Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les contemplations, 1855· Livre quatrième Pauca Meae

XII. À quoi songeaient les deux cavaliers dans la forêt

Victor Hugo· 6 sizains, alexandrins surtout, 36 vers

La nuit était fort noire‖ et la forêt très sombre.Hermann à mes côtés‖ me paraissait une ombre.Nos chevaux galopaient.‖ A la garde de Dieu !Les nuages du ciel‖ ressemblaient à des marbres.Les étoiles volaient‖ dans les branches des arbresComme un essaim d'oiseaux de feu.

Je suis plein de regrets.‖ Brisé par la souffrance,L'esprit profond d'Hermann‖ est vide d'espérance.Je suis plein de regrets.‖ O mes amours, dormez !Or, tout en traversant‖ ces solitudes vertes,Hermann me dit : « Je songe‖ aux tombes entr'ouvertes. »Et je lui dis : « Je pense‖ aux tombeaux refermés ! »

Lui regarde en avant :‖ je regarde en arrière.Nos chevaux galopaient‖ à travers la clairière ;Le vent nous apportait de lointains angélus ;Il dit : « Je songe à ceux‖ que l'existence afflige,À ceux qui sont, à ceux‖ qui vivent. — Moi », lui dis-je,« Je pense à ceux qui ne sont plus ! »

Les fontaines chantaient.‖ Que disaient les fontaines ?Les chênes murmuraient.‖ Que murmuraient les chênes ?Les buissons chuchotaient‖ comme d'anciens amis.Hermann me dit : « Jamais‖ les vivants ne sommeillent.En ce moment, des yeux‖ pleurent, d'autres yeux veillent. »Et je lui dis : « Hélas !‖ d'autres sont endormis ! »

Hermann reprit alors :‖ « Le malheur, c'est la vie.Les morts ne souffrent plus.‖ Ils sont heureux ! j'envieLeur fosse où l'herbe pousse,‖ où s'effeuillent les bois.Car la nuit les caresse‖ avec ses douces flammes ;Car le ciel rayonnant‖ calme toutes les âmesDans tous les tombeaux à la fois ! »

Et je lui dis : « Tais-toi !‖ respect au noir mystère !Les morts gisent couchés‖ sous nos pieds dans la terre.Les morts, ce sont les cœurs‖ qui t'aimaient autrefois !C'est ton ange expiré !‖ c'est ton père et ta mère !Ne les attristons point‖ par l'ironie amère.Comme à travers un rêve‖ ils entendent nos voix ! »

Octobre 1853.

Versification

Forme
6 sizains (sizains)
Rimes
5(aabccb) 1(aabaab)
Mètre
Alexandrins surtout (33 de 12, 3 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
6 sizains
Mots à la rime
a sombre / ombre féminine, classiqueb Dieu / feu masculine, classiquec marbres / arbres féminine, classiquea souffrance / d'espérance féminine, classiqueb dormez / refermés masculine, classiquec vertes / entr'ouvertes féminine, classiquea arrière / clairière féminine, classiqueb angélus / plus masculine, classiquec afflige / dis-je féminine, classiquea fontaines / chênes féminine, classiqueb amis / endormis masculine, classiquec sommeillent / veillent féminine, classiquea vie / j'envie féminine, classiqueb bois / fois masculine, classiquec flammes / âmes féminine, classiquea mystère / terre féminine, classiqueb autrefois / voix masculine, classiquec mère / amère féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources