le bal de l’hôtel-de-ville

Victor Hugo· 4 distiquess, alexandrins, 48 vers

Ainsi l'Hôtel-de-Ville‖ illumine son faîte.Le prince et les flambeaux,‖ tout y brille, et la fêteCe soir va resplendir‖ sur ce comble éclairé,Comme l'idée au front‖ du poëte sacré !Mais cette fête, amis,‖ n'est pas une pensée.Ce n'est pas d'un banquet‖ que la France est pressée,Et ce n'est pas un bal‖ qu'il faut, en vérité,A ce tas de douleurs‖ qu'on nomme la cité !

Puissants ! nous ferions mieux‖ de panser quelque plaieDont le sage rêveur‖ à cette heure s'effraie,D'étayer l'escalier‖ qui d'en bas monte en haut,D'agrandir l'atelier,‖ d'amoindrir l'échafaud,De songer aux enfants‖ qui sont sans pain dans l'ombre,De rendre un paradis‖ au pauvre impie et sombre,Que d'allumer un lustre‖ et de tenir la nuitQuelques fous éveillés‖ autour d'un peu de bruit !

O reines de nos toits,‖ femmes chastes et saintes,Fleurs qui de nos maisons‖ parfumez les enceintes,Vous à qui le bonheur‖ conseille la vertu,Vous qui contre le mal‖ n'avez pas combattu,A qui jamais la faim,‖ empoisonneuse infâme,N'a dit : Vends-moi ton corps,‖ — c'est-à-dire votre âme !Vous dont le cœur de joie‖ et d'innocence est plein,Dont la pudeur a plus‖ d'enveloppes de linQue n'en avait Isis,‖ la déesse voilée,Cette fête est pour vous‖ comme une aube étoilée !Vous riez d'y courir‖ tandis qu'on souffre ailleurs !C'est que votre belle âme‖ ignore les douleurs ;Le hasard vous posa‖ dans la sphère suprême ;Vous vivez, vous brillez,‖ vous ne voyez pas même,Tant vos yeux éblouis‖ de rayons sont noyés,Ce qu'au-dessous de vous‖ dans l'ombre on foule aux pieds !

Oui, c'est ainsi. — Le prince,‖ et le riche, et le mondeCherche à vous réjouir,‖ vous pour qui tout abonde.Vous avez la beauté,‖ vous avez l'ornement ;La fête vous enivre à son bourdonnement, —Et, comme à la lumière‖ un papillon de soie,Vous volez à la porte‖ ouverte qui flamboie !Vous allez à ce bal,‖ et vous ne songez pasQue parmi ces passants‖ amassés sur vos pas,En foule émerveillés‖ des chars et des livrées,D'autres femmes sont là,‖ non moins que vous parées,Qu'on farde et qu'on expose‖ à vendre au carrefour ;Spectres où saigne encor‖ la place de l'amour ;Comme vous pour le bal,‖ belles et demi-nues ;Pour vous voir au passage,‖ hélas ! exprès venues,Voilant leur deuil affreux‖ d'un sourire moqueur,Les fleurs au front, la boue‖ aux pieds, la haine au cœur !

Mai 1833.

Versification

Forme
4 distiquess (distiques)
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
4 distiquess
Mots à la rime
a faîte / fête féminine, classiqueb éclairé / sacré masculine, classiquec pensée / pressée féminine, classiqued vérité / cité masculine, classiquea plaie / s'effraie féminine, classiqueb haut / l'échafaud masculine, classiquec l'ombre / sombre féminine, classiqued nuit / bruit masculine, classiquea saintes / enceintes féminine, classiqueb vertu / combattu masculine, classiquec infâme / âme féminine, classiqued plein / lin masculine, classiquee voilée / étoilée féminine, classiquef ailleurs / douleurs masculine, classiqueg suprême / même féminine, classiqueh noyés / pieds masculine, classiquea monde / abonde féminine, classiqueb l'ornement / bourdonnement masculine, classiquec soie / flamboie féminine, classiqued pas masculine, classiquee livrées / parées féminine, classiquef carrefour / l'amour masculine, classiqueg demi-nues / venues féminine, classiqueh moqueur / cœur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les feuilles d’automne ‒ Les chants du crépuscule, Paris, Classique Garnier, 1950· numérisation poesies.net· Sources