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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les contemplations, 1855· Livre sixième Au bord de l’infini

XIII. Cadaver

Victor Hugo· 2 distiquess, alexandrins, 54 vers

O mort ! heure splendide !‖ ô rayons mortuaires !Avez-vous quelquefois‖ soulevé des suaires ?Et, pendant qu'on pleurait,‖ et qu'au chevet du lit,Frères, amis, enfants,‖ la mère qui pâlit,Éperdus, sanglotaient‖ dans le deuil qui les navre,Avez-vous regardé‖ sourire le cadavre ?Tout à l'heure il râlait,‖ se tordait, étouffait ;Maintenant il rayonne.‖ Abîme ! qui donc faitCette lueur qu'a l'homme‖ en entrant dans les ombres ?Qu'est-ce que le sépulcre ?‖ et d'où vient, penseurs sombres,Cette sérénité‖ formidable des morts ?C'est que le secret s'ouvre‖ et que l'être est dehors ;C'est que l'âme — qui voit,‖ puis brille, puis flamboie, —Rit, et que le corps même‖ a sa terrible joie.La chair se dit : — Je vais‖ être terre, et germer,Et fleurir comme sève,‖ et, comme fleur, aimer !Je vais me rajeunir‖ dans la jeunesse énormeDu buisson, de l'eau vive,‖ et du chêne, et de l'orme,Et me répandre aux lacs,‖ aux flots, aux monts, aux prés,Aux rochers, aux splendeurs‖ des grands couchants pourprés,Aux ravins, aux halliers,‖ aux brises de la nue,Aux murmures profonds‖ de la vie inconnue !Je vais être oiseau, vent,‖ cri des eaux, bruit des cieux,Et palpitation‖ du tout prodigieux ! —Tous ces atomes las,‖ dont l'homme était le maître,Sont joyeux d'être mis‖ en liberté dans l'être,De vivre, et de rentrer‖ au gouffre qui leur plaît.L'haleine, que la fièvre‖ aigrissait et brûlait,Va devenir parfum,‖ et la voix harmonie ;Le sang va retourner‖ à la veine infinie,Et couler, ruisseau clair,‖ aux champs où le bœuf rouxMugit le soir avec‖ l'herbe jusqu'aux genoux ;Les os ont déjà pris‖ la majesté des marbres ;La chevelure sent‖ le grand frisson des arbres,Et songe aux cerfs errants,‖ au lierre, aux nids chantantsQui vont l'emplir du souffle‖ adoré du printemps.Et voyez le regard,‖ qu'une ombre étrange voile,Et qui, mystérieux,‖ semble un lever d'étoile !

Oui, Dieu le veut, la mort,‖ c'est l'ineffable chantDe l'âme et de la bête‖ à la fin se lâchant ;C'est une double issue‖ ouverte à l'être double.Dieu disperse, à cette heure‖ inexprimable et trouble,Le corps dans l'univers‖ et l'âme dans l'amour.Une espèce d'azur‖ que dore un vague jour,L'air de l'éternité,‖ puissant, calme, salubre,Frémit et resplendit‖ sous le linceul lugubre ;Et des plis du drap noir‖ tombent tous nos ennuis.La mort est bleue. O mort !‖ ô paix ! l'ombre des nuits,Le roseau des étangs,‖ le roc du monticule,L'épanouissement‖ sombre du crépuscule,Le vent, souffle farouche‖ ou providentiel,L'air, la terre, le feu,‖ l'eau, tout, même le ciel,Se mêle à cette chair‖ qui devient solennelle.Un commencement d'astre‖ éclôt dans la prunelle.

Au cimetière, août 1855.

Versification

Forme
2 distiquess (distiques)
Rimes
27((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
2 distiquess
Mots à la rime
a mortuaires / suaires féminine, classiqueb lit / pâlit masculine, classiquec navre / cadavre féminine, classiqued étouffait / fait masculine, classiquee ombres / sombres féminine, classiquef morts / dehors masculine, classiqueg flamboie / joie féminine, classiqueh germer / aimer masculine, classiquei énorme / l'orme féminine, classiquej prés / pourprés masculine, classiquek nue / inconnue féminine, classiquel cieux / prodigieux masculine, classiquem maître / l'être féminine, classiquen plaît / brûlait masculine, classiqueo harmonie / infinie féminine, classiquep roux / genoux masculine, classiqueq marbres / arbres féminine, classiquer chantants / printemps masculine, classiques voile / d'étoile féminine, classiquea chant / lâchant masculine, classiqueb double / trouble féminine, classiquec l'amour / jour masculine, classiqued salubre / lugubre féminine, classiquee ennuis / nuits masculine, classiquef monticule / crépuscule féminine, classiqueg providentiel / ciel masculine, classiqueh solennelle / prunelle féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources